UNE ŒUVRE EN DÉTAILS

« Silène ivre » de Jusepe de Ribera : joyeuse bacchanale en clair-obscur

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Publié le , mis à jour le
Bien qu’il soit originaire d’Espagne, c’est en Italie que Jusepe de Ribera s’imposera comme l’un des peintres les plus influents de la scène artistique du XVIIe siècle. Maître absolu du clair-obscur, le peintre a poussé à son paroxysme la leçon de Caravage. Encore plus ténébreuse et radicale, sa peinture regorge de figures de martyrs et de marginaux. Un cortège dans lequel s’invite ce Silène ventripotent (et ivre), joyau des collections du musée Capodimonte à Naples.
Jusepe de Ribera, Silène ivre
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Jusepe de Ribera, Silène ivre, 1626

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Un Espagnol en Italie

Nom : Ribera. Surnom : « lo Spagnoletto » (« petit Espagnol »). C’est à l’âge de quinze ans que Jusepe de Ribera (1591–1652) quitte son Espagne natale pour s’installer en Italie avec l’ambition de devenir peintre. De Rome à Naples, il s’impose rapidement comme l’un des principaux suiveurs de Caravage. Sa peinture, encore plus ténébreuse et théâtrale que celle du maître italien est particulièrement recherchée par les puissants. Le peintre vit de commandes prestigieuses, dont celles du roi d’Espagne, Philippe IV. Réalisée en 1626 pour le riche marchand d’art et mécène flamand Gaspar Roomer, ce Silène ivre, inspiré d’un personnage de la mythologie grecque, détonne dans l’œuvre de Ribera, alors reconnu pour ses Apostolados ou ses puissantes représentations de martyrs chrétiens. Avec ce geste artistique radical, le peintre pousse le réalisme caravagesque à l’extrême.

Huile sur toile • 185 × 229 cm • Coll. Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte, Naples

Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail)
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Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail), 1626

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Un personnage mythologique ambigu

De Corrège à Rubens, la figure de Silène a inspiré plus d’un peintre. Compagnon et précepteur de Dionysos, il a comme, ce dernier, un sérieux penchant pour la bouteille et est souvent représenté dans des scènes d’ivresse, entouré d’une cohorte de satyres. Mais ce personnage exubérant et excentrique est aussi l’un des plus ambigu de la mythologie grecque. Parce qu’il sait captiver son auditoire par son discours ou son chant, Silène est aussi réputé pour la profondeur de sa sagesse… Un paradoxe dont s’empare magistralement le peintre, qui représente ici Silène en pleine cérémonie de couronnement.

Huile sur toile • 185 × 229 cm • Coll. Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte, Naples

Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail)
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Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail), 1626

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Une mise en scène grotesque

Étendu de tout son long dans le plus simple appareil, tel une Vénus lascive, Silène tend sa coupe à un satyre portant une outre de vin sur son épaule. Pour servir sa mise en scène à la théâtralité grotesque le peintre n’a pas manqué d’accentuer certains détails, à commencer par l’énorme bedaine de Silène, offerte au regard du spectateur au centre de la composition, en pleine lumière. Le peintre s’autorise tout et s’en donne à cœur joie : bourrelets, rougeurs, goitre proéminent… Le physique du personnage, d’un réalisme saisissant, est à l’image de sa personnalité excessive, tournée ici en caricature.

Huile sur toile • 185 × 229 cm • Coll. Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte, Naples

Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail)
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Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail), 1626

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La leçon de Caravage caravagesque

Ribera a-t-il rencontré Caravage à son arrivée à Rome en 1605 ? Rien n’est moins sûr, l’artiste bagarreur ayant quitté la cité papale la même année. Quoi qu’il en soit, ce dernier a exercé sur la peinture de Ribera une influence considérable. Rejetant l’idée d’un « beau idéal », ce dernier reprend les grands préceptes du maître italien qu’il pousse à leur paroxysme : clair-obscur mis au service de la puissance dramatique, réalisme cru des chairs, exaltation de la laideur, de l’étrange et de l’univers des bas-fonds, souffrance et violence exacerbées… Autant de facettes de l’œuvre de Ribera qui lui valent le surnom de « Caravage espagnol ».

Huile sur toile • 185 × 229 cm • Coll. Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte, Naples

Jusepe de Ribera, Silène ivre (détails)
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Jusepe de Ribera, Silène ivre (détails), 1626

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Le spectateur pris à partie

On en oublierait presque, à la vue de cet anti-héros ventripotent, la présence de nombreux témoins à ce spectacle d’ivresse. Aux premières loges, à gauche de la composition, se tient un jeune satyre accompagné de l’âne de Silène. Vêtu d’une peau de bête, il semble lever son verre à la santé de ce dernier. Mais c’est pourtant bien le spectateur qu’il regarde, l’air hilare, comme pour l’inviter lui aussi à rire ! Autre ambiance dans le coin supérieur droit du tableau : derrière le faune qui couronne Silène, on remarque la présence discrète d’un beau bacchant apollinien, coiffé lui aussi de laurier, et qui semble paisiblement contempler la scène…

Huile sur toile • 185 × 229 cm • Coll. Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte, Naples

Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail)
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Jusepe de Ribera, Silène ivre (détail), 1626

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Mystérieux rébus

Aux pieds de Silène, on peine à discerner dans l’obscurité la présence inquiétante du serpent de l’Envie. Celui-ci mord à pleines dents dans un morceau de papier sur lequel le peintre a pris soin de renseigner son nom, tout comme son appartenance à la prestigieuse Académie de Saint-Luc à Rome. Comment interpréter ce message ? Le mystère reste entier…

Huile sur toile • 185 × 229 cm • Coll. Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte, Naples

Ribera. Ténèbres et lumière

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Retrouvez dans l’Encyclo : José de Ribera

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