SÉRIE – 30 FEMMES QUE VOUS DEVRIEZ CONNAÎTRE

Louise Jopling, une suffragette parmi les peintres de l’ère victorienne

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Publié le , mis à jour le
Peinte par Whistler et Millais, Louise Jopling (1843–1933) fut aussi une peintre de talent qui fit ses armes à Paris avant de devenir, à Londres, une portraitiste en vue et surtout une militante acharnée en faveur du droit de vote des femmes. Depuis le début de ce mois de mars, placé sous le signe de la lutte pour les droits des femmes, Beaux Arts met à l’honneur 30 créatrices dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler… Mais que vous devriez connaître. Dernier épisode.
Louise Jopling, Phyllis
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Louise Jopling, Phyllis, 1883

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Huile sur toile • 52 x 44 cm • Russel Cotes Art Gallery and Museuù, Bournemouth R.-U • © Russel Cotes Art Gallery / Bridgeman Arts

John Everett Millais, Louise Jane Jopling (née Goode, Later Rowe) By Sir 1st Bt
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John Everett Millais, Louise Jane Jopling (née Goode, Later Rowe) By Sir 1st Bt, 1879

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Huile sur toile • 124 × 765 cm • National Portrait Gallery, Londres • © Wikimedia Commons

Rares sont les femmes de l’ère victorienne à avoir échappé au simple statut de modèle figé dans l’idéal esthétique fantasmé par la génération préraphaélite. Louise Jopling en fait partie, tout en ayant elle-même été influencée par la peinture de ses amis James McNeill Whistler ou John Everett Millais.

Née en 1843 dans une famille de neuf enfants, elle se retrouve orpheline à 17 ans et épouse un fonctionnaire avec qui elle ira un temps s’installer à Paris. Là, la baronne Charlotte Nathaniel de Rothschild, nouvelle employée de son mari, repère ses talents de dessinatrice et lui met le pied à l’étrier : Louise intègre l’atelier du peintre académique Charles Chaplin, qui n’accueille que des femmes (dont Mary Cassatt, Eva Gonzalès, Louise Abbéma…) ! Malgré la perte douloureuse de deux enfants en bas âge, un mari accro aux jeux d’argent et alcoolique, la jeune artiste expose au Salon et à la Royal Academy. Divorcée, l’art devient pour elle un indispensable moyen de subsistance.

À Londres, remariée à un artiste de Vanity Fair, Joseph Middleton Jopling, elle connaît un certain succès et constitue un cercle mondain fréquenté par Oscar Wilde, Frederic Leighton ou la fille de la reine Victoria, la princesse Louise. Ses soirées organisées dans son studio deviennent célèbres et sont même croquées par le caricaturiste George du Maurier dans la revue Punch.

Portraitiste de l’élite, elle devient en 1901 la première femme admise à la Royal Society of British Artists. Dans ses mémoires (Twenty Years of My Life, 1867–1887 ) pourtant, elle écrit : « Je déteste être une femme, les femmes ne font jamais rien. » À la mort de son époux, elle se remarie avec un jeune veuf de 11 ans de moins qu’elle. De plus en plus indignée par le sort réservé à ses consœurs, Louise Jopling crée une école pour femmes et écrit pour elles un livre sur la peinture. Engagée dans le mouvement pour le droit de vote des femmes, elle milite dans des associations et prend la plume dans la presse : « Les qualités que j’admire le plus chez un homme ? Ah ! De nombreuses. Mais il y en a une que je voudrais voir plus développée, c’est son sens de la justice ! Signé UNE FEMME CONTRIBUABLE QUI NE PEUT VOTER. » Des années 1890 à sa mort, à l’âge de 90 ans, elle n’aura ainsi de cesse de se battre pour l’égalité des sexes et pour la reconnaissance de ses paires.

Son œuvre

C’est dans les scènes de genre et les portraits que Louise Jopling se fait un nom. Imprégnée de l’esthétique de ses amis préraphaélites, sa peinture figure souvent de belles femmes graciles dans un style académique, à l’instar de Phyllis (1883) [ill. en Une], héroïne tragique de la mythologie transformée en amandier et dont le motif a été popularisé par une toile d’Edward Burne-Jones en 1870. L’une de ses toiles les plus célèbres est l’énigmatique Cendrillon moderne (1875), présentée lors de l’Exposition universelle de 1878, qui nous plonge dans un intérieur bourgeois où une femme suspend une opulente robe de bal rose pâle, tandis qu’un miroir révèle étrangement un décor d’atelier d’artiste. Faut-il y voir la métaphore de la double identité de Louise Jopling, mondaine le soir et artiste le jour ?

Louise Jopling, Une Cendrillon moderne
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Louise Jopling, Une Cendrillon moderne, 1875

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Huile sur toile • 91,4 × 72,8 cm • © Artvee

Où la voir ?

Si ses portrait peints par Millais et Whistler peuvent être admirés respectivement à la Hunterian Art Gallery de Glasgow et à la National Portrait Gallery de Londres, les œuvres signées Louise Jopling sont plus difficiles à trouver et sont, pour la plupart, en mains privées.

Retrouvez dans l’Encyclo : Préraphaélisme

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