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À mi-chemin entre récit imaginaire et travail documentaire, Clément Cogitore saisit quelque chose du rapport contemporain aux images et à leur vertigineuse circulation. Pour réaliser The Evil Eye, l’installation vidéo proposée pour le prix Duchamp, l’artiste est allé puiser dans les banques d’images, comme n’importe quel producteur de clips publicitaires ou promoteur pressé de campagnes électorales. Autant dire que ces images, on les connaît. On ne nous la fait pas : tout le monde y est beau et gentil et souriant… Et Cogitore en rajoute en nappant cet optimisme effronté d’un récit narré par une voix féminine, d’où finit par sourdre une dramaturgie inquiétante. Il y a plus : ce qui s’annonçait comme un long fleuve tranquille dévalant les poncifs médiatiques vire à la boîte magique pulsant des effets scopiques qui alimentent des fantasmes inavouables. L’œil du démon, vous dit-on. J.L.
Né à Colmar en 1983, vit et travaille entre Paris et Strasbourg. Représenté par Eva Hober (Paris) et Reinhard Hauff (Stuttgart).
Clément Cogitore, The Evil Eye, 2018
Installation vidéo • 15 min • Courtesy galerie Eva Hober, Paris, et galerie Reinhard Hauff, Stuttgart.
On l’a découverte à travers une étrange expédition dans une forêt du Cameroun, où elle partait sur les traces d’un animal mythique censé la peupler. Depuis ce film intitulé l’Hypothèse du Mokélé Mbembé (2011), Marie Voignier n’a cessé de surprendre, et par le choix de ses sujets, et par sa méthode de travail. Qu’elle capte la chasse aux étourneaux ou des rituels de sorcellerie, le quotidien de la Corée du Nord ou une campagne médiatique, la vidéaste formée aux Beaux-Arts de Lyon porte une attention au réel d’une finesse rare, remarquée dans de nombreuses biennales, de Berlin à Venise. Avec Tinselwood, produit pour le prix Duchamp, elle fait le pari d’un film de 90 minutes, composé d’entretiens avec les paysans de cette forêt primaire du sud-est camerounais. E.L.
Née à Ris-Orangis en 1974, elle vit et travaille à Paris. Représentée par Marcelle Alix (Paris).
Marie Voignier, Tinselwood, 2017
Film • 82 min • Courtesy Marcelle Alix, Paris, Marie Voignier et les Films du Bilboquet
On a vu au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, qui lui consacrait une exposition personnelle au printemps dernier, comment Mohamed Bourouissa inscrivait ses projets dans l’espace social à la faveur d’un patient travail au contact des populations défavorisées. Pour le prix Marcel Duchamp, il s’est penché sur l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, premier du genre à avoir été construit en Algérie, en 1938. Sous l’influence du psychiatre et philosophe Frantz Fanon, de nouvelles méthodes de soins y furent introduites qui s’appuyaient sur des pratiques apaisantes de jardinage, de théâtre ou d’ergothérapie. Comment faire remonter ces expérimentations bienveillantes au premier plan d’une histoire douloureuse de la colonisation, tel est l’enjeu de l’installation vidéo de Mohamed Bourouissa, composée d’une structure en bois au sein de laquelle des sculptures réalisées par des enfants d’un quartier populaire de Liverpool cohabitent avec une vidéo donnant à entendre Frantz Fanon et le psychiatre Antoine Porot, l’un des autres personnages clés de cet hôpital algérien si hospitalier. J.L.
Né en 1978 à Blida (Algérie), vit et travaille à Paris. Représenté par Kamel Mennour (Paris-Londres).
Mohamed Bourouissa, Entre deux feux, 2018
Anthotypes • © et Courtesy Mohamed Bourouissa / kamel mennour, Paris-Londres, et Blum & Poe, Los Angeles-New York-Tokyo
Thu-Van Tran a fait de sa double culture, française et vietnamienne, l’un des points d’ancrage de sa pratique sans jamais sombrer dans l’anecdote ou l’exotisme. Mais c’est dans cette tension que s’inscrivent la plupart de ses oeuvres, qu’il s’agisse de sculptures ou d’images solarisées. Parmi les motifs qui l’obsèdent depuis quelques années, le caoutchouc. À ses yeux, ce matériau « raconte à lui seul un siècle de domination colonialiste. C’est la profondeur historique et le potentiel affectif de l’hévéa qu’il [lui] importe d’investir. » Ou comment délicatement marier le politique et le poétique. Pour le prix Duchamp, son installation complexe mêle sculpture, wall-painting et vidéo, en une évocation des tragiques épandages d’herbicides (dont l’agent orange) effectués par l’armée américaine pendant la guerre du Viêtnam. E.L.
Née en 1979 à Ho Chi Minh-Ville (Viêtnam), elle vit et travaille à Paris. Représentée par Meessen De Clercq (Bruxelles).
Thu-Van Tran, Peau blanche, 2017
Plâtre, MDF teinté • dim. variables • Courtesy Thu-Van Tran et Meessen De Clercq, Bruxelles.
Prix Marcel Duchamp 2018
Du 10 octobre 2018 au 31 décembre 2018
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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