Apolonia Sokol, Consentement (détail), 2024
Huile sur toile de lin • 195 x 114 cm • Courtesy Apolonia Sokol et THE PILL® / © Nicolai Bejder
In extremis. À 16 heures tapantes ce mardi 15 octobre, la galerie The Pill a ouvert les portes de sa toute nouvelle antenne parisienne… Encore peuplée de quelques ouvriers à l’œuvre, appliqués à finir de peindre une porte en blanc ou à coller sur le mur de l’entrée le nom de la première artiste exposée, la puissante Apolonia Sokol (née en 1988).
Située place de Valois, à deux pas du ministère de la Culture, The Pill est attendue de pied ferme par le monde de l’art parisien. On connaît en effet déjà l’engagement de cette galerie turque pour la création émergente (mais pas que), féminine et féministe, politique, incarnée par des artistes tels que Nil Yalter, Nefeli Papadimouli, Elsa Sahal, Marion Verboom, ou encore Soufiane Ababri. Il y a donc de quoi se réjouir de voir une telle démarche prendre racine en plein centre de Paris, face aux mastodontes arrivés avec fracas ces derniers mois (Hauser & Wirth, David Zwirner, White Cube…).
Il faut ici raconter l’histoire de sa fondatrice, Suela Cennet, que l’on arrive à intercepter en plein vernissage. Parisienne d’origine, la jeune femme s’est « installée il y a huit ans à Istanbul pour y créer The Pill », liée à la ville turque par son « histoire familiale », et le trajet de l’exil de ses arrière-grands-parents, des Balkans à la Turquie. « C’était une géographie qui m’intéressait alors particulièrement », détaille-t-elle. « J’avais envie de travailler un peu en périphérie… Et, voilà, maintenant on revient à Paris. »
Apolonia Sokol, L’Opération, 2024
Huile sur toile • 195 × 114 cm • Courtesy Apolonia Sokol et THE PILL® / © Nicolai Bejder
Le choix de l’adresse ? Un « rêve », s’enthousiasme la jeune galeriste de presque 40 ans, et qui a réussi à se nicher entre la Bourse de Commerce, le Palais-Royal et le Louvre des antiquaires, celui-ci étant appelé à se transformer pour héberger, dès la fin de l’année 2025, la fondation Cartier.
Apolonia Sokol, La Naissance, 2024
Huile sur toile • 195 × 114 cm • Courtesy Apolonia Sokol et THE PILL® / © Nicolai Bejder
Quant à Apolonia Sokol, « c’est l’une des artistes fondatrices de la galerie puisqu’on a commencé ensemble ; nos histoires sont liées. Je l’ai rencontrée lorsqu’elle était en première année aux Beaux-Arts, et je suis très heureuse d’accompagner sa carrière depuis. » L’artiste montre ici une série de peintures extrêmement fortes, dont un accouchement (La Naissance, 2024) qui ouvre le parcours, thème rarissime dans l’histoire de la peinture et traité ici avec une maestria frontale.
S’ensuit une spectaculaire Opération (2024) [ill. ci-dessus] médicale dont la composition fait écho à la toile du même nom de Christian Schad réalisée en 1929, et semble imprégnée des souvenirs de la jeune peintre, passée par un cancer durant son enfance.
Autre choc visuel, un autoportrait intitulé Consentement (2024) [ill. en Une] où l’artiste apparaît au sol, démunie sous des jambes d’hommes, mais dont le regard brûle de rébellion, et incarne une réponse féministe au thème archi-classique de « Suzanne et les Vieillards ». Enfin, le très grand format de six mètres de long Le Massacre des Innocents (2024) convoque l’ombre de la guerre, de ses décombres infinis et de ses morts dans l’espace d’exposition… Pour mieux répondre au Guernica de Picasso (1937), et interroger la difficulté de peindre dans un monde en crise.
Ce premier rendez-vous en dit long sur la force de frappe de la galerie, et l’importance de ses choix. Elle est également présente à Art Basel Paris, où elle met à l’honneur l’artiste franco-turque Nil Yalter (née en 1938).
Islawio - Apolonia Sokol
Du 15 octobre 2024 au 21 décembre 2024
The Pill - Paris • 4 Place de Valois • 75001 Paris
www.thepill.co
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