Série – Ces questions que vous vous posez sur l’art

Pourquoi est-il interdit de toucher les œuvres dans un musée ? (Alors qu’on en meurt d’envie)

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Il est vrai que c’est tentant ! Cela vous est peut-être arrivé un jour au musée : ah, cette sculpture, cette installation, cette peinture… On aimerait y toucher… Mais cela est formellement interdit ! Dans le cadre de notre série quotidienne de la rentrée dédiée aux questions que vous vous posez sur l’art, on décortique cette précaution de conservation.
La reproduction de la Mona Lisa réalisée dans le cadre du projet “Unseen Art” fondé par Marc Dillon
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La reproduction de la Mona Lisa réalisée dans le cadre du projet “Unseen Art” fondé par Marc Dillon

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© Unseen Art

Sentir la douceur du marbre sur la pulpe de vos doigts ; caresser le bois tendre d’un tableau… Il faut oublier ! La consigne est naturellement admise par la plupart des visiteurs : au musée, ou lors d’une visite sur un site archéologique, on touche avec les yeux !

Dans nos musées et centres d’art, les agents de surveillance veillent au grain. Vitrines, socles, cordons de sécurité et autres écrans de protection offrent aussi un gain en tranquillité aux conservateurs de musées et aux assureurs. Sauf en cas d’accidents (ce qui arrive parfois de manière cocasse), généralement tout contact avec une œuvre d’art est prohibé.

Pas touche, la mouche !

La raison principale à cette précaution ? La fragilité de l’art ! Avec un risque évident de détériorer la pièce. Mêmes lavés, sachez que si vos doigts paraissent bien inoffensifs, ils transportent naturellement de la sueur, du sébum et une acidité qui va se déposer par effleurement sur l’œuvre. Trop répétée, cette crasse papillaire peut s’accumuler dans les cavités d’une surface poreuse, laissant des impuretés et de la graisse bien incrustées.

Le métal, la peinture, les œuvres sur papier, les textiles et les photographies, pour ne citer que les matériaux les plus sensibles, sont susceptibles d’être souillés par vos mains. Dans le cas des tableaux anciens, dont la peinture est souvent craquelée, une éraflure ou un simple frottement (provoqué par un vêtement, une bague, un ongle rugueux…) peut irrémédiablement embarquer de la matière.

Quand tâter était permis

Étonnamment, cette mise à distance du public n’a pas toujours été la règle. Selon les spécialistes en muséologie (la science des musées), à la Renaissance, dans les cabinets de curiosités et les galeries des premiers collectionneurs d’art, on valorise au contraire le toucher.

Willem van Haecht, Le Cabinet de Cornelis van der Geest [détail]
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Willem van Haecht, Le Cabinet de Cornelis van der Geest [détail], 1628

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Huile sur toile • 101,1 × 137,5 cm • Coll. Rubenshuis, Anvers • © Alamy / Hemis / Photo Peter Barritt

Au XVIIIe siècle, l’expérience tactile demeure complémentaire à la visite des musées européens. Ce n’est qu’au siècle suivant, lors de la révolution industrielle, où les musées se démocratisent avec davantage de visiteurs et se professionnalisent, que l’on va s’abstenir de manipuler les œuvres.

Le retour des sens

Le réflexe de toucher s’est réactivé ces dernières années, avec des œuvres d’art contemporains qui se prêtent à tous les sens mais aussi avec des initiatives des institutions soucieuses d’inclure et d’impliquer davantage les publics, en particulier les personnes en situation de handicap.

Jean-Antoine Houdon, « Voltaire assis », vers 1780-1790. Reproduction en résine patinée, œuvre originale en terre cuite et plâtre au musée Fabre
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Jean-Antoine Houdon, « Voltaire assis », vers 1780–1790. Reproduction en résine patinée, œuvre originale en terre cuite et plâtre au musée Fabre

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© Lyon MBA / Photo Stéphane Degroisse

On a ainsi vu fleurir en 2023 une galerie tactile au musée du Louvre, une matériauthèque au musée Fernand Léger à Biot, ou encore une exposition d’envergure baptisée « Prière de toucher ! L’art et la matière », pensée par le musée Fabre de Montpellier et amenée à voyager dans plusieurs musées de Beaux-Arts de France (Lyon, Rouen, Lille, Bordeaux…). Elle est actuellement à voir – et à toucher ! – au musée d’Arts de Nantes.

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