Les documents historiques décrivent le Palais de l’Eau comme ayant de grands escaliers en briques avec des escaliers bordés d’éléphants. Il est indiqué que les maisons étaient construites en teck, 2025
© Department of Archaeology and National Museum
Si les tremblements de terre engendrent surtout des pertes, ils occasionnent aussi parfois des découvertes, en faisant ressurgir des éléments cachés. C’est le cas du puissant séisme de magnitude 7,7 qui a dévasté le 28 mars dernier le centre de la Birmanie (rebaptisée Myanmar en 1989 par la junte militaire au pouvoir) en Asie du Sud-Est…
Cette catastrophe naturelle, dont le bilan humain officiel (accusé d’être largement sous-évalué) s’établit pour l’instant à 3 645 morts, et qui a causé de nombreuses destructions matérielles et patrimoniales, a dans le même temps fait émerger un trésor : le 8 avril, le département d’archéologie du ministère birman de la Culture a en effet annoncé que les ruines d’un bâtiment monumental ouvragé, resté longtemps enfouies sous terre, étaient apparues à Inwa (anciennement Ava), au centre du pays, à la faveur d’une large fissure de terrain créée par les secousses.
Découverte de l’escalier Tharetkin et du palais d’eau dans l’ancienne ville de Yadanarpura Inwa
© Department of Archaeology and National Museum
En 2009, des habitants y avaient déjà révélé des restes d’un somptueux escalier en briques à rambarde, dont il s’avère qu’il fait partie du même ensemble que les ruines qui viennent d’être mises au jour. Mais quel est donc ce mystérieux édifice ? Grâce à des illustrations retrouvées dans le Pira Pupe Ponta, un manuscrit ancien en accordéon inscrit sur des feuilles de palmier, auxquelles correspondent étroitement ces ruines, les archéologues pensent qu’il s’agit d’un « palais d’eau » de la dynastie Konbaung (1752–1885), la dernière à avoir régné sur le pays avant son annexion par l’Empire britannique.
Mesurant probablement 70 mètres par 60, et comprenant de grands escaliers dotés de rambardes en forme de mangues, ce palais était sans doute lié à la cité royale de Ratnapura Ava (« cité des joyaux »), l’ancienne capitale impériale birmane du XIVe au XIXe siècles. Les « palais d’eau » y étaient à l’époque des bâtiments religieux bouddhistes agrémentés de bassins et de fontaines. Axés sur l’élément aquatique, symbole de pureté, de paix et de renouveau spirituel, ils servaient à pratiquer des ablutions rituelles royales et à accueillir plusieurs cérémonies liées à l’eau, dont la fête de l’eau (Thingyan) du nouvel an birman, célébrée à la mi-avril.
Ces ruines ont été retrouvées à 5,7 kilomètres de Tada-U, ville qui fut maintes fois saccagée et reconstruite au fil des siècles, puis abandonnée définitivement après sa destruction par une série de tremblements de terre en mars 1839. Selon le département d’archéologie du ministère birman de la Culture, la structure du palais retrouvé sera excavée et préservée, avec le projet de rendre le site accessible au public. Une heureuse perspective au milieu du désastre.
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