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Cultes ! Les architectures brutalistes les plus époustouflantes au monde

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Mal-aimé, le brutalisme ? Privilégiant des matériaux bruts et solides (béton, acier, verre), ce courant architectural, né des besoins de reconstruction d’après-guerre, est souvent associé à une forme d’austérité, de rigidité voire d’inhumanité. Pourtant, il n’est pas aussi monolithique qu’il n’y paraît… De Le Corbusier à Marcel Breuer en passant par Lina Bo Bardi : voici dix constructions brutalistes qui n’ont rien de rasoir !

Déjà multi-récompensé, et grand favori des Oscars 2025, le film The Brutalist sorti le 12 février dernier a remis sur le devant de la scène l’esthétique brutaliste. D’un pragmatisme radical, cette architecture privilégie les formes géométriques simples et une structure apparente. Construite entre 1947 et 1952 à Marseille, la « Cité radieuse » de Le Corbusier est considérée comme le premier exemple de brutalisme.

Au-delà du Vieux Continent, ravagé par la Seconde Guerre mondiale, les architectes brutalistes ont imaginé des bibliothèques, tours résidentielles ou encore des centres culturels, bien souvent imprégnés d’une fibre sociale. De Créteil à São Paulo en passant par Belgrade, partons pour un tour du monde des bâtiments brutalistes les plus fous du monde !

La plus cinématographique : l’abbaye Saint-Jean de Collegeville

Marcel Breuer, Abbaye Saint-Jean de Collegeville
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Marcel Breuer, Abbaye Saint-Jean de Collegeville, 1955

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© Kerem Yucel / AFP

Tel un immense bouclier, le haut clocher aplati de l’abbaye Saint-Jean à Collegeville a de quoi surprendre ! Méconnu, ce monument de béton situé à une centaine de kilomètres de Minneapolis sort tout juste de l’ombre grâce au succès du film The Brutalist, acclamé par la critique. Avec sa façade constituée de centaines d’hexagones, l’église bénédictine a inspiré à plus d’un titre le réalisateur Brady Corbet pour raconter l’histoire de son héros, László Toth, architecte juif hongrois rescapé de la Shoah et exilé aux États-Unis.

Si son personnage est fictif, il se base sur la vie et l’œuvre de Marcel Breuer (1902–1981), architecte phare du brutalisme. Contre toute attente, c’est lui qui, au début des années 1950, répond à l’appel de l’abbé Baldwin Dworschak afin de réaliser cette étonnante bâtisse, nichée au sein d’un campus religieux du Minnesota. Un projet moderniste d’une grande audace pour cette congrégation de moines bénédictins !

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Abbaye Saint-Jean de Collegeville

2900 Abbey Plaza, Collegeville, Minnesota, États-Unis

La plus aérienne : la bibliothèque Geisel à San Diego

William Leonard Pereira, Bibliothèque Geisel, San Diego
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William Leonard Pereira, Bibliothèque Geisel, San Diego, 1970

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© Ian G. Dagnall / Alamy / Hemis

Fleur de cactus ou navette spatiale ? Cette monumentale tour en verre et en béton a été conçue par l’architecte américain William Leonard Pereira (1909–1985) en 1970. Dédiée à l’auteur jeunesse Theodor Geisel, plus connu sous le nom de « Dr. Seuss », la bibliothèque de l’Université de Californie à San Diego était comparée par son créateur à « des mains solides qui portent haut le savoir ». Perchée sur la crête d’un étroit canyon californien, elle est constituée de seize piliers de béton visibles de l’extérieur.

Chef-d’œuvre de l’architecture brutaliste, elle allie puissance et élégance : imposante par sa structure, aérienne par l’impression de légèreté qu’elle dégage. Avec son vitrage panoramique, elle offre une vue imprenable sur la nature environnante. Peut-on imaginer un cadre plus inspirant pour étudier ?

