Rachida Dati, ministre de la Culture, présente ses vœux aux acteurs culturels et à la presse au Palais de la Porte Dorée, paris, 27 janvier 2025
© Alain Guizard / Bestimage
Rachida Dati n’en a pas fini avec les annonces… Ce lundi 27 janvier, lors de ses vœux adressés aux acteurs du monde de la culture depuis le palais de la Porte-Dorée – perturbés par une action de plusieurs responsables d’organisations culturelles qui, pour protester contre les coupes budgétaires, lui ont tourné le dos, drapés dans des couvertures de survie –, la ministre de la Culture a présenté plusieurs grands projets.
Parmi les mesures phares de sa liste abordant différents domaines, figure entre autres la création d’ « une grande fondation pour l’art contemporain français » destinée à « donner un élan sans précédent à la scène française ».
Cette fondation serait, précise-t-elle, inspirée du « modèle public-privé » de la Fondation du patrimoine. Créé en 1996 dans le but de valoriser et de protéger le patrimoine français de proximité (rural, religieux, industriel), cet organisme indépendant à but non lucratif a depuis accompagné plus de 39 000 projets grâce à un mélange de financements publics et privés.
Dans le même esprit, la ministre a également annoncé la création d’un « National Trust à la française » destiné à entretenir et valoriser les 45 000 monuments historiques du pays. Rachida Dati entend pour cela s’inspirer du National Trust for Places of Historic Interest or Natural Beauty, association britannique à but non lucratif visant à conserver et mettre en valeur des lieux d’intérêt national. Celle-ci, qui possède de nombreux hectares de terre, gère depuis 1895 plus de 200 jardins et 300 monuments divers (sites mégalithiques, manoirs…) en tirant ses ressources des cotisations de ses membres, de placements financiers et des revenus de ses propriétés. Un modèle hybride qui avait justement inspiré la Fondation du patrimoine précédemment citée.
L’occupante de la rue de Valois a par ailleurs confirmé l’avancement de la création de la Maison des cultures urbaines, inaugurée bientôt à La Villette (établissement public du 19e arrondissement de Paris géré par la Franco-Espagnole Blanca Li) dans « un lieu magnifique qui sera dévoilé en mars ». Ce futur espace n’est autre qu’une version renommée et élargie de la Maison du hip-hop que Dati avait appelée de ses vœux en février 2024, provoquant un tollé : la ministre tout juste installée avait en effet affirmé qu’un tel lieu n’existait pas encore à Paris, oubliant l’existence de la Maison du hip-hop, créée en 2005, et de La Place, centre culturel et d’expression dédié au hip-hop, implanté dans le Forum des Halles depuis 2016.
Autre grande annonce, la poursuite de sa réforme de l’audiovisuel public (prévoyant entre autres la création d’une holding regroupant France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel) qui avait été repoussée par la chute du gouvernement Barnier mais sera, dit-elle, « menée à son terme d’ici l’été ».
Rachida Dati a évoqué l’idée d’un musée du cinéma. « Je pose juste la question », a-t-elle tempéré.
La ministre a également présenté une initiative estivale destinée à toucher des publics éloignés des lieux culturels, avec notamment dès cet été (soit dans seulement cinq mois) « une saison d’actions exceptionnelles dans les campings », qui accueillent 240 millions de nuitées par an, réparties sur 7 500 sites. Parmi les nombreux autres sujets évoqués, elle a aussi rappelé exiger « un esprit de tolérance zéro » face aux violences sexistes et sexuelles dans « tous les secteurs » du milieu culturel, et travailler sur un renforcement de l’accompagnement des victimes.
Rachida Dati a enfin évoqué l’idée d’un musée du cinéma. « Je pose juste la question », a-t-elle tempéré. À ce jour, c’est la Cinémathèque française, à Paris, qui s’occupe de présenter les grandes expositions dédiées au 7e art (la prochaine étant consacrée au réalisateur Wes Anderson à partir du 19 mars), complétées pendant un temps par celles dédiées au cinéma d’animation que présentait le musée Art ludique avant sa fermeture en mars 2018. Un lieu auquel s’ajoutent les très spécialisés musée Méliès (Paris) et musée Miniature et Cinéma (Lyon)
Face à la sévère réduction du budget de la culture (une baisse de crédits de 400 millions d’euros, aggravée à la mi-janvier par un retrait de 50 millions), ces projets dont le coût reste flou interrogent quant à leur réalisme en matière de financement. Surtout si des fonds imprévus devaient être débloqués pour le musée du Louvre, où le président de la République Emmanuel Macron se rend ce mardi après-midi après un rapport alarmant de sa présidente. Ce n’est en tous cas pas un hasard si les deux principaux chantiers annoncés par Rachida Dati – la fondation pour l’art contemporain français et le National Trust – sont basés sur un financement hybride, partagé avec le privé. Affaire à suivre…
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