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“L’Origine du monde” taguée et une œuvre volée à Metz ; l’artiste féministe Deborah de Robertis explique son geste

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“L’Origine du monde” de Gustave Courbet à l’exposition Lacan du centre Pompidou : MeToo écrit à l’aide de peinture rouge sur la vitre protégeant le tableau
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“L’Origine du monde” de Gustave Courbet à l’exposition Lacan du centre Pompidou : MeToo écrit à l’aide de peinture rouge sur la vitre protégeant le tableau, 6 mai 2024

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image Radio France - Document remis

Rien ne va plus au Centre Pompidou-Metz ! Lundi 6 mai à 13h50, L’Origine du monde de Gustave Courbet (1866) et quatre autres œuvres y ont été taguées par plusieurs personnes au sein de l’exposition « Lacan – Quand l’art rencontre la psychanalyse », ouverte depuis le 31 décembre 2023 et jusqu’au 27 mai 2024.

Les mots « MeToo » ont été écrits en grosses lettres rouges sur le célèbre et sulfureux tableau de Courbet représentant un sexe féminin, ainsi que sur des œuvres féministes de Louise Bourgeois, Rosemarie Trockel, Valie Export et Deborah de Robertis. Avant de quitter les lieux, le groupe a également volé une broderie de l’artiste Annette Messager, issue de sa série « Ma collection de proverbes » datant des années 1970 – un morceau de tissu blanc orné d’une phrase écarlate en lettres de fil : « Je pense donc je suce ».

« Des actes de vandalisme », condamne le musée

Prêté par le musée d’Orsay pour cette exposition, le tableau de Courbet était heureusement protégé par une vitre. « Plusieurs personnes se sont présentées comme des visiteurs », détaille le Centre Pompidou-Metz dans un communiqué publié lundi sur son site et sur les réseaux sociaux. « Une partie de ces personnes a fait diversion auprès du personnel de médiation et de sécurité, permettant aux autres membres du groupe de taguer la mention metoo sur plusieurs œuvres. Toutes les œuvres sont actuellement examinées. Une enquête est ouverte ».

Capture d’écran X du compte de Déborah de Robertis
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Capture d’écran X du compte de Déborah de Robertis, 6 mai 2024

« Avec tout le respect que nous portons aux mouvements féministes, nous sommes choqués de voir vandaliser des œuvres d’artistes, notamment d’artistes féministes, au cœur des combats de l’histoire de l’art ».

Chiara Parisi

« Avec tout le respect que nous portons aux mouvements féministes, nous sommes choqués de voir vandaliser des œuvres d’artistes, notamment d’artistes féministes, au cœur des combats de l’histoire de l’art. Nous condamnons les actes de vandalisme contre les œuvres d’art conservées et présentées dans les musées, prenant également pour cible les équipes sur le terrain », a déclaré Chiara Parisi, directrice du Centre Pompidou-Metz.

« Aux activistes qui pensent que l’art ne serait pas assez puissant pour porter un message par lui-même, il faut le redire : une œuvre n’est pas une pancarte qu’on pourrait colorier avec le message du jour », a renchéri la ministre de la Culture Rachida Dati. Le maire LR de Metz, François Grosdidier, a de son côté fustigé un « acte criminel contre une œuvre majeure de notre patrimoine ».

Une action revendiquée par l’artiste et performeuse Deborah de Robertis

Deborah de Robertis devant « L’Origine du monde », de Gustave Courbet au musée d’Orsay
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Deborah de Robertis devant « L’Origine du monde », de Gustave Courbet au musée d’Orsay, 29 mai 2014

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Capture Youtube

Le 6 mai vers 23h30, l’action a été revendiquée sur les réseaux sociaux par l’artiste et performeuse féministe luxembourgeoise Deborah de Robertis, autrice de l’une des œuvres vandalisées. Il s’agit d’une photographie, Miroir de l’Origine (2014), présentée à deux pas de l’œuvre de Courbet : Deborah de Robertis y apparaît en train d’exhiber son sexe nu devant le célèbre tableau, dans le cadre d’une performance réalisée le 29 mai 2014 au musée d’Orsay. En fond sonore, accompagnée de l’Ave Maria de Franz Schubert, l’artiste répétait les mots « Je suis l’origine, je suis toutes les femmes […] ».

