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Goossen van der Weyden, Retable des Fous de Dymphne, vers 1505
Polyptyque • Coll. La Fondation Phoebus, Anvers • © La Fondation Phoebus, Anvers
Goossen van der Weyden, Le Baptême de Dymphne avec, en arrière-plan, la mort de la mère de Dymphne, vers 1505
Une vierge martyre
Dymphne est née en Irlande, probablement au VIIe siècle, d’une mère chrétienne et d’un père païen, le roi Damon. Lorsque son épouse décède, le monarque cherche à se remarier en vain. Il développe alors pour sa jeune fille des sentiments incestueux. Dymphne, fidèle à sa foi chrétienne, refuse cet amour interdit et s’enfuit avec un prêtre nommé Géréberne. Elle trouve alors refuge en Belgique, à Geel, où elle fonde un hôpital pour les pauvres et les malades mentaux. Furieux, Damon finit hélas par retrouver la malheureuse, qui est décapitée par son propre père, après avoir assisté à la mise à mort de son compagnon d’infortune.
Huile sur panneau • 125,5 × 70,4 cm • Coll. La Fondation Phoebus, Anvers • © 2020 D.Provost / © La Fondation Phoebus, Anvers
Goossen van der Weyden, Dymphne demandée en mariage par son père, vers 1505
Sainte patronne des fous
Le culte de Dymphne s’est rapidement étendu en Europe du Nord, où elle est devenue la patronne des personnes souffrant de troubles psychiatriques et de maladies mentales. Dans l’art chrétien, elle est représentée sous les traits d’une belle jeune fille couronnée d’une auréole, aux côtés d’un couteau symbolisant son martyre. Le retable de Goossen van der Weyden, caractérisé par un réalisme minutieux, ne fait pas exception à la règle. La belle sainte à la peau diaphane apparaît vêtue d’une élégante robe rose, la tête couverte d’un voile rehaussé d’or. Ses traits délicats traduisent son innocence, ce qui rend d’autant plus insupportable son supplice.
Huile sur panneau • 126 × 77 cm • Coll. La Fondation Phoebus, Anvers • © 2020 D.Provost / © La Fondation Phoebus, Anvers
Goossen Van Der Weyden, Dymphne et ses compagnons sur le point d’embarquer, vers 1505
Destin mouvementé
À l’image de la pauvre Dymphne, le polyptyque de Goossen van der Weyden a lui aussi connu bien des mésaventures. Les panneaux qui constituent l’œuvre telle qu’on la connaît aujourd’hui sont en fait les fragments d’un grand retable mesurant trois mètres de haut (et le double de large une fois ouvert, par exemple lors de fêtes religieuses). Au XVIIIe siècle, un certain abbé Van der Achter décide de déplacer ce dernier et, pour se faciliter la tâche, de le scier en plusieurs morceaux… Les panneaux disparaîtront après la Révolution, probablement volés ou vendus. Tous ont fini par refaire surface, sauf celui illustrant la mort de la jeune martyre.
Huile sur panneau • 125,6 × 76,3 cm • Coll. La Fondation Phoebus, Anvers • © 2020 D.Provost / © La Fondation Phoebus, Anvers
Goossen Van Der Weyden, Les Espions révélant au roi le lieu où se cache Dymphne, vers 1505
Une ambitieuse restauration
En 2010, l’œuvre rejoint la collection de la fondation Phoebus qui entreprend entre 2017 et 2020 une importante campagne de restauration. La tâche n’est pas simple et s’apparente alors à une véritable enquête scientifique. Le retable, encrassé par d’épaisses couches de poussière et de vernis jaunis, a ainsi livré quelques-uns de ses secrets, en particulier au sujet de la technique employée par le peintre. Les restaurateurs ont aussi pu identifier l’intervention de nombreux assistants, témoignant de l’importance de l’atelier de Goossen van der Weyden à Anvers.
Huile sur panneau • 125,4 × 70,5 cm • Coll. La Fondation Phoebus, Anvers • © 2020 D.Provost / © La Fondation Phoebus, Anvers
Goossen Van Der Weyden, Translation du corps de Dymphne à Geel, vers 1505
Un héritage modernisé
Dans la droite lignée des primitifs flamands, et donc de son grand-père Rogier, Goossen van der Weyden accorde une grande importance à l’expressivité des personnages, mais aussi à toutes sortes de détails, du rendu réaliste de l’étoffe de la robe de Dymphne à la finesse du sceptre doré royal de Damon. Goossen mêle toutefois ce précieux héritage de la peinture flamande à des éléments plus modernes, comme en témoignent les poses des personnages, qui annonceraient presque le maniérisme, et l’emploi de certaines couleurs comme le rose. L’artiste a également pris soin de détailler les différentes scènes dans des vers inscrits sur des banderoles au pied de chaque panneau. On peut donc ainsi lire l’histoire de Dymphne un peu comme une bande dessinée !
Huile sur panneau • 124,9 × 70,5 cm • Coll. La Fondation Phoebus, Anvers • © 2020 D.Provost / © La Fondation Phoebus, Anvers
Fous de Dymphne
Du 5 avril 2025 au 17 août 2025
Monastère royal de Brou • 63, boulevard de Brou • 01000 Bourg-en-Bresse
www.monastere-de-brou.fr
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De grand-père en petit-fils
Dans la famille Van der Weyden, voici Goossen. Bien que talentueux et probablement à la tête d’un atelier important, l’artiste est longtemps resté dans l’ombre de son illustre grand-père, Rogier van der Weyden (1399–1464). Actif à Bruxelles puis Anvers entre la fin du XVe et le début du XVIe siècles, il revendique le prestigieux héritage de ce maître du primitivisme flamand. Vers 1505, Goossen reçoit la commande d’un retable par l’abbé Antoine Tsgrooten, qui doit orner une chapelle de l’église Notre-Dame, au sein de l’abbaye de Tongerlo. L’œuvre, monumentale, est consacrée à sainte Dymphne, une vierge martyre dont l’histoire, sordide, rappelle celle de Peau d’Âne… Sauf que celle-ci s’achève dans un bain de sang.