Le Plafond de l’Opéra par Marc Chagall, installé en 1964
peinture • douze panneaux latéraux et un panneau central circulaire • Opéra Garnier, Paris © Wikimedia Commons © Photo Ninara from Helsinki, Finland
La fresque de Marc Chagall (1887–1985) qui orne le plafond de l’opéra Garnier est le point d’orgue de toute visite de ce monument parisien inauguré en 1875. Autour du grand lustre de cristal, encadrés par de lourdes dorures, des musiciens, des couples et autres personnages dansent avec une tour Eiffel et volent joyeusement sur un fond de nuages colorés, illustrant quatorze opéras et ballets historiques. Mais peu de gens se souviennent de l’œuvre plus classique dissimulée sous cette composition moderne depuis 1964 : Les Muses et les Heures du jour et de la nuit du peintre académique Jules-Eugène Lenepveu (1819–1898), exécutée en 1875 à la demande de Charles Garnier (1825–1898), l’architecte du bâtiment.
Jules-Eugène Lenepveu, Réduction du plafond de l’Opéra : Les Muses et les Heures du jour et de la nuit, 1872
Huile sur toile • 165 × 165,8 cm • Bibliothèque nationale de France, dépôt au musée d’Orsay • © RMN-Grand Palais
Aujourd’hui, les ayants droit de cet artiste oublié – à l’honneur d’une rétrospective qui s’est tenue au musée des Beaux-Arts d’Angers jusqu’au 8 janvier dernier – réclament que ce plafond d’origine soit remis au jour. Une entreprise techniquement réalisable puisque l’œuvre de Chagall, commandée par André Malraux (alors ministre des Affaires culturelles), a été conçue pour être amovible, et donc peinte sur des panneaux en résine de polyester démontables. Mais cette installation dite temporaire n’a pas bougé depuis soixante ans, au grand dam des puristes qui rappellent que l’œuvre de Lenepveu et le bâtiment étant classés depuis 1923 ce recouvrement est donc illégal !
Le hic ? Cette fresque, à laquelle on a beaucoup reproché à l’époque de rompre avec le classicisme des lieux et d’en briser l’unité esthétique, est aujourd’hui extrêmement appréciée des Parisiens et des touristes. « Ce plafond introduit dans l’opéra la couleur et la lumière. Il s’intègre admirablement dans le cadre de la vieille salle et y introduit quelque chose de neuf, lui rend un attrait plus vivant », s’était réjoui le Premier ministre Georges Pompidou au moment de son inauguration. « L’idée de déposer cette œuvre, qui est un élément très emblématique du Palais Garnier, n’est pas à l’ordre du jour », a fermement déclaré dans Le Figaro Martin Ajdari, directeur général adjoint de l’Opéra national de Paris. Les partisans de Lenepveu tenteront néanmoins de convaincre le ministère de la Culture et les dirigeants de l’Opéra lors d’une réunion prévue le 9 mai. Un dévoilement temporaire pourrait-il être décidé en guise de compromis? Affaire à suivre…
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