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Artiste international (américain de naissance, français par sa formation, et résident londonien), James Abbot McNeill Whistler (1834–1903) est le peintre des nocturnes. Contemporain d’Édouard Manet, proche des impressionnistes et parfois associé au symbolisme pour son approche purement esthétique, presque musicale, il compose de véritables harmonies d’ombres et de lumières qui font de lui l’un des maîtres du paysage moderne, tout en nourrissant une passion pour le genre du portrait.
James Abbott Whistler, Portrait de Whistler avec un chapeau, 1858
Huile sur toile • 46,3 × 38,1 cm • Coll. Smithsonian Institution, Washington
« Ce que le tableau représente ? Cela dépend de celui qui le regarde. »
Whistler a vu le jour aux États-Unis, dans l’État du Massachusetts. Fils d’un ingénieur des travaux publics, il passe son enfance en Russie et s’installe à Londres durant son adolescence. À l’académie militaire de West Point, le jeune homme apprend l’aquarelle, et pratique également les techniques de la gravure.
Convaincu qu’il lui faut passer par Paris, Whistler arrive dans la capitale en 1855. Il intègre l’atelier de Charles Gleyre. En parallèle, il se lie avec Henri-Fantin Latour et se rapproche d’Edgar Degas et de Félix Bracquemond. Il entre aussi en contact avec Gustave Courbet. Il se met à collectionner des estampes japonaises à une époque où elles étaient encore rares.
Peintre des femmes, élégantes et diaphanes, l’artiste a d’abord immortalisé ses proches : sa mère et ses sœurs. En 1859, il envoie au Salon Au Piano, représentant sa sœur et sa nièce. L’œuvre est refusée. L’artiste sera coutumier des rejets par l’institution académique. C’est notamment ce qui arrive à l’une de ses plus célèbres toiles, Jeune fille en blanc, exposée en 1863 au Salon des Refusés en même temps que Le Déjeuner sur l’herbe de Manet.
Déçu par la réception de sa peinture à Paris, Whistler gagne Londres où il se lie d’amitié avec Oscar Wilde et tombe en adoration devant la Tamise. Il parvient à saisir l’atmosphère particulière de la brume, ce fog typiquement londonien qui entoure les monuments de mystère. Les formes paraissent se dissoudre dans le paysage. L’artiste montre de grandes qualités d’abstraction tout en restant farouchement attaché à l’étude du réel. C’est à cette époque, dans les années 1860, qu’il rencontre Joanna Hiffernan, qui était aussi la maîtresse de Courbet (un motif de brouille entre les deux peintres).
Au cours des années 1860, Whistler devient un véritable spécialiste des nocturnes, un thème qu’il aborde en fin connaisseur de la musique romantique. Ces scènes de nuit, où brille une lumière naturelle ou artificielle, sont d’une poésie mélancolique. Elles sont étonnantes à une époque où les impressionnistes s’entichaient du plein soleil. Le style du peintre a parfois été qualifié de « contre-impressionnisme ». Ses nocturnes marqueront l’école paysagiste américaine, que l’on appelle le tonalisme.
Le chemin de Whistler vers la renommée a été laborieux. Ses nocturnes reçoivent des critiques sévères, et l’artiste est accusé de pratiquer des tarifs indécents. Un épisode fameux est le procès qui l’oppose, en 1878, au critique d’art John Ruskin accusé de diffamation pour avoir proféré : « Je n’ai jamais entendu un faquin demander 200 guinées pour jeter un pot de peinture à la face du public… ». Whistler s’en sort en pratiquant la gravure, dans laquelle il excelle. La reconnaissance viendra à lui au milieu des années 1880, entre Bruxelles et Paris où il trouve le soutien du milieu symboliste. Les dernières années de sa vie sont marquées par le succès et les titres honorifiques. Il reçoit notamment le grand prix de gravure lors de l’exposition universelle de 1900. L’artiste décède trois ans plus tard.
James Abbott Whistler, Nocturne en bleu et or : le vieux pont de Battersea, 1872–1875
Huile sur toile • 68 × 51 cm • Coll. Tate, Londres • © akg-images / Erich Lessing
Nocturne en bleu et or : le vieux pont de Battersea, 1872–1875
Œuvre d’une composition étonnante, qui révèle l’influence des estampes japonaises (en particulier celles d’Hokusai), cette nocturne représente l’ancien pont de Battersea à Londres. L’artiste est attaqué, en particulier par John Ruskin, sur les qualités d’abstraction de son œuvre, car il ne s’est pas attaché à une représentation topographique des lieux mais plutôt à la silhouette inquiétante de l’édifice, difficilement identifiable.
James Abbott Whistler, Jeune fille en blanc (Symphonie en blanc n°1), 1862
Huile sur toile • 215 × 108 cm • Coll. National Art Gallery, Washington
Jeune fille en blanc (Symphonie en blanc n°1), 1862
Exposé au Salon des Refusés de 1863, ce tableau est non seulement un portrait mais aussi un exercice magistral sur les harmonies blanches. L’œuvre témoigne de l’influence exercée par les préraphaélites anglais sur Whistler. Mais il montre son indépendance en accordant plus d’importance au travail sur la couleur qu’à la beauté idéale. Le modèle est Joanna Hiffernan, sa maîtresse mais aussi l’amante de Courbet.
James Abbott Whistler, Portrait de la mère de l’artiste, dit aussi Arrangement en gris et noir n°1, 1871
Huile sur toile • 144,3 × 163 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
Portrait de la mère de l’artiste, dit aussi Arrangement en gris et noir n°1, 1871
Cette œuvre très célèbre est d’une grande austérité. Whistler représente sa mère, assise de profil, toute vêtue de noir, dans une profonde immobilité. Le peintre aimait intituler ses tableaux comme des œuvres musicales. Entrée dans les collections nationales françaises en 1881, cette œuvre a connu un grand succès au sein de l’école américaine dans les années 1930, étant perçue comme une image de la capacité à supporter stoïquement les difficultés et le malheur à l’époque de la Grande Dépression.
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