Jeffrey Gibson pour le pavillon américain, « The space in which to place me »
Jeffrey Gibson, « The space in which to place me »
Du 20 avril 2024 au 24 novembre 2024
Pavillon américain – Giardini
www.jeffreygibsonvenice2024.org
Les Giardini
L’œuvre d’Archie Moore pour le pavillon australien, « kith and kin »
Le pavillon australien : un Lion d’or qui plonge aux racines de l’oppression
65 000 ans d’arbre généalogique. Pendant des semaines, Archie Moore a écrit à la craie, sur fond noir, les milliers de noms qui composent la famille des Premières Nations d’Australie, à laquelle il appartient. Au centre, un îlot inaccessible déploie des centaines de pages caviardées, documents officiels évoquant les sévices infligés par l’État australien à ce peuple indigène longtemps opprimé. Récompensée par un Lion d’or, l’expérience graphique au premier regard est vite bouleversée par cette quête familiale qui remonte jusqu’aux débuts des temps. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
Archie Moore, « kith and kin »
Du 20 avril 2024 au 24 novembre 2024
Pavillon Australien - Giardini
Les Giardini
Le pavillon canadien de Kapwani Kiwanga, « Trinket », 2024
Le pavillon canadien : l’espace irisé et chargé d’histoire de Kapwani Kiwanga
Biscornu, étiré, le pavillon canadien est un défi pour tout artiste. Kapwani Kiwanga le relève avec brio. Elle déconstruit complètement la perception de l’espace, le creusant de perspectives graphiques, de trous noirs, brouillant les frontières entre intérieur et extérieur. Une longue langue d’or s’étend depuis le mur pour traverser la baie vitrée, des fils bleus font vibrer la façade, tandis que les murs tapissés de perles irisées vacillent sous les jeux de lumière. Au-delà de l’expérience graphique, elles sont, comme toujours chez cette artiste, chargées d’histoire, évoquant le souvenir de ces conterie de Murano, ou « perles de rocailles » utilisées en guise de troc sur toutes les routes commerciales. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
Kapwani Kiwanga, « Trinket »
Du 23 avril 2024 au 25 septembre 2024
Pavillon canadien - Giardini
Les Giardini
Ilia Zdanevitch pour le pavillon géorgien, « The Art of Seeing—States of Astronomy », 2024
Le pavillon géorgien : le cosmos dans un livre
Une merveille de petite exposition, autour du livre Maximiliana, orchestré en 1964 par l’éditeur, poète et artiste géorgien Ilia Zdanevitch, connu sous le nom d’Iliazd, avec le peintre Max Ernst. Pour évoquer cet ouvrage édité à 64 exemplaires, un magnifique meuble d’archive a été conçu : dans ses tiroirs, des merveilles d’inventivité graphique, des jeux typographiques, et tout un cosmos qui convoque le souvenir de Wilhelm Tempel, cet astronome allemand du XIXe siècle qui l’inspira. Une comète dans les cieux de la Biennale. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
Ilia Zdanevich, « The Art of Seeing—States of Astronomy »
Du 20 avril 2024 au 30 septembre 2024
Pavillon géorgien - Palazzo Palumbo Fossati, San Marco, 2597
Valeria Montti Colque au pavillon chilien, « Cosmonación », 2024
Le pavillon chilien : spiritualité des diasporas
Une des belles surprises de cette Biennale. Niché au sein de l’Arsenale, vers l’embarcadère Celestia, le pavillon chilien est dominé par une sorte de divinité de toutes les diasporas, qui accueille dans ses jupes mille scènes métissées. Entourant cette « Mamita montaña » (Montagne mère) de minuscules sculptures, à tête de mort ou chevelure de rose, semblent lui rendre hommage. Ainsi Valeria Montti Colque, Suédoise d’origine chilienne, construit-elle sa « cosmonation », renouant des liens spirituels avec le pays de ses ancêtres. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
Valeria Monti Colque, « Cosmonación »
Du 20 avril 2024 au 24 novembre 2024
Pavillon du Chili, Arsenale
Pavillon chilien Biennale de Venise • 2738c Fondamenta Case Nuove • 30122 Venezia
www.cultura.gob.cl
Installation « Greenhouse » de la plasticienne Mónica de Miranda, l’activiste Sónia Vaz Borges et la chorégraphe Vânia Gala pour le pavillon portugais, 2024
Le pavillon portugais : un « jardin créole » protecteur dans un palazzo
