David Černý, Shark, 2005
metal, eau, fibre de verre • 190 x 90 x 270 cm • © Museu de l'Art Prohibit
Les esprits rebelles s’y sentiront comme des poissons dans l’eau ! Ce 26 octobre, un nouveau musée au concept fascinant ouvre ses portes à Barcelone. Baptisé « musée de l’Art interdit » (« Museu de l’art prohibit » en catalan), ce lieu sans précédent réunit près de 200 œuvres d’art ayant pour point commun d’avoir été censurées au nom de la religion, de la morale ou pour des raisons politiques. Une collection amorcée il y a cinq ans par son fondateur, le journaliste et homme d’affaires espagnol Tatxo Benet, qui l’a entièrement financée de sa poche.
S’il ne traite pas du thème à travers l’ensemble de l’histoire de l’art (presque toutes les œuvres présentées datent des XXe et XXIe siècles), ce musée interroge justement la persistance, et même la résurgence aujourd’hui, des problèmes de censure et d’autocensure. Les visiteurs y trouveront ainsi des pièces iconiques, comme le sulfureux Piss Christ d’Andres Serrano (1987), qui continue d’enflammer le débat sur le blasphème, ainsi que des photographies de Robert Mapplethorpe, célèbre pour ses nus masculins homoérotiques, pour certains sadomasochistes, des années 1970–1980, dont l’exposition provoque encore systématiquement des polémiques.
Entrée du Museu de l’Art Prohibit, 2023
© Museu de l’Art Prohibit
Également au programme, une œuvre de l’artiste chinois dissident Ai Weiwei (jugée trop politique par l’entreprise LEGO, qui a refusé de lui fournir les briques en plastique nécessaires à sa confection), ou encore le portrait de l’ancien président des États-Unis Donald Trump nu et doté d’un minuscule pénis, qui a valu à l’artiste Illma Gore des menaces de procès, des refus frileux de plusieurs galeries et un coup de poing au visage par un militant.
La collection inclut également une œuvre de Yoshua Okón critique de la chaîne de restaurants McDonald’s, retirée d’une galerie en 2014, ainsi que des dessins de prisonniers de Guantánamo, dont l’exposition décriée en 2017 avait poussé le gouvernement américain à décréter qu’aucune œuvre ne devrait plus sortir intacte de ce camp d’internement. S’y trouve aussi l’installation Silence Rouge et Bleu (2008–2014) de l’artiste franco-algérienne Zoulikha Bouabdellah, associant trente tapis de prière et autant de paires de chaussures à talons aiguille, qui avait été retirée en 2015 d’une exposition à Clichy-la-Garenne suite à des plaintes d’associations musulmanes. Un parcours varié que son fondateur décrit comme « un triomphe de la liberté d’expression » à l’ère de la « cancel culture ».
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