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MUSÉE DE L’ORANGERIE

Au musée de l’Orangerie, la renaissance de Matisse dans les années 1930 

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Publié le , mis à jour le
Au musée de l’Orangerie, une exposition revient sur une période charnière de la vie de Matisse – les années 1930, qui furent pour l’artiste synonymes de doute intense, mais aussi d’un puissant renouveau. Une démonstration érudite et magistrale, qui s’appuie sur des archives de la revue Cahiers d’Art comme sur des prêts exceptionnels.
Henri Matisse, Grand nu couché (Nu rose)
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Henri Matisse, Grand nu couché (Nu rose), 1935

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Huile sur toile • 66,4 × 93,3 cm • Baltimore Museum of Art • © Succession H. Matisse / Photo Baltimore Museum of Art / Mitro Hood

Au cœur de l’hiver 1930, le paquebot Île-de-France, parti du Havre, fend l’écume en direction de New York. À son bord, Henri Matisse est en proie à une profonde crise existentielle. Lassé de ses odalisques, l’homme de soixante ans cherche à se réinventer, en vain. En froid avec son chevalet, voilà plusieurs mois qu’il a délaissé ses pinceaux. Il a bien dessiné un peu, sculpté aussi… Mais le maître ne peint plus. Habité d’une impérieuse nécessité de prendre le large, le voilà prêt à s’ouvrir à de nouveaux horizons pour peut-être, un jour, se réconcilier avec ses couleurs. À New York, il monte dans un train, traverse les États-Unis d’est en ouest comme le soleil. Mais Matisse, lui, ne se couche pas. À peine a-t-il posé un pied à San Francisco qu’il embarque dans un autre bateau… Terminus le bout du monde.

Un immense décor de 13 mètres de long : La Danse

Henri Matisse, Papeete-Tahiti (Fenêtre à Tahiti ou Tahiti I)
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Henri Matisse, Papeete-Tahiti (Fenêtre à Tahiti ou Tahiti I), Octobre 1935

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Huile sur toile • 225 × 172 cm • Nice, musée Matisse Nice • © Succession H. Matisse / Photo Musée Matisse, Nice / François Fernandez

Matisse séjourne trois mois à Tahiti, où il est frappé par la lumière éclatante, la profusion de végétation, les couleurs… D’abord émerveillé, le maître photographie, dessine et écrit pour ne rien perdre de ses premières impressions, avant de faire part d’un certain ennui… Qu’importe, l’artiste rentre aux États-Unis revigoré, fermement décidé à laisser de côté le superflu pour se concentrer sur l’essentiel : la ligne serpentine, sensuelle et pure. Bientôt, il œuvre à la conception de livres et illustre notamment les Poésies de Mallarmé, puis quelques années plus tard, le fameux Ulysse de James Joyce.

En 1930, toujours, Matisse reçoit la commande d’Albert Barnes, richissime médecin et collectionneur. L’artiste réalise dans la salle d’honneur de sa fondation située non loin de Philadelphie un immense décor de 13 mètres de long et 3 mètres de haut : La Danse. Les couleurs, minimalistes (bleu, rose, gris et noir), sont appliquées en larges aplats. La tâche est titanesque. L’artiste réalise de nombreux dessins et esquisses peintes. Surtout, il documente à l’aide de photographies l’avancée de son grand œuvre qui est finalement inauguré en mai 1933 après deux ratés (La Danse inachevée et La Danse, que l’on peut admirer au musée d’Art moderne de Paris).

Henri Matisse, Femme à la voilette
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Henri Matisse, Femme à la voilette, 1927

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Huile sur toile • 61,5 × 50,2 cm • Museum of Modern Art (MoMA), New York The William S. Paley Collection • © 2022 Succession H. Matisse / Copyright Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

La photographie fait dès lors partie intégrante de son processus créatif. Assisté de Lydia Delectorskaya, il fait photographier l’œuvre au moment jugé opportun, avant d’ajouter de nouvelles modifications. Venu de Baltimore, le Grand Nu rose (1935) a ainsi connu vingt-deux états successifs, de même que La Grande robe bleue et mimosas (1937), dont huit clichés différents nous sont parvenus. Fil conducteur de l’exposition, la revue Cahiers d’Art, fondée en 1926 par Christian Zervos, se fait l’écho de cette profonde transformation dans l’œuvre du maître, et publie notamment, en 1935, les fameuses photographies d’état de la Danse.

L’Éden aux portes du chaos

Henri Matisse, La Grande robe bleue et mimosas
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Henri Matisse, La Grande robe bleue et mimosas, 1937

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Huile sur toile • 92,7 × 73,7 cm • Philadelphia museum of art • © Succession H. Matisse / Photo Philadelphia Museum of Art

De retour à Nice à la fin des années 1930, Matisse a trouvé un nouveau souffle. Au Régina, ancien palace où il a élu domicile, le peintre a transformé son atelier en vaste et paisible « jardin d’hiver ». Muses en blouses roumaines et belles endormies peuplent des intérieurs ornés de motifs aux envoûtantes arabesques. Comme surgis des souvenirs tahitiens de l’artiste, des philodendrons, aux grandes feuilles sculptées par les lois de la nature, envahissent la toile où la couleur tient le premier rôle. Alors que le monde a basculé dans la folie meurtrière, l’artiste réalise son grand rêve avec La Blouse roumaine (1940) : celui d’une peinture pure, qui se suffit à elle-même. Aux portes du chaos, Matisse a enfin trouvé son Éden…

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Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Du 1 mars 2023 au 29 mai 2023

www.musee-orangerie.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Henri Matisse Fauvisme

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