Réunies pour ce projet intitulé « Greenhouse », la plasticienne Mónica de Miranda, l’activiste Sónia Vaz Borges et la chorégraphe Vânia Gala ont transformé les merveilleuses salles néogothiques du palazzo Franchetti en un vaste jardin. Un « jardin créole », sur le modèle des plantations réalisées par les esclaves, un de leurs rares lieux de résilience. Cohabitent ici différentes plantes, citronniers ou monstera, oiseaux de paradis ou ananas, sélectionnés pour se protéger les uns des autres. Au-delà de cette vision paradisiaque du care, cette carte du tendre d’un bienveillant écosystème se fait à la fois sculpture, scène, école, où apprendre à résister à la monoculture, dans tous les sens du terme. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
Mónica de Miranda, Sónia Vaz Borges et Vânia Gala, « Greenhouse »
Jusqu’au 24 novembre 2024
Pavillon portugais
Palazzo Franchetti • San Marco 2847 • 30124 Venezia
www.palazzofranchetti.it
Vue de l’exposition de Christoph Büchel « Monte di Pietà » à la fondation Prada, 2024
La fondation Prada transformée en mont-de-piété de l’humanité
Des contrefaçons de sac à main étalés à terre, des tas de vêtements, des vitrines de médailles, des « pintoches » de nus féminins, des mappemondes, des claviers, des doudous entassés et des machines à laver antiques, des tables de casino et des fanfreluches… Cela pourrait sembler un marché aux puces géant, si quelques indices discordants ne s’y nichaient : ce Titien véritable caché au milieu du chaos, ces prothèses, ces étals de grenades et de kalachnikovs, ces télés branchées en permanence sur les guerres de Gaza et d’Ukraine. Encore une fois, Christoph Büchel a frappé fort, en sapant les ors de la fondation Prada pour la faire revenir à ce mont-de-piété qu’abritait le palazzo de 1834 à 1969. Il dresse ici un panorama apocalyptique de nos dettes, et pose de façon explosive la question de la valeur. Renversant, dérangeant, un mont-de-piété sans pitié. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
Christoph Büchel. Monte di Pietà
Du 20 avril 2024 au 24 novembre 2024
Palazzo Ca’ Corner della Regina
Venise
Fondazione Prada - Venise • Calle de Ca’ Corner • 30135 Santa Croce, Venezia
www.fondazioneprada.org
Jens Fänge, Solace Glass Hookah
Au studio Berengo à Murano, le verre dans tous ses éclats
Attention fragile ! Mythique atelier d’art verrier à Murano, le studio Berengo organise, depuis 2009 lors de chaque Biennale, une grande exposition qui réunit dans d’anciens ateliers au charme industriel de grands noms de la création contemporaine travaillant cet art du feu. On découvre cette année, parmi les 46 œuvres présentées, d’impressionnants lustres imaginés par Ai Weiwei, une armée de petits lutteurs chinois de Bob Wilson, un mince moulage de vêtements suspendus par Erwin Wurm ou un précieux assemblage de samovars et de colliers de Jens Fänge. Mais l’œuvre qui nous envoûte le plus est sans doute la grande installation de Laure Prouvost disséminant sur un parterre de sable blanc de gracieux volatiles surréalistes dignes de Jérôme Bosch, et qui n’est pas sans évoquer sa proposition pour le pavillon français en 2019. Le studio Berengo est d’ailleurs à l’origine des objets en verre conçus par Chloé Quenum pour le pavillon du Bénin. F.G.
Photo Francesco Allegretto / Courtesy Berengo Studio
« Glasstress 81/2 », Fondazione Berengo Art Space
Jusqu’au 24 novembre 2024
Campiello della Pescheria 4, Murano
Vue de l’œuvre de Claire Fontaine accrochée sur la prison pour femme de la Giudecca qui accueille l’exposition « With My Eyes » du pavillon du Vatican
Le pavillon du Vatican : plongée dans la nuit d’une prison
Le 28 avril, le pape François se rendra à la Biennale de Venise pour honorer de sa visite le pavillon du Saint-Siège. C’est l’une des 80 détenues de la prison pour femmes de la Giudecca qui lui fera la visite : car c’est dans ce lieu glaçant que le Vatican a choisi de rappeler son attachement à l’art. « Nous sommes avec vous dans la nuit », clame en italien un néon du duo Claire Fontaine : accroché dans la cour de promenade, il offre un signal bienveillant aux femmes qui le voient briller la nuit depuis leurs cellules. Elles ont aussi confié leurs photos intimes à Claire Tabouret, qui en a tiré des monotypes, et leurs mots à Simone Fattal, qui les a gravés dans la lave émaillée, au fil du chemin de ronde. Preuve que cette exposition s’est faite pour elles et avec elles, plus que pour les amateurs d’art. Sur réservation, ces derniers pourront cependant parcourir l’émouvante exposition, et comprendre mieux les conditions de vie de ces femmes condamnées à de longues peines, notamment grâce au film que Marco Perego & Zoe Saldana ont réalisé avec elles. E.L.