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Bibliothèque Geisel

9701 Hopkins Dr, La Jolla, Californie, États-Unis

La plus effrayante : la Trellick Tower à Londres

Ernő Goldfinger, Trellick Tower, Londres
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Ernő Goldfinger, Trellick Tower, Londres, 1972

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© Chris Harris / Alamy / Hemis

« Tower of Terror », voilà un surnom qui en dit long ! Largement détesté avant de devenir une icône du brutalisme, cet immeuble londonien de 31 étages, surplombant de ses 98 mètres le quartier de North Kensington, a fait couler beaucoup d’encre… En 1984, le Financial Times le place même dans son classement des bâtiments les plus laids au monde. Pourtant, la forteresse rivalise d’ingéniosité pour répondre à la crise du logement qui asphyxie Londres à l’époque de sa construction, entre 1968 et 1972. Imaginée par l’architecte d’origine hongroise Ernő Goldfinger (1902–1987), elle s’inspire d’une de ses précédentes constructions, la Balfron Tower.

Comme sa grande sœur, la Trellick Tower dispose d’une tour de service, détachée des habitations, qui comprend des ascenseurs et divers équipements. En plus des 175 appartements, l’immeuble devait accueillir à l’origine des magasins, une crèche, une aire de jeux, un cabinet médical, et même un pub. Cette utopie architecturale devient bien vite un cauchemar pour ses résidents, lorsque s’y multiplient de nombreux actes vandales et criminels. Aujourd’hui, la gentrification du quartier aidant, ses appartements sont pris d’assaut dès leur mise en vente !

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Trellick Tower

5 Golborne Road, Londres, Royaume-Uni

La plus visionnaire : le Sesc Pompéia à São Paulo

Lina Bo Bardi, Sesc Pompéia, São Paulo
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Lina Bo Bardi, Sesc Pompéia, São Paulo, 1982

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© Pedro Kok

La fibre sociale du brutalisme s’illustre particulièrement bien dans cet ensemble architectural signé par l’Italienne Lina Bo Bardi (1914–1992). À partir des vestiges d’une ancienne usine des années 1930 rachetée par le Service social du commerce (Sesc), elle imagine un centre sportif et culturel qu’elle dédie « aux jeunes, aux enfants et aux personnes du troisième âge : à eux tous ensemble ». Inauguré en 1982, le bâtiment est composé de trois tours de béton, reliées entre elles par plusieurs ponts piétons qui s’entrecroisent.

Du gris monolithique de ses murs s’échappent quelques trouées rouges, lui donnant un aspect presque ludique. L’ancien bâtiment industriel devenu centre communautaire dispose d’une salle d’exposition, d’une bibliothèque, d’un théâtre, de locaux d’enseignement… Un bel exemple d’architecture connectée à son passé mais résolument tournée vers l’avenir !

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Sesc Pompéia

R. Clélia, 93, Água Branca, São Paulo, Brésil

La plus utopique : la ville de Chandigarh

Le Corbusier, La ville de Chandigarh
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Le Corbusier, La ville de Chandigarh, 1953

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© David South / Alamy / Hemis

Ultime œuvre de Le Corbusier (1887–1965), figure de proue du brutalisme, la « cité idéale » de Chandigarh est le fruit d’un chantier titanesque qui voit le jour dès 1953. Après l’indépendance de l’Inde en 1947, l’État du Pendjab perd sa capitale historique, Lahore. L’édification d’une ville nouvelle est décrétée par Nehru, le Premier ministre indien. Une opportunité en or pour Le Corbusier de cristalliser sa pensée architecturale en un projet dément. Un seul mot d’ordre : rationalisme.

Divisée en 61 secteurs, la ville est organisée autour de quatre fonctions : l’habitation, le travail, les loisirs et la circulation. Inspiré par une vision organique, voire radicale, de l’urbanisme, l’architecte franco-suisse dessine « le Complexe du Capitole », qui regroupe le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire dans un ensemble monumental. Pour lui, il s’agit de la « tête » de cette cité nouvelle, qu’il ne verra jamais dans son intégralité.

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Complexe du Capitole de Chandigarh

Capitol Complex, Secteur 1, Chandigarh, Inde

La plus étonnante : les Choux de Créteil

Gérard Grandval, Les Choux de Créteil
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Gérard Grandval, Les Choux de Créteil, 1974

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© Geoffrey Taunton / Alamy / Hemis

Délicieusement craquants. Avec leurs insolites balcons en forme de pétales, les fameux « Choux » de Créteil sont sortis de terre en 1974, d’après les plans de Gérard Grandval (1930–2021). Comme de nombreuses villes de banlieue parisienne, qui multiplient les constructions de grands ensembles, Créteil fait face à l’augmentation de sa population.

