Artiste espagnol à la carrière fulgurante, Mariano Fortuny y Marsal est doué d’une main prodigieuse. Capable de saisir avec maestria les effets de lumière, virtuose de l’huile comme de l’aquarelle, Fortuny est principalement connu comme orientaliste, héritier d’un certain idéal romantique. En 1860, il est missionné pour accompagner une expédition militaire au Maroc. Tombé amoureux de la beauté et des couleurs de l’Orient, Fortuny devient un grand voyageur et collectionneur d’objets pittoresques. Peintre cosmopolite, fixé à Rome, Fortuny doit autant à son talent qu’à sa mort prématurée le culte dont il est l’objet en Espagne à la fin du XIXe siècle. La plupart de ses chefs-d’œuvre se trouvent aujourd’hui au musée du Prado à Madrid.
Federico de Madrazo, Portrait du peintre Mariano Fortuny, 1867
Huile sur toile • 54 × 42,5 cm • Coll. Museu Nacional d’Art de Catalunya, Barcelone • © Leonard de Selva / Bridgeman Images
« Fortuny était un adorateur du soleil et de la nature. » Jean-Charles Davillier
Mariano Fortuny y Marsal est né en Espagne, à Reus (province de Tarragone) le 11 juin 1838. Sa famille est de pauvre condition. Le jeune garçon suit un enseignement de dessin dans l’école élémentaire de son village. Dès l’âge de douze ans, orphelin de père et de mère, Fortuny est élevé par son grand-père. Menuisier inventif qui sculpte des figures de cire, ce dernier décide de tenter la fortune à Barcelone. Le jeune garçon aide son grand-père et se fait remarquer par un sculpteur catalan qui lui obtient une bourse d’étude.
Pendant quatre ans, Mariano Fortuny y Marsal suit des cours à l’Académie des beaux-arts de Barcelone. Pour compléter sa maigre pension, il réalise de petits travaux décoratifs pour l’Église. Grâce à ses talents de dessinateur, Fortuny reçoit de la ville une pension pour aller étudier à Rome. Plus tard, il obtiendra également un soutien financier de la reine Isabelle. Le jeune homme quitte Barcelone en 1857 à destination de la Ville éternelle où il retrouve une communauté d’artistes castillans, et fréquente aussi des artistes venus de toute l’Europe. Jusqu’en 1859, Fortuny travaille d’après les maîtres, en particulier Vélasquez qu’il admire.
En 1859, la guerre vient d’éclater entre le sultan du Maroc Abd-er-Rahman et l’Espagne. Barcelone décide d’envoyer le jeune Fortuny au Maroc afin de suivre le corps expéditionnaire et d’immortaliser les épisodes de la lutte. Mariano Fortuny séjourne six mois au Maroc. Il se montre fasciné et dessine en nombre les scènes qui se présentent à lui, parcourant les camps, représentant les chevaux, fixant les combats mais aussi le spectacle de la vie orientale. De retour en Espagne à la fin du printemps 1860, il débute deux grandes toiles mettant en scène les épisodes de cette épopée militaire victorieuse. En effet, le gouvernement de Barcelone lui a commandé une série de grands tableaux pour décorer la salle du Conseil du Palacio de la Diputación.
Mariano Fortuny décide d’exécuter ses commandes à Rome, mais il passe d’abord par Paris afin de voir La Prise de la smalah d’Horace Vernet (1843) qui représente un modèle de tableau d’histoire orientaliste. Il se met ensuite à l’ouvrage, se reposant de ce grand labeur en se livrant à des travaux à l’aquarelle. S’il a peint des esquisses magistrales, des études innombrables, les grandes toiles prévues restent inachevées… Ce qui oblige Fortuny à restituer les avances qu’il a perçues au gouvernement espagnol. En 1866, le nom de Fortuny se fait connaître en France. Son talent est porté à la connaissance de l’éditeur Goupil qui lui propose un contrat. Revenant à Paris, Fortuny se rapproche d’Ernest Meissonier et expérimente la technique de l’eau-forte. Il travaille aussi au côté de Jean-Léon Gérôme, qui lui prête un atelier.
Assuré d’être enfin indépendant, Mariano Fortuny revient se fixer à Rome. Il s’installe dans un atelier qui devient rapidement un centre de ralliement pour les artistes hispaniques et italiens. Véritable cabinet de curiosités, aux murs couverts de tentures, aux vitrines pleines d’objets venus d’Espagne ou d’Orient, l’atelier est si connu qu’il attire des artistes américains de passage à Rome. Sans renoncer à ce point d’ancrage, Fortuny reprend ses voyages (Madrid, Séville, Grenade, le Maroc, Paris, Londres, Naples..).
Ses toiles atteignent maintenant des prix élevés. Malheureusement, l’artiste de 36 ans est fauché, en pleine ascension, par le paludisme. Il meurt à Rome, le 21 novembre 1874, laissant une veuve et deux enfants. Son fils, Mariano Fortuny y Madrazo deviendra un peintre, scénographe et créateur de textiles de renom, dont le fabuleux atelier à Venise est aujourd’hui devenu un musée.
Mariano Fortuny y Marsal, La Bataille de Wad-Ras, 1860–1861
Huile sur papier fixée sur carton • 54 × 185 cm • Coll. museo del Prado, Madrid
En 1860, Mariano Fortuny y Marsal est envoyé par l’administration de Barcelone comme artiste-reporter au Maroc. Il doit couvrir les événements de la guerre d’Afrique. Les Espagnols (en particulier les Catalans) combattent dans le nord du Maghreb contre les troupes du sultan marocain. Fortuny doit se livrer à des études sur nature afin d’honorer par la suite plusieurs commandes historiques illustrant la gloire des combattants espagnols. S’il ne parvient finalement pas à cet objectif, il travaille à son retour à de nombreuses esquisses très poussées dont celle-ci, représentant La Bataille de Wad-Ras, à laquelle il assiste quelques jours après son arrivée au Maroc.
Mariano Fortuny y Marsal, La Bataille de Tétouan, 1862–1864
Huile sur toile • 300 × 972 cm • Coll. Museu Nacional d’Art de Catalunya, Barcelone
La Bataille de Tétouan représente là encore un épisode de la guerre hispano-marocaine en 1860. Valorisant la puissance des Catalans, incarnée par le général Prim, cette œuvre quasiment panoramique est marquée par une effusion et une idéalisation romantiques. Le modèle d’inspiration de l’artiste est d’ailleurs très clairement La Prise de la smalah d’Abd-el-Kader d’Horace Vernet, vue à Versailles. Fortuny travaille deux ans à cette œuvre sans parvenir à l’achever. Il témoigne ici de sa fascination pour les couleurs et les lumières de l’Orient. En 1960, Salvador Dalí rendra hommage à l’œuvre de Fortuny en peignant, à son tour, La Bataille de Tétouan.
Mariano Fortuny y Marsal, Fantaisie sur Faust, 1866
Huile sur toile • 40 × 69 cm • Coll. museo del Prado, Madrid
Fortuny aime passionnément la musique. Dans cette scène mêlant réalisme et vision imaginaire, il se remémore une soirée musicale passée dans l’atelier de l’un de ses amis madrilènes. Le musicien Joan Baptista Pujol est représenté jouant au piano une Fantaisie sur Faust de sa composition, inspirée de l’opéra de Charles Gounod. La scène témoigne des correspondances entre peinture et musique, cette dernière ayant la propension à faire naître des images, à stimuler l’imagination. Méphistophélès, Marguerite… : ces personnages venus de l’univers de Goethe volettent dans le ciel à la manière d’apparitions.
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