Tapisserie de Bayeux, entre 1066 et 1083
Toile en lin, broderie Crewel en laine • 50 × 6 830 cm • Coll. musée de la Tapisserie de Bayeux • © Francis Cormon / hemis
C’est confirmé ! Ce mardi 8 juillet, durant sa visite d’État à Londres – la première d’un dirigeant européen depuis le Brexit –, Emmanuel Macron a annoncé que la tapisserie de Bayeux allait être prêtée à l’Angleterre. Ce chef-d’œuvre de l’art roman en fils de laine sur toile de lin, brodé au XIe siècle pour raconter la conquête de l’Angleterre par Guillaume II de Normandie, dit le Conquérant, sera exposé au British Museum de Londres de septembre 2026 à juin 2027.
Déjà évoqué en 2018 lors du 35e sommet franco-britannique de Sandhurst, ce voyage historique outre-Manche – le premier de son histoire, et donc un événement majeur pour la Grande-Bretagne – aura lieu durant la fermeture pour travaux du musée de la tapisserie de Bayeux, dont la réouverture est prévue en octobre 2027, année du millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant.
Casque de Sutton Hoo au British Museum, vers 600
Fer, bronze, étain, or, argent, grenat • H: 31,5 cm, poids 2,5 kg environ • © Jon Arnold Images / hemis
« Nos amis britanniques nous rendent la pareille en nous offrant la possibilité d’exposer de notre côté des pièces absolument magnifiques », s’est réjoui Emmanuel Macron. En échange, le British Museum confiera en effet temporairement à la France des trésors anglo-saxons de la sépulture de navires de Sutton Hoo (site archéologique du haut Moyen Âge situé près de Woodbridge, dans le Suffolk) – parmi lesquels pourrait se trouver un casque de guerrier –, des pièces en ivoire de morse du légendaire échiquier de Lewis (XIIe siècle) et le bouclier celte en bronze de Battersea (vers le Ier siècle avant J.-C.). Des objets qui seront exposés dans les musées de Caen et de Rouen, en Normandie.
« Ce prêt permettra de mettre en lumière cette part de notre histoire et du XIe siècle franco-britannique, mais également de montrer la tapisserie, de lui donner un rayonnement, ce qui aura des retombées sur Bayeux et la Normandie », a ajouté le président français. Le prêt sert un but diplomatique évident. Car cette œuvre, commandée par un dignitaire normand – probablement Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume le Conquérant – et qui pourrait avoir été brodée dans un atelier anglais (une hypothèse soutenue par plusieurs historiens), est considérée par l’actuel Premier ministre britannique, Keir Starmer, comme « le symbole des liens profonds entre la Grande-Bretagne et la France ».
Tapisserie de Bayeux, détail Guillaume le Conquérant et la flotte normande traversant la Manche, Entre 1066 et 1083
Toile en lin, broderie Crewel en laine • 50 × 6 830 cm • Coll. musée de la Tapisserie de Bayeux • © INTERFOTO / Toni Schneiders / Aurimages
Après un séjour probable de sept siècles au sein du trésor de la cathédrale de Bayeux, la tapisserie n’avait quitté la ville que deux fois, pour des raisons politiques : lorsque Napoléon Bonaparte l’exposa dans la galerie d’Apollon au Louvre en 1803, et quand les nazis la déplacèrent à Sourches (Sarthe) en 1941 puis à Paris en 1944 dans le but de l’emmener définitivement en Allemagne – une spoliation stoppée par la libération de la capitale.
Classée monument historique et inscrite au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO, l’œuvre sera restaurée après son retour en France. Son exposition depuis 1983 dans une vitrine où elle était placée à la verticale a en effet fragilisé et altéré cette pièce textile, qui nécessite désormais d’être présentée sur un plan incliné. Une nouvelle mise en valeur qui prendra place dans une extension de 11 000 m² flambant neuve, dont la construction débute cette année, à partir du 1er septembre.
Si les élus locaux se réjouissent de ce voyage historique (en premier lieu Hervé Morin, président de la région Normandie, et le maire de Bayeux, Patrick Gomont), le projet est déjà sous le feu des critiques. Certains dénoncent en effet une instrumentalisation politique de la tapisserie, et s’insurgent surtout contre le choix de la déplacer avant sa restauration (et donc dans un état de fragilité problématique) jusqu’à un lieu situé à plus de 250 kilomètres – alors que les 400 mètres la séparant des réserves représentaient déjà un défi, toute manipulation du tissu entraînant désormais des altérations. Isabelle Attard, ancienne directrice du musée de Bayeux, et la restauratrice Thalia Bajon-Bouzid, qui étudie la broderie depuis cinq ans, ont ainsi fait part de leurs inquiétudes dans le journal Le Monde, tandis que La Tribune de l’Art a qualifié cette décision de « catastrophique pour le patrimoine » avant de lancer le 13 juillet une pétition contre ce voyage en Angleterre, qui a recueilli à ce jour plus de 8660 signatures.
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