Affiches, flyers et tracts au cœur de l’exposition “Mobilisation graphique” au Point Ephémère, 2025
© Tissa Doucet
« Ce qui me plaît, c’est l’imperfection. On ne peut pas tout maîtriser en risographie, l’encre bave, il y a des superpositions de teintes hasardeuses, des décalages : c’est le contrepied du numérique », nous explique Oscar Ginter, fondateur en 2018 de l’atelier Quintal, célèbre atelier de risographie français. Celui qui a, dit-il, « dépoussiéré la technique ».
La risographie ou « riso » pour les adeptes, est un mode d’impression vintage, créé dans les années 1980 par la société Riso Kagaku Corporation (qui lui a donné son nom) pour offrir une alternative économique aux imprimantes offset. Au Japon puis dans le reste du monde, ce nouvel appareil appelé duplicopieur connaît un succès fou dans les entreprises qui s’en servent pour reproduire des documents en grandes quantités. Mais l’arrivée du numérique le fait tomber dans l’oubli.
« Mistral romance », un ouvrage réalisé et imprimé par Elma Boisumeau à l’atelier de Lucille Kozlowski : le Mars Riso Club, 2024
Risographie • © Lucille Kozlowski
Ce sont les graphistes et illustrateurs qui, dans les années 2010, le ressortent du placard, fascinés par la texture granuleuse et les couleurs éclatantes qu’il produit. Mais aussi par son caractère écologique : « Les encres ne sont pas entièrement végétales comme souvent décrit, mais l’impression se déroule à froid, sans électricité, et génère très peu de déchets papier », développe l’entrepreneur, graphiste de formation.
À mi-chemin de l’impression artisanale, elle est aussi moins chère et plus productive que la sérigraphie ou la gravure. C’est pourquoi, le 17 juin 2024, face à l’élection majoritaire de membres du Rassemblement national au Parlement européen, le collectif Formes des luttes a appelé les ateliers d’impression en risographie (on en compte une trentaine en France) à reproduire un maximum de tracts. Jusqu’au 2 mars, une exposition au Point Éphémère à Paris, en partenariat avec Studio Fidèle (autre mastodonte parisien de la riso) regroupe les plus audacieuses créations de cette période mouvementée.
« La risographie peut valoriser une peinture, la reproduire avec plus de profondeur. »
Lucille Kozlowski
Risographie et militantisme font donc bon ménage. Diffuser des images au plus grand nombre et à moindre coût : l’action est sociale. À Marseille, la jeune graphiste Lucille Kozlowski a fondé son atelier Mars Riso Club en 2021 pour développer un projet associatif intégrant des résidences artistiques. Grâce aux revenus engendrés par les prestations d’impression, elle peut créer des ponts avec les artistes, organiser des expositions éphémères, et fonder, comme Oscar Ginter, sa propre maison d’édition pour diffuser son travail et celui d’artistes de la scène locale.
L’atelier d’impression et d’édition spécialisé en risographie Quintal Print House à Paris
© Quintal Atelier
« C’est aussi pour répondre à mes envies de collaboration avec des artistes qui ne connaissent pas forcément la technique ». Selon elle, la risographie peut « valoriser une peinture, la reproduire avec plus de profondeur. On peut y ajouter une trame, travailler le grain de l’image, accentuer des couches de couleur… ».
Vernissage de l’exposition « Mobilisation graphique » au Point Ephémère, 2025
© Tissa Doucet
Le principe se résume par l’envoi d’un fichier numérique à la machine qui le perfore sur un pochoir appelé « master », une feuille de cellulose imperméable ; celle-ci s’enroule ensuite sur un cylindre métallique qui tourne pour propulser l’encre au travers du « master » et s’appliquer sur le papier.
La seule contrainte consiste à savoir préparer son fichier en amont en séparant les couleurs dans chaque document. Différentes des Pantone, les nuances développées par la marque japonaise offrent une palette réduite mais détonante, notamment un rose flashy emblématique, des jaunes presque fluorescents et des teintes métalliques.
« Le potentiel est immense. Selon moi, nous ne sommes qu’au début de la risographie », conclut Oscar Ginter. Celui-ci propose certains samedis des ateliers d’initiation et diffuse dans le monde entier ses impressions, vendues dans sa librairie indépendante du 20e arrondissement.
Planche intérieure de la bande dessinée « La Manticore » de Mayeul Vigouroux par les éditions Quintal, 2022
© Mayeul Vigouroux / Quintal Atelier
Parmi ses best-sellers, figure la bande dessinée La Manticore, petit bijou signée Mayeul Vigouroux. Au fil des pages, flottent des ciels pourpres, des dégradés féeriques qui ont nécessité un dialogue constant avec l’auteur pendant plusieurs mois. Quand la technique d’impression sert la création, la façonne, l’idéalise… Coïncidence : en japonais, riso signifie « idéal ».
Quintal Print House
Visite sur rendez-vous de l'atelier
3 rue Albert Marquet, 75020 Paris
Quintal Librairie
13 rue d’Eupatoria 75020 Paris
Plus d’information sur le site de Quintal
Mars Riso Club
Atelier d'impression riso
31 rue Saint-Bazile, Marseille, France 13001
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