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UNE ŒUVRE EN DÉTAILS

Le « triptyque Portinari » d’Hugo van der Goes : un joyau des Flandres en Italie

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Publié le , mis à jour le
Ce printemps, la Gemäldegalerie de Berlin crée l’événement en présentant la quasi totalité de l’œuvre du Flamand Hugo van der Goes, une première. À cette occasion, plongeons dans l’un de ses chefs-d’œuvre aujourd’hui conservé aux Offices qui, en raison de ses dimensions monumentales, n’a pu faire le voyage jusqu’en Allemagne : le Triptyque Portinari, spectaculaire scène d’Adoration qui cache de nombreux symboles…
Hugo van der Goes, Triptyque Portinari
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Hugo van der Goes, Triptyque Portinari, vers 1475

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De Bruges à Florence

Chef-d’œuvre de la galerie des Offices, le Triptyque Portinari est une commande du banquier italien Tommaso Portinari pour l’église Sant’Egidio de l’hôpital Santa Maria Nuova à Florence, fondé par son aïeul. Peinte à Bruges vers 1475 par le primitif flamand Hugo van der Goes, cette imposante huile sur bois fut ensuite acheminée en Italie par bateau. Installée dans l’église en 1483, l’œuvre aux couleurs éclatantes a durablement marqué l’esprit des peintres florentins, à l’instar de Domenico Ghirlandaio ou encore Filippo Lippi. Le panneau central représente une scène d’Adoration des bergers, tandis que les panneaux latéraux sont consacrés au commanditaire et sa famille, accompagnés de leurs saints patrons.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

Détail du panneau de gauche du “Triptyque Portinari”
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Détail du panneau de gauche du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Un élégant commanditaire

Tommaso Portinari fait partie de l’une des plus importantes familles de Florence. Banquier et homme d’affaires, il aurait rencontré Hugo van der Goes à Bruges, alors qu’il occupait le poste de représentant d’une filiale de la banque des Médicis dans la cité flamande. Habillé d’un drap de velours sombre, typique de l’habit des notables de l’époque, il est représenté aux côtés de ses fils en pleine dévotion. Les traits de son visage frappent par leur grand réalisme : van der Goes a peint la tête de Tommaso sur papier avant de le maroufler sur le panneau en bois.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © akg-images / Rabatti & Domingie

Détail du panneau de gauche du “Triptyque Portinari”
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Détail du panneau de gauche du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Figures protectrices

Dans le dos du commanditaire s’élèvent, telles deux imposantes statues, les saints patrons de ses fils. Saint Antoine, représenté en vieillard, tient entre ses doigts une clochette et un rosaire, tandis qu’à son côté Saint Thomas, qui arbore une large tunique rouge et vert, semble prêt à envelopper le père de famille dans un geste protecteur – une main sur la tête et le pied posé sur le manteau. À l’arrière-plan, on distingue Marie, enceinte, et Joseph, qui marchent le long d’un sentier rocheux, en route pour le recensement de Bethléem…

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © akg-images / Rabatti & Domingie

Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”
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Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Divine étable

Dans la partie gauche du panneau central, Joseph, dont on reconnaît les mains caleuses de charpentier, et Marie ont le regard tourné vers l’Enfant qui vient de naître. La scène se déroule dans une étable semblable à une ruine, veillée par des anges aux traits divinement fin, qui pour certains, arborent des vêtements liturgiques richement ornés de pierres et de fils d’or.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”
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Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Vision mystique

Celui qui attire tous les regards est bien sûr l’Enfant Jésus. Ce dernier repose à même le sol et propage autour de lui des rayons de lumière divine. L’artiste a ici opté pour une mise en scène dépouillée qui correspond au récit de la naissance du Christ tel que décrit par Brigitte de Suède en 1372 à la suite d’une vision, alors qu’elle priait dans la grotte de la Nativité.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”
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Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Un trio expressif

À droite de la composition, toujours sur le panneau central, Hugo van der Goes a représenté les bergers aux trois âges de la vie. Le réalisme de leurs traits fascine : le plus vieux sourit paisiblement tandis que le plus jeune semble vouloir s’avancer dans un élan de joie maîtrisée. L’homme mûr, à la dentition abîmée, est quant à lui parfaitement ébahi. Leurs expressions, comme leur gestuelle, tranchent avec la posture solennelle des autres personnages qui assistent à la scène. Derrière eux, on devine des paysans qui s’avancent avec leurs instruments de musique, tandis qu’au fond se joue la scène de l’Annonce aux bergers.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”
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Détail du panneau central du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Bouquet de symboles

Au tout premier plan du panneau central, Hugo van der Goes a peint, toujours avec le souci du réalisme, une énigmatique nature morte. Sur un tapis de violettes repose une généreuse gerbe de blé doré évoquant Bethléem (qui signifie « maison du pain » en araméen), et annonçant sans doute l’Eucharistie future. Dans une albarelle finement décorée, on distingue un bouquet de lys rouges – qui symbolisent la Passion – et d’iris. Ces derniers, comme les ancolies placées dans le verre à la droite du pot à pharmacie, renvoient à la douleur de la Vierge. Les trois œillets, rouges eux aussi, symbolisent, quant à eux, les clous de la crucifixion.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

Détails du panneau central du “Triptyque Portinari”
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Détails du panneau central du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Reines de beauté

Le panneau latéral droit est, quant à lui, consacré à la femme de Tommaso Portinari, Maria di Francesco Baroncelli, et à leur fille Margherita. Dans une symétrie quasi parfaite avec le panneau opposé, chacune est représentée agenouillée au pied de sa sainte patronne : Marguerite d’Antioche, dont le pied repose sur un dragon prêt à la dévorer, et Marie Madeleine, tenant entre ses mains un pot d’onguent. Toutes ont le front haut, conformément aux canons de beauté de l’époque.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

Détail du panneau de droite du “Triptyque Portinari”
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Détail du panneau de droite du “Triptyque Portinari”, vers 1475

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Un panorama bucolique

Le paysage imaginé par l’artiste permet de lier entre eux les différents panneaux, sans discontinuité, donnant ainsi au spectateur l’impression d’admirer une seule et même scène. Le panneau droit s’ouvre sur un paisible paysage verdoyant et vallonné. On aperçoit au loin l’arrivée des Rois mages, acclamés par les paysans qui se pressent au bord du chemin.

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

Hugo van der Goes, Tryptique de Portinari
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Hugo van der Goes, Tryptique de Portinari, vers 1475

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Un rare spectacle

Peints en trompe-l’œil, l’envers des panneaux latéraux représentent une scène d’Annonciation en grisaille : à gauche, la Vierge, assise à son pupitre, est interrompue dans sa lecture par l’archange Gabriel (à droite). Au-dessus de sa tête plane la colombe du Saint-Esprit, comme saisie par le peintre en plein vol. Fermé la majorité du temps, le triptyque Portinari ne dévoilait son époustouflante beauté qu’à l’occasion de fêtes et de célébrations religieuses…

Huile sur bois • 253 × 586 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala, Florence

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Hugo van der Goes – Entre douleur et béatitude

Du 31 mars 2023 au 16 juillet 2023

www.smb.museum

Retrouvez dans l’Encyclo : Primitifs flamands

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