Le pape François face aux œuvres de Claire Tabouret dans le pavillon du Vatican à la biennale d’Art contemporain de Venise, 28 avril 2024
© Vatican Media / CPP / Hans Lucas via AFP
C’est une première historique : jamais un pontife ne s’était encore déplacé pour visiter la Biennale de Venise, créée en 1895 ! Dimanche 28 avril, le pape François, âgé de 87 ans, a rompu cette règle en consacrant son premier déplacement en sept mois à ce célèbre rendez-vous de l’art contemporain, qui fête sa 60e édition. À 8 heures du matin, le chef de l’Église catholique s’est posé en hélicoptère sur l’île de la Giudecca, dans la lagune de la Sérénissime, afin d’y découvrir le pavillon du Saint-Siège, installé dans une prison pour femmes encore en activité et où sont incarcérées 80 femmes condamnées à de longues peines.
Depuis la présentation du programme de la Biennale, cette exposition fait parler d’elle en raison de son originalité. Pour la découvrir, le visiteur doit en effet traverser cette maison d’arrêt installée dans un ancien couvent, en se laissant guider (en présence de la police pénitentiaire) par les détenues qui ont participé à la création des œuvres. Comme n’importe quel visiteur, il doit donc s’inscrire en ligne 48 heures à l’avance, donner une copie de sa carte d’identité, laisser son téléphone à l’entrée et renoncer à prendre des photos.
Le pape François lors de sa visite à Venise dans la prison pour femmes accueillant le pavillon du Vatican, 28 avril 2024
© Vatican Media / CPP / Hans Lucas via AFP
Intitulée « Con i miei occhi » (« De mes propres yeux »), l’exposition, présentée du 20 avril au 24 novembre, vise à nous faire abandonner nos préjugés. Poèmes de détenues inscrits dans de la lave, portraits des enfants des prisonnières, œuvres textiles suspendues dans la chapelle [ill. ci-dessous]… Disséminées dans les différents espaces de la prison sous l’égide de Chiara Parisi (directrice du Centre Pompidou-Metz) et de Bruno Racine (directeur du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana), les œuvres sont signées Maurizio Cattelan, Claire Tabouret, Corita Kent, Claire Fontaine, Bintou Dembélé, Simone Fattal, Sonia Gomes, Zoe Saldaña et Marco Perego.
Le fait que le pape visite une exposition à laquelle participe le provocateur Maurizio Cattelan, qui avait présenté à la Biennale de Venise de 2001 une statue en cire grandeur nature du pape Jean-Paul II écrasée par une météorite (La Nona Ora), est plutôt surprenant. Le pontife a pu également découvrir durant sa visite une œuvre vidéo de Zoe Saldaña et Marco Perego mettant en scène des relations sentimentales entre des détenues de la prison. L’homme d’Église a aussi rendu hommage aux artistes femmes, et notamment à l’Américaine Corita Kent, qui fut bonne sœur à Los Angeles à partir de 1936 avant de quitter les ordres en 1968 pour se consacrer au pop art – et dont le travail avait été jugé blasphématoire par l’archevêque de Los Angeles, James McIntyre.
« La prison est une dure réalité. La surpopulation, le manque d’installations et de ressources y génèrent tant de souffrances. Mais la prison peut aussi être un lieu de renaissance ».
« La prison est une dure réalité. La surpopulation, le manque d’installations et de ressources y génèrent tant de souffrances. Mais la prison peut aussi être un lieu de renaissance, comme le symbolise l’événement artistique que vous présentez, a déclaré le pape lors de sa visite. N’oublions pas que nous avons tous, moi y compris, des erreurs à nous faire pardonner, et des blessures à guérir ». « Courage, ne lâchez rien ! », a-t-il enfin lancé aux détenues émues. « Le monde a besoin d’artistes », a-t-il ajouté, précisant que l’art pouvait aider à « combattre le racisme, la xénophobie, les inégalités et le déséquilibre écologique ».
Le pape François prononçant son discours à l’intérieur de la prison pour femmes qui accueille le pavillon du Vatican de la Biennale de Venise, 28 avril 2024
© Vatican Media / CPP / Hans Lucas via AFP
Durant sa visite de cinq heures à Venise, le pontife, qui s’est déplacé en bateau, en fauteuil roulant et à bord d’une voiturette de golf, a également rencontré des jeunes et donné une messe en plein air devant la basilique Saint-Marc. Durant son homélie, il a mis en garde contre les dangers du surtourisme et du changement climatique face à la fragilité du patrimoine vénitien. Une journée qui aura permis à ce grand communicant de renforcer son image de pape progressiste – bien qu’il ait gardé une ligne très conservatrice sur plusieurs sujets comme l’avortement et la contraception.
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