Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David, 1948-1949
Huile sur toile • 154 x 185 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2024
Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David (détail), 1948-1949
Vive les vacances !
En 1936, le Front Populaire promulgue la loi sur les congés payés. C’est cette avancée sociale, qui permet à tous les travailleurs de partir en vacances, que célèbre ici Fernand Léger. Ce fils d’éleveur bovins originaire de Normandie a toujours été proche des idéaux de gauche. Dans les années 1930, il s’est engagé dans des projets artistiques portés par le Front Populaire, ce dont témoigne Le Transport des forces, grande fresque réalisée pour le Palais de la Découverte à l’occasion de l’Exposition universelle de 1937. Lorsqu’il peint Les Loisirs, l’artiste a rejoint le Parti Communiste depuis près de trois ans. Jusqu’à sa mort, il sera mu par le désir de concilier avant-garde et art populaire.
Huile sur toile • 154 x 185 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2024
Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David (détail), 1948-1949
Un hommage à Jacques-Louis David
L’année 1948 marque le bicentenaire de la naissance de Jacques-Louis David (1748–1825), auquel Fernand Léger rend ici un hommage explicite : étendue au pied des autres personnages, la jeune femme en combinaison orange tient dans sa main une feuille de papier sur laquelle on peut lire « Hommage à Louis David ». Sa pose est une référence directe à la célèbre toile La Mort de Marat (1793). On peut d’abord trouver étonnant un tel hommage de la part d’une figure des avant-gardes. Léger, lui, n’a pourtant jamais caché son admiration pour le grand maître du classicisme : « J’ai aimé David parce qu’il est anti-impressionniste. […] Je sens David, surtout lorsqu’il fait ses portraits, beaucoup plus proche de moi que Michel-Ange. J’aime la sécheresse qu’il y a dans l’œuvre de David et dans celle d’Ingres aussi. C’était sa route et cela m’a tout de suite touché… »
Huile sur toile • 154 x 185 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2024
Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David (détail), 1948-1949
Un fou du vélo
Pas moins de deux vélos figurent sur la toile. Il faut dire que Fernand Léger a cultivé dans sa peinture, surtout entre les années 1940 et 1950, une certaine obsession pour le cyclisme : La Grande Julie (1945), Les Quatre cyclistes (1943–1948) ou encore Les deux cyclistes, la mère et l’enfant (1951) sont autant de toiles dédiées à ce loisir populaire par excellence. Après avoir, pendant de longues années, vu dans la relation entre l’homme et la machine un modèle d’émancipation, c’est désormais dans la modeste bicyclette qu’il place tous ses espoirs : « Puisque les grands spectacles naturels comme les nuages, les vagues, le soleil et la lune président à nos étonnements d’enfants, je me dis que sur mon vélo qui roule doucement, capricieusement, bercé par les courbes de la route, je suis en ordre avec la nature. » Ainsi suspendu à la branche d’un arbre, l’un des vélos se transforme ici en forme ultra graphique, qui semble onduler sur la toile…
Huile sur toile • 154 x 185 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2024
Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David (détail), 1948-1949
Un feu d’artifice de couleurs
Bleu, jaune, rouge, orange, vert, rose… Sur la toile, Fernand Léger laisse place à un véritable feu d’artifice de couleurs. Pour l’artiste, l’équation est simple : la couleur est une « nécessité vitale ». Indissociable de son œuvre, elle l’est d’autant plus après son retour de New York, où le peintre s’est exilé pendant la Seconde Guerre mondiale : « En 1942, quand j’étais à New York, j’ai été frappé par les projecteurs publicitaires de Broadway qui balaient la rue. Vous êtes là, vous parlez à quelqu’un et, tout à coup, il devient bleu. Puis la couleur passe, une autre arrive, et il devient rouge, jaune. Cette couleur-là, la couleur du projecteur est libre : elle est dans l’espace. J’ai voulu faire la même chose dans mes toiles. »
Huile sur toile • 154 x 185 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2024
Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David (détail), 1948-1949
Des personnages impassibles
S’ils ont l’air serein, les personnages peints par l’artiste demeurent malgré tout relativement impassibles. Aucune émotion ne transparaît sur leur visage, qui est traité comme n’importe quel autre élément du décor. C’est, là encore, l’une des caractéristiques de l’œuvre de Fernand Léger, qui délestait la figure humaine de tout sentiment et psychologie : « Pour moi la figure humaine, le corps humain n’ont pas plus d’importance que des clés ou des vélos. » Une façon aussi de permettre à chacun de s’identifier à ces vacanciers, l’artiste n’ayant eu de cesse de défendre un art accessible à tous.
Huile sur toile • 154 x 185 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2024
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Sous un ciel d’un bleu profond, six personnages – deux couples et deux enfants – font face au spectateur. Contrairement aux hommes endimanchés dans leur costume trois pièces, les femmes arborent des tenues décontractées : robe courte rayée pour l’une, combinaison pour l’autre. Bicyclettes, bouquets de fleurs et colombes parachèvent cette grande composition qui évoque instantanément la joyeuse insouciance des vacances. Les formes colorées et stylisées sont cernées de noir : on reconnaît bien là la « patte » de Fernand Léger (1881–1955), qui a peint cet éloge des loisirs populaires (doublé, comme on le verra plus loin, d’un hommage à Jacques-Louis David), entre 1948 et 1949.