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UNE ŒUVRE EN DÉTAILS

« Les Ambassadeurs » d’Holbein : les secrets fascinants d’un double portrait très politique

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Publié le , mis à jour le
Joyau des collections de la National Gallery de Londres, Les Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune (1533) est sans doute l’un des portraits les plus célèbres de l’histoire de l’art, mais aussi l’un des plus mystérieux. Comment interpréter ses nombreux symboles ? Quelle est donc cette grosse « tache » au premier plan du tableau ? Scrutons d’un peu plus près ce chef-d’œuvre de la Renaissance.
Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs
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Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs, 1533

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Un portrait 2 en 1

Deux hommes richement vêtus se tiennent devant un rideau damassé vert, accoudés à une étagère en désordre. Globes, livres, instruments de musique, outils scientifiques… Nous voilà à un condensé d’humanisme, mouvement culturel qui émerge en Europe à la fin du XIVe siècle. Lorsqu’il peint ce monumental double portrait, au format presque carré (alors peu commun), Hans Holbein le Jeune (vers 1497–1543) est déjà au faîte de sa gloire. Originaire de Bavière, il vit alors à Londres, où il s’est installé après avoir fui Bâle, en proie à des troubles engendrés par la Réforme. Déjà connu pour ses portraits d’Érasme et de Thomas More, le peintre réalise avec ce tableau un nouveau tour de force, qui le propulse à la cour du redoutable Henri VIII, dont il devient alors le peintre officiel.

Huile sur panneaux de chêne • 207 × 209 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail)
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Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail), 1533

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Un élégant commanditaire

L’homme qui se tient à la gauche de la composition, fier comme un monarque, n’est autre que le commanditaire de l’œuvre : Jean de Dinteville (1504–1555), ambassadeur de son état. Plusieurs détails nous confirment son identité : sa médaille de l’ordre de Saint-Michel, remise par François Ier, et sa dague en or finement travaillée sur laquelle on peut lire son âge : 29 ans. Holbein excelle non seulement dans le rendu expressif des visages mais aussi dans le réalisme des étoffes ; en témoigne le grand soin apporté aux manches de satin rose, qui renvoient la lumière, ou encore à son épaisse fourrure de lynx, dont on imagine aisément la douceur…

Huile sur panneaux de chêne • 207 × 209 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail)
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Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail), 1533

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Une mission très spéciale

À la silhouette de Jean de Dinteville en habits dit « courts », détenteur du pouvoir politique, répond celle en habits longs de Georges de Selve (1508–1541). Son vêtement sombre et sa coiffe nous indiquent qu’il est un homme d’Église, tandis que la tranche du livre sur lequel il est appuyé révèle son âge : 24 ans. Réalisée à l’occasion d’une visite de Georges à son ami Jean, l’œuvre célèbre l’amitié entre les deux hommes, mais pas que. Nos ambassadeurs sont en mission très spéciale pour François Ier : ils doivent tenter de réconcilier Henri VIII avec le pape, et ainsi éviter l’excommunication du monarque qui vient de répudier Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn, déjà enceinte…

Huile sur panneaux de chêne • 207 × 209 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail)
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Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail), 1533

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Dans les étoiles

Au centre de la pièce trône donc une étagère, au désordre relatif. En effet, rien n’est ici laissé au hasard ! Sur l’étagère supérieure, couverte d’un élégant tapis d’Anatolie, sont éparpillés une sphère céleste (sur laquelle on distingue les constellations de la Lyre et de l’Aigle), trois horloges solaires, deux cadrans et un torquetum – autant d’instruments scientifiques qui renvoient à l’astronomie et à la mesure du temps. Nous voilà donc projetés dans le ciel, qui de Copernic à Galilée, fascine les érudits de la Renaissance.

Huile sur panneaux de chêne • 207 × 209 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail)
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Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail), 1533

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Les pieds sur terre

Traitée elle aussi à la manière d’une nature morte, l’étagère inférieure nous renvoie sur la terre ferme ; en témoigne la présence d’un globe terrestre, d’un livre d’arithmétique entrouvert, d’un compas, d’un livre d’hymnes luthériens et d’instruments de musique. Si ces derniers sont considérés comme des symboles d’harmonie, ils sonnent ici faux : le luth renversé présente une corde cassée, enroulée sur elle-même, tandis qu’une flûte manque à l’appel dans son étui. Serait-ce là le présage d’inquiétants bouleversements politique et religieux ?

Huile sur panneaux de chêne • 207 × 209 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail)
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Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail), 1533

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Un crucifix bien caché

L’aviez-vous remarqué ? Dans le coin inférieur gauche du tableau, le peintre a habilement dissimulé un crucifix derrière l’épais rideau vert. Mis en rapport avec le livre de cantiques luthériens, il traduit la période de grande instabilité religieuse que traverse alors l’Europe. Tandis que la Réforme protestante ne cesse de gagner en influence, Henri VIII prépare le schisme de l’Église anglicane avec Rome. Entre les mondes catholique et protestant, la tension est alors à son comble…

Huile sur panneaux de chêne • 207 × 209 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail)
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Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs (détail), 1533

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Memento mori

Au pied des ambassadeurs, une forme énigmatique, semblable à un os de seiche, masque l’élégant pavage aux motifs géométriques qui rappelle celui de l’abbaye de Westminster. Il s’agit d’une anamorphose : en se déplaçant à la droite du tableau, on voit alors surgir une tête de mort… Cette œuvre est donc une vanité – une allégorie de la fragilité de la vie qui renvoie le spectateur à sa propre finitude. Ce crâne inquiétant évoque aussi la devise de Jean de Dinteville : « Memento mori » (« Souviens-toi que tu vas mourir »). Par ce tour de force artistique, Holbein annonce la couleur : au siècle suivant, ces vanités feront fureur en peinture. Le peintre, quant à lui, s’éteindra dix ans après avoir peint ce chef-d’œuvre, emporté par la peste en 1543.

Huile sur panneaux de chêne • 207 × 209 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images

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