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Peintre, dessinateur et médailleur, Pisanello (vers 1395 – vers 1455) est un artiste vénéré de la première moitié du XVe siècle. Au cœur d’un Quattrocento troublé par les guerres intestines entre les cités italiennes et les rivalités entre les grandes familles, ce peintre aristocratique et humaniste est un maître du style courtois, inspiré par les thèmes chevaleresques, parfois féériques. En raison de son naturalisme, de sa passion pour l’animal (en particulier le cheval), de la force plastique de ses médailles, l’artiste est considéré comme un jalon entre le gothique international et l’art de la Renaissance.
Antonio Marescotti, Portrait du peintre Pisanello, vers 1440
médaille en bronze • © Alamy / Hemis / Art Reserve
« Par-delà le Moyen Âge et la Renaissance, par-delà les querelles des archéologues et des esthéticiens, Pisanello s’impose à nous comme un artiste toujours jeune. Énigmatique sans doute, mais combien pur ! » Paul Fierens
De Pise à Vérone puis Venise
Antonio di Puccio Pisano, dit Pisanello, est certainement né à Pise (bien que Vasari indique qu’il soit né à Vérone). Sa formation est mal connue. Installé à Vérone en 1404, Pisanello y demeure une dizaine d’années avant de rejoindre Venise. Il est le bras droit de Gentile da Fabriano, auteur des fresques de la salle du Grand Conseil du palais des Doges.
De grands décors religieux
À partir des années 1420, Pisanello peint également des décors religieux à Vérone (Annonciation de San Fermo Maggiore mais également à Sant’Anastasia), à Rome (à Saint-Jean de Latran), peut-être aussi à Florence. Son style, au modelé subtil, à la touche transparente, sans véritable profondeur, cultive une forme de représentation immatérielle de l’espace.
Au service de l’aristocratie de l’Italie du nord
Mais, Pisanello s’impose surtout comme un peintre aristocratique, favori des grands commanditaires du nord de l’Italie (Ferrare, Mantoue, Milan), des familles aux noms célèbres tels que les Gonzague, Sforza, Este. Le peintre est très demandé, travaillant à des fresques pour les décors de palais, peignant des tableaux de dévotion et des portraits de nobles.
Raffinement et psychologie
Pisanello se distingue par la profondeur psychologique de ses personnages, cultive l’élégance et le raffinement. Le Quattrocento invente l’art de la médaille, un objet de luxe attaché à l’art du portrait. Pisanello devient l’un des meilleurs médailleurs de son temps. Son talent est lié à sa pratique très appliquée et naturaliste du dessin. En 1444, il réalise notamment la médaille nuptiale de Leonello d’Este, dont il peint également le portrait.
Assigné à résidence à Venise
Dans les années 1440, Pisanello s’attire les foudres la république de Venise, car il prend parti pour la famille de Gonzague dans la guerre qui oppose Venise à Mantoue et Milan. Il se voit confisquer ses biens et assigner à résidence. À cette époque, il travaille donc pour la famille d’Este. En 1443, Pisanello obtient le droit de séjourner quelques mois à Ferrare, puis de se déplacer. En 1447 ou 1448, le marquis de Mantoue lui commande un cycle de fresques pour son palais. Cependant, la plupart des décors qu’il a réalisés (à Mantoue comme dans d’autres villes) ont aujourd’hui disparu.
Un célèbre portrait d’Isabelle d’Este au Louvre
La chronologie des œuvres de Pisanello demeure problématique et discutée (comme certaines attributions). Longtemps, le Portrait d’une princesse d’Este, sans doute l’un des tableaux les plus connus du peintre et conservé au Louvre, fut ainsi attribué à Piero della Francesca. D’une manière générale, les historiens de l’art hésitent souvent à voir en Pisanello un peintre encore attaché à l’esprit médiéval ou un homme déjà pleinement inscrit dans la Renaissance humaniste.
Pisanello, Portrait d’une princesse de la Maison d’Este, dit aussi Portrait de Marguerite de Gonzague, 1425–1450
Huile sur bois de peuplier • 43 × 30 cm • Collection Musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux
Portrait d’une princesse de la Maison d’Este, 1425–1450
Saisi de profil comme à l’avers d’une médaille, ce précieux portrait de femme représente peut-être Marguerite de Gonzague, Ginevra d’Este ou Lucia d’Este. L’identification est incertaine. En dernier tenant du gothique international, Pisanello la représente sans effet de perspective, sur un fond naturaliste qui évoque l’art de la tapisserie. La belle est parée à la mode de son temps, le front bombé et la taille haute. Quoiqu’il en soit, le modèle était sans doute défunt lors de la réalisation de cette effigie, en raison de la présence d’ancolies et d’œillets, fleurs associées à la mort.
Pisanello, Légende de Saint-Georges (détail), entre 1433 et 1438
Fresque • 223 × 430 cm • Chapelle Pellegrini de Sant’Anastasia, Véronne • © Bridgeman Images
Légende de Saint-Georges, entre 1433 et 1438
Ce décor à fresque se situe au-dessus de l’entrée de la chapelle Pellegrini. Dans cet espace architectural contraint, Pisanello donne naissance à un décor digne des Milles et Une Nuits et de la Légende dorée de Jacques de Voragine. La partie droite est la plus célèbre. Elle représente le chevalier chrétien remontant en selle, se détournant à regret de la belle princesse délivrée, au profil de médaille. À l’arrière-plan, se dessine une ville fantastique. De nombreux animaux figurent dans cette fresque pleine de détails, de richesses, d’inventions dans la composition qui montrent les préoccupations humanistes de l’artiste.
Pisanello, Médaille de « Cécilia Gonzague » (avers) ; « Innocence et licorne dans un paysage éclairé par la lune » (revers), 1447
Bronze • 8,5 cm (diamètre) • Collection Metropolitan Museum, New York • © Wikimedia Commons
Médaille de Cécilia Gonzague (avers) ; innocence et licorne dans un paysage éclairé par la Lune (revers), 1447
S’il est excessif d’attribuer à Pisanello la paternité de l’art de la médaille, l’artiste a excellé dans ce domaine très recherché durant le Quattrocento. Comme le veut une tradition qui perdure jusqu’au XVIIe siècle, au droit figure un portrait, généralement plus psychologique que réaliste. Au revers, l’artiste présente une composition allégorique qui explique ou enrichit la figure de l’avers, en la parant de vertus. Ces deux faces sont complémentaires et offrent un portrait en plusieurs dimensions. Ici, la jeune femme est associée au motif de la licorne, symbole de pureté virginale.
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