Aux habituels tours rectilignes, l’architecte préfère des immeubles de forme cylindrique – cela deviendra sa marque de fabrique. 654 appartements trouvent place, dispersés dans dix bâtiments de quatorze étages, auxquels s’ajoute un autre de taille moindre aujourd’hui transformé en résidence étudiante. Classés « architecture contemporaine remarquable » par le ministère de la Culture, les « Choux » ont été en partie ravalés de 2022 à 2024, à l’occasion de leur 50 ans.

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Les Choux

94000 Créteil, France

La plus atypique : la tour « Toblerone » à Belgrade

Rista Sekerinski, La tour « Toblerone », Belgrade
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Rista Sekerinski, La tour « Toblerone », Belgrade, 1963

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© Mariano Garcia / Alamy / Hemis

Atypique, la tour résidentielle Karaburma porte bien son surnom, bien qu’elle n’ait rien à voir avec la marque de chocolat d’origine suisse. Telles des excroissances apparues de manière anarchique, des fenêtres de forme triangulaire font toute l’originalité du bâtiment conçu par Rista Sekerinski (1927–2016). Achevé en 1963, l’immeuble de 17 étages est situé dans l’est de la capitale serbe, tout près de la faculté de théologie. Pendant longtemps, il servait à loger des professeurs de l’Université de Belgrade. Ce bâtiment aux allures dystopiques témoigne de la popularité du style brutaliste dans l’Europe de l’Est communiste. Un succès en béton !

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Tour Karaburma

Belgrade, Serbie

La plus dingue : le sanatorium de Druzhba en Crimée

Igor Valikievsky, Sanatorium de Druzhba, Crimée
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Igor Valikievsky, Sanatorium de Druzhba, Crimée, 1983

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© Andrey Nekrasov / Alamy / Hemis

La structure de cette résidence de vacances semble avoir été calquée sur celle d’un nid d’abeilles. Mais vue de haut, la bâtisse aux mille alvéoles qui donne sur la mer Noire se mue en roue dentée. Ses rouages reposent sur trois piliers massifs en béton, qui lui assurent une stabilité à toute épreuve. Pensé par l’architecte ukrainien Igor Valikievsky (né en 1935), l’ouvrage constitue une prouesse architecturale quand on sait que le terrain, en pente, est situé sur une zone sismique. D’un diamètre de 76 mètres, cet énorme anneau entouré de verdure n’a pas bougé depuis les années 1980. Son édification tient pourtant du miracle !

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Sanatorium de Druzhba

Mayakovskogo 7, Eupatoria, Crimée

La plus improbable : l’hôtel du Lac de Tunis

Raffaele Contigiani, Hôtel du Lac de Tunis
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Raffaele Contigiani, Hôtel du Lac de Tunis, 1973

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© Jackie Ellis / Alamy / Hemis

En forme de pyramide inversée, l’hôtel du Lac de Tunis est un monument emblématique de la capitale tunisienne, construit entre 1970 et 1973. Tout droit sorti de l’imagination de l’Italien Raffaele Contigiani (1920–2008), son style brutaliste est en rupture totale avec l’architecture traditionnelle du centre historique ou celle Art nouveau héritée de la période coloniale. Avec ces 416 chambres, ce mastodonte d’acier et de béton illustre la volonté politique de l’époque de moderniser Tunis. Sa silhouette de vaisseau amiral de l’espace aurait inspiré au réalisateur George Lucas la création de la forteresse des Jawas dans la saga Star Wars.

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Hôtel du Lac de Tunis

Tunis, Tunisie

La plus imposante : la bibliothèque Robarts à Toronto

Mathers & Haldenby Architects, Bibliothèque Robarts, Toronto
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Mathers & Haldenby Architects, Bibliothèque Robarts, Toronto, 1973

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© Ron Lavoie / Alamy / Hemis

Des triangles en long, en large et en travers ! Le motif géométrique se niche dans tous les coins de la bibliothèque Robarts, ouverte en 1973. Intégrée à l’Université de Toronto, elle se compose de trois tours qui conservent plus de dix millions d’ouvrages de sciences humaines et sociales, dont une collection de livres rares. Avec sa façade qui alterne béton brut et lisse, et son ossature en acier, le bâtiment à l’allure de forteresse est surnommé « le paon » car sous un certain angle (et un peu d’imagination) on devine la forme de l’oiseau majestueux déployant ses plumes.

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Bibliothèque Robarts

130 George Street, Toronto, Ontario, Canada

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