Photo Marco Cremascoli
Pavillon du Vatican, « With My Eyes »
Jusqu’au 24 avril 2024
Venezia Giudecca. Prison des femmes • 679 Fondamenta Sant'Eufemia • 30133 Venezia
www.giustizia.it
Vue de l’exposition “From Ukraine, Dare to Dream” au palazzo Contarini Polignac, 2024
Au palazzo Contarini Polignac, l’Ukraine se lève et rêve encore
Depuis l’Ukraine, oser rêver… Rassemblant artistes ukrainiens et internationaux, comme David Claerbout ou Allora & Calzadilla, la fondation du mécène Victor Pinchuk crée une exposition magistrale qui réveille nos consciences sur ce conflit de plus en plus oublié. Ces enfants qui sommeillent, Yarema Malashchuk & Roman Khimei les ont filmés à leur retour en Ukraine, après qu’ils ont été déportés en Russie. Cet orgue qui produit une musique épouvantable ? Zhanna Kadyrova a substitué ses pipes à des missiles russes explosés. Ce tas de terre qui envahit une superbe bibliothèque ? L’artiste kurde Fatma Bucak y a planté ces roses de Damas qui ne peuvent plus pousser en Syrie. Une exposition de résilience et de combat. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
« From Ukraine, Dare to Dream »
Jusqu’au 1 août 2024
Palazzo Contarini Polignac
www.palazzocontarinipolignac.com
Palazzo Contarini Polignac • Sestiere Dorsoduro • 30123 Venezia
www.palazzocontarinipolignac.com
« Nebula », fondation In Between Art Film, 2024
À la fondation In Between Art Film, un brouillard sensoriel dans un ancien hôpital
Après « Penumbra » en 2022, nouveau coup de maître de la fondation In Between Art Film. Dans le dédale de l’ospedaletto, le visiteur est invité à découvrir huit films, commandés par la structure spécifiquement pour le projet. De l’église Santa Maria dei Derelitti à l’ancienne pharmacie, l’hôpital désaffecté est métamorphosé grâce à une scénographie immersive où se déploient les œuvres de Giorgio Andreotta Calò, Basel Abbas & Ruanne Abou-Rahme, Saodat Ismailova, Cinthia Marcelle & Tiago Mata Machado, Diego Marcon, Basir Mahmood, Ari Benjamin Meyers et Christian Nyampeta. « Nebula », c’est un brouillard sensoriel qui réveille notre regard. Attention, la dernière vidéo, dans la salle de musique couverte de fresques, peut s’avérer perturbante. E.L.
Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com
« Nebula », Fondation In Between Art Film
Jusqu’au 24 novembre 2024
Complesso dell’Ospedaletto • 9 Via Rampa Cavalcavia • 30172 Venezia
www.gioiellinascostidivenezia.it
Vue de l’exposition d’Eva Jospin « Selva » au palazzo Fortuny, 2024
Au musée Fortuny, Eva Jospin ouvre une porte vers l’imaginaire vénitien
Tout l’esprit Fortuny s’incarne à merveille dans l’installation d’Eva Jospin au sous-sol du musée consacré à l’artiste touche-à-tout Mariano Fortuny y Madrazo (1871–1949), à la fois créateur de textiles, styliste, photographe, scénographe de théâtre et peintre. Autant de domaines de création évoqués dans ce foisonnant palazzo et qui affleurent dans la majestueuse arche baroque sculptée dans le carton par Eva Jospin. Décor de théâtre autant que cabinet de curiosité incrusté de paysages tissés, l’installation « Selva » est une porte par laquelle on pénètre dans les méandres de l’imaginaire de Fortuny, et dans un Venise fantasmé qui se met ici en scène magistralement. F.G.
Photo Benoît Fougeirol
Eva Jospin, « Selva »
Du 10 avril 2024 au 24 novembre 2024
Palazzo Fortuny • Campo San Beneto • San Marco 3958 • 30126 Venezia
fortuny.visitmuve.it
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Le pavillon américain, l’art sort du white cube
Jeffrey Gibson a fait la peau au néoclassicisme triste et blanc du pavillon américain : rouge, sa façade ; orange, ses cimaises ; arc-en-ciel, ses bannières à l’entrée, et la myriade de sculptures et peintures qui le font vibrer. D’origine Choctaw et Cherokee, le premier Amérindien jamais invité à représenter les États-Unis explose les standards du white cube. Sur fond de peintures murales qui font vaciller l’espace de leurs mille couleurs, deux canards et une série de personnages emperlousés sidèrent notre regard, mixant esthétique queer et digressions géométriques inspirées de son héritage. Les temps changent, et ce pavillon en est l’un des symboles les plus forts. E.L.