Deborah de Robertis a transmis à l’AFP une vidéo montrant deux femmes en train de taguer le tableau de Courbet et une autre œuvre, avant de crier « Me Too », bombes de peinture à la main, puis de se faire embarquer par des agents de sécurité. Sur les réseaux sociaux, l’artiste de 40 ans a revendiqué son geste qu’elle présente comme une performance baptisée « On ne sépare pas la femme de l’artiste ».

Capture d’écran X du compte de Déborah de Robertis
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Capture d’écran X du compte de Déborah de Robertis, 6 mai 2024

« Je suis l’organisatrice exclusive de cette performance et attends d’être convoquée par les services de police qui savent qui est mon avocate (Marie Dosé). Je suis en possession de l’œuvre d’Annette Messager, que je me suis réappropriée et qui est mienne désormais. Les œuvres n’ont été ni vandalisées ni dégradées puisque la peinture s’efface en une seconde et sans dégât », a-t-elle déclaré le 6 mai vers 23h30 sur Instagram puis ce mardi 7 mai au matin, vers 9 heures, dans un post sur le réseau social X (ex-Twitter). « Chiara Parisi et les curateurs de l’exposition Bernard Marcadé et Marie-Laure Bernadac se disent choqués et condamnent ma performance. Et ça, ça vous choque ? Et ça, vous le condamnez? », a-t-elle ajouté en accompagnant ces mots d’une vidéo, quelle présente comme le « teaser du film » qu’elle a « réalisé il y a une quinzaine d’années »…

Allongé dans une chambre et visiblement alcoolisé, un homme ressemblant à Bernard Marcadé est filmé par Deborah de Robertis, qui se déshabille au cours de la vidéo. L’homme demande à la jeune femme une fellation, dit ne pas être dérangé par la caméra, puis paraît s’inquiéter légèrement de ce que l’artiste pourrait faire plus tard de la vidéo. À des remarques grivoises, la jeune femme répond par un sourire. Un sous-titre apparaît : « Je suis mal à l’aise ». Au mur, figure la broderie d’Annette Messager volée à Metz…

« La violence de mes gestes et de mes mots n’est que le reflet de la violence des hommes de pouvoir du monde de l’art ».

Deborah de Robertis

« La violence de mes gestes et de mes mots n’est que le reflet de la violence des hommes de pouvoir du monde de l’art », expliquait Deborah de Robertis le 11 janvier dans un post Instagram, où elle précisait qu’après une polémique concernant la présence de son œuvre dans l’exposition de Metz, elle avait obtenu du commissaire Bernard Marcadé, suite à une conversation téléphonique, que la photographie soit incluse dans le parcours. « Je l’ai confronté au sujet de son rapport à mon œuvre, qu’il connaît depuis mes 26 ans », précise-t-elle. Le 14 avril, elle avait annoncé à la presse qu’elle préparait une « performance » qui aurait lieu « très prochainement, pour dénoncer les abus dans le monde de l’art ».

Des réactions de soutien et de condamnation

Des commentaires ont suivi sur les réseaux sociaux, les uns fustigeant la méthode de l’artiste, les autres pour l’applaudir. « Merci, je me sens moins seule », « Bravo », « Soutien total », peut-on lire. « Ce n’est pas servir la cause du mouvement MeToo », « Cet homme, vous l’avez lésé en faisant du chantage », « S’attaquer ainsi à une exposition intelligente, c’est déplorable », « On ne sépare pas l’artiste de sa responsabilité pénale », « Votre place est en prison », jugent au contraire d’autres internautes.

Née en 1984, la Luxembourgeoise, qui a étudié la performance et la vidéo à l’École de recherche graphique de Bruxelles, avait déjà été condamnée à 2 000 euros d’amende pour s’être montrée nue en 2018 devant la grotte sanctuaire de Lourdes, et avait eu plusieurs fois des démêlés avec la justice pour des faits similaires, notamment en 2016, lorsqu’elle s’était allongée nue devant l’Olympia de Manet (ce qui lui avait valu 48 heures de garde à vue, dont une nuit en service psychiatrique, puis un rappel à la loi), et en 2017, lorsqu’elle avait montré son sexe devant la Joconde au Louvre – action qui avait débouché sur un procès et une relaxe.

Alors que les investigations de la police se poursuivent ce mardi 7 mai, jour de la fermeture hebdomadaire, le Centre Pompidou-Metz a indiqué qu’il compte rouvrir au public ce mercredi 8 mai.

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Lacan, l’exposition – Quand l’art rencontre la psychanalyse

Du 31 décembre 2023 au 27 mai 2024

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