À gauche, l’artiste Françoise Gilot posant dans son atelier au 43 rue de Chabrol, Paris en 1953. À droite, “Continuité” de Françoise Gilot accroché au musée Picasso, 1967
La réhabilitation des femmes artistes se poursuit ! Au sein du nouvel accrochage de ses collections dévoilé le 12 mars et déployé sur trois étages, le musée Picasso à Paris rend enfin hommage à Françoise Gilot (1921–2023), ancienne compagne du peintre espagnol, décédée le 6 juin dernier, en lui consacrant une salle entière. Cette dernière la met en valeur non pas en tant que muse du maître mais en tant que peintre accomplie, proche du groupe des réalités nouvelles et qui a laissé derrière elle de nombreuses œuvres géométriques aux coloris intenses.
Intitulé « Revoir Picasso », ce réaccrochage, qui restera en place jusqu’au 12 mars 2027 « au minimum », profite du retour des œuvres dans l’hôtel Salé suite à l’exposition de Sophie Calle (« À toi de faire, ma mignonne », du 3 octobre 2023 au 28 janvier 2024, qui avait envahi tout le musée en le vidant des œuvres de Picasso) pour repenser leur présentation, dans un monde qui voit désormais cet artiste star d’un œil plus critique. « Lieu ouvert sur le vivant, le musée se saisit des questions de société pour interroger celle de la réception du peintre le plus renommé, le plus regardé, mais également le plus discuté », peut-on lire sur la page du site du musée dédiée à l’événement.
Le nouvel accrochage de la collection permanente du musée Picasso Paris. Une salle est dédiée aux oeuvres de Françoise Gilot, 2024
Photo Vinciane Lebrun
Il y a quelques mois, la célébration par les institutions du cinquantenaire de la disparition de Pablo Picasso (1881–1973) s’était en effet accompagnée d’une vive polémique concernant les rapports que le célèbre artiste entretenait avec les femmes. Un débat qui avait mis au jour les maltraitances psychologiques et physiques (coups, brûlures de cigarette, viols…) dont l’ont accusé ses compagnes, qu’il aurait empêchées de créer, et dont deux se sont suicidées. En cette ère post-#MeToo, de nombreuses voix s’étaient élevées contre la minimisation ou la justification, au nom du génie, de ces agissements, qui poussent à regarder autrement l’homme et ses œuvres.
Le musée Picasso avait déjà effectué plusieurs gestes symboliques en 2023.
Françoise Gilot avait été largement citée dans cette polémique pour son livre Vivre avec Picasso (1965), dans lequel elle avait fait des révélations sur le comportement du maître. Seule femme à avoir réussi à le quitter, elle était parvenue, après avoir été sa compagne pendant dix ans et lui avoir donné deux enfants, à prendre son envol en tant qu’artiste… Mais seulement aux États-Unis, Picasso l’ayant, pour se venger de son départ, « grillée » dans le milieu de l’art français !
La salle dédiée à Françoise Gilot pour le nouvel accrochage du musée Picasso « Revoir Picasso ». À gauche au centre, « Le Regard et son masque » 1948. À droite, « La Cuisine provençale » 1951
Photo Vinciane Lebrun
Poussé à réagir, le musée Picasso avait déjà effectué plusieurs gestes symboliques l’an dernier : l’organisation de l’exposition Sophie Calle, mais aussi, quelques mois plus tôt, le prêt, de juin à septembre 2023, de plusieurs œuvres au Brooklyn Museum pour l’exposition « It’s Pablo-matic ». Un événement curaté par l’humoriste non-binaire Hannah Gadsby, qui dit haïr le père du cubisme en tant que figure de domination masculine.
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