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Lorenzo Lotto en 2 minutes

En bref

Longtemps relégué au second plan de l’histoire de l’art, Lorenzo Lotto (1480–1556) est pourtant un grand peintre vénitien de tradition classique. Contemporain de Titien, dont le triomphe éclipse quelque peu les autres artistes, Lotto trouve ses commanditaires en dehors de Venise. Il met son art au service des églises, mais se révèle également être un portraitiste talentueux, peut-être l’un des plus importants de cette période en Italie. Son art rigoureux, influencé par les maîtres italiens, mais aussi flamands, échappe au courant maniériste. Lotto fut décrit comme un artiste à la psychologie complexe.

Lorenzo Lotto, Autoportrait
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Lorenzo Lotto, Autoportrait, vers 1540

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Huile sur panneau de bois • 43 × 35 cm • Coll. musée Thyssen-Bornemisza, Madrid

On a dit de lui

« Ô Lotto ! bon comme la bonté, et vertueux comme la vertu ! » Pierre Arétin

Sa vie

Lorenzo Lotto est probablement né à Venise, dans une famille d’origine lombarde. Des zones d’ombre entourent sa formation, mais il fait ses débuts sur la scène vénitienne où il semble avoir été influencé par Bellini et Giorgione. Il peint alors des retables d’autel, ainsi que des portraits. Mais, à Venise, Titien occupe alors la première place, et Lotto, ne pouvant rivaliser, décide d’offrir ses talents à d’autres cités italiennes.

L’essentiel de son existence s’est donc déroulé au gré des voyages, des villes où il s’est rendu plus ou moins durablement. Installé pour un temps à Trévise, Lotto est protégé par l’évêque local. Les tableaux religieux (généralement des madones) constituent la majorité de ses commandes.

Décrit comme pieux, Lotto se met au service de l’Église. Son style s’éloigne de celui des peintres vénitiens, plus exubérant ; sa vision est plus pathétique, dramatique et réaliste. L’artiste semble plutôt se tourner vers les influences nordiques, Dürer en particulier. À Rome, Lotto rencontre Raphaël et travaille pour le Vatican, où il décore les appartements du pape Jules II.

Parti pour Bergame en 1513, l’artiste y réalise la partie la plus importante de sa carrière et réside dans la ville lombarde pendant une dizaine d’années. La pression y est moins forte, ce qui lui permet de laisser libre cours à sa personnalité. Il réalise alors des retables pour les églises San Stefano et San Bernardino.

Lorenzo Lotto fut aussi un grand portraitiste, et réalisa plus d’une cinquantaine de toiles représentant des figures de la noblesse, de l’aristocratie, mais aussi des allégories, en vogue dans la peinture du XVIe siècle. Cette activité l’occupe intensément dans les années 1520, et ses portraits se distinguent par leur profondeur psychologique et l’attention portée aux accessoires et aux costumes indiquant le tempérament comme la fonction du modèle.

La fin de sa vie est difficile : devenu presque aveugle, Lotto se retire dans un couvent où il devient frère et demeure jusqu’à sa mort. Il n’eut jamais de disciples, ce qui explique peut-être son relatif oubli pendant une longue période.

Lotto doit sa réhabilitation à l’historien de l’art Bernard Berenson, qui lui consacre une monographie en 1895. Berenson salue notamment son talent de portraitiste et le considère comme le premier peintre italien à avoir attaché une réelle attention à ses modèles, à avoir saisi leur âme. Mais ce n’est que dans les années 1990 que le peintre fut découvert par le grand public, grâce à des expositions d’envergure (notamment une rétrospective organisée conjointement par la National Gallery de Washington et l’Accademia Carrara de Bergame en 1997) et à une série de réattributions.

Ses œuvres clés

Lorenzo Lotto, Saint Jérôme méditant dans le désert
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Lorenzo Lotto, Saint Jérôme méditant dans le désert, 1506

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huile sur bois • 40 × 48 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images

Saint Jérôme méditant dans le désert, 1506

L’ermite est ici représenté dans un paysage très impressionnant, où la roche domine. La nudité minérale fait écho au dépouillement du personnage. Une ville apparaît au loin au sommet d’une falaise, comme reléguée aux antipodes des préoccupations de l’ermite. Lotto révèle ses influences : les peintres germaniques, mais aussi l’œuvre de Léonard de Vinci. Ce tableau a sans doute appartenu à l’évêque de Trévise, qui fut le protecteur du peintre.

Lorenzo Lotto, Portrait de jeune homme
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Lorenzo Lotto, Portrait de jeune homme, 1506

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Huile sur bois • 42,3 × 35,3 cm • Coll. Kunsthistorisches Museum, Vienne • © Bridgeman Images

Portrait de jeune homme, 1506

D’apparence austère, ce beau portrait de la période trévisane de l’artiste représente un noble personnage, sans doute Broccardo Malchiostro, le chancelier de l’évêque local. Il est représenté en buste, de trois-quarts, portant vêtement et coiffe noirs. Tout respire la solennité. Comme à son habitude, Lotto a glissé dans ce portrait un attribut symbolique : une lampe allumée, en haut à droite, symbole de sagesse qui signifie que nous sommes face à un esprit éclairé. La présence d’un éteignoir rappelle cependant la brièveté de l’existence humaine, comme une forme de memento mori.

Lorenzo Lotto, Vénus et Cupidon
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Lorenzo Lotto, Vénus et Cupidon, années 1520

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Huile sur toile • 92,4 × 111,4 cm • Coll. & © Metropolitan museum, New York

Vénus et Cupidon, années 1520

Lotto a réalisé ici une œuvre sur le thème très apprécié des Vénus allongées, relecture d’un motif antique. Il s’agit probablement d’un tableau destiné à être offert en cadeau de mariage, la déesse présidant aux unions heureuses. Comme à son habitude, Lotto associe aux personnages une profusion de symboles : entre autres, le coquillage (attribut habituel de Vénus dans les œuvres de la Renaissance) et les pétales de rose, qui symbolisent sa virginité. La dimension intime, voire érotique, de la composition s’exprime par le rideau levé, qui permet au spectateur d’assister à une scène rare.

Par • le 17 décembre 2018
Retrouvez dans l’Encyclo : Maniérisme Lorenzo Lotto

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