Charlie Hebdo dans les kiosques avec un dessin de Riss sur Nicolas Sarkozy en gaulois en une, 2016
© Mourad Allili / Sipa
C’est un projet attendu qui se concrétise. Ce jeudi 28 novembre, la ministre de la Culture Rachida Dati a annoncé dans un communiqué l’ouverture prochaine, dans un immeuble de 1500 m² de la rue du Pont de Lodi dans le 6e arrondissement de Paris, de la Maison du dessin de presse que le président Emmanuel Macron avait appelée de ses vœux en 2020. Après un dépôt du permis de construire qui sera « engagé dans les prochaines semaines », « le début des travaux est prévu pour la fin de l’année 2025 et l’ouverture au public pour 2027 ».
Cabu, Plantu, Wolinski… On imagine déjà avec impatience les grands noms du dessin de presse français célébrés dans ce nouveau lieu. Doté de trois missions, relevant du patrimoine, de la création et de la transmission, ce dernier sera « consacré à la connaissance, la mise en valeur et la diffusion de cette forme d’expression singulière, entre art et journalisme, entre politique et société, entre illustration et caricature, qu’est le dessin de presse », a précisé la ministre.
À l’approche des commémorations des dix ans de l’attentat perpétré le 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, et 5 ans après l’assassinat de Samuel Paty (enseignant tué en 2020 par des islamistes pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet issues de Charlie Hebdo), cette institution apparaît plus que jamais nécessaire. La mémoire de ces événements tragiques, qui ont érigé le dessin de presse en symbole de la liberté d’expression, est d’ailleurs l’une des pierres angulaires du projet : cette Maison sera pensée comme « un hommage de la République aux victimes assassinées pour avoir défendu sans jamais faiblir et au service de tous les citoyens la cause de la liberté », a insisté Rachida Dati.
Georges Wolinski, Georges le tueur (détail), 2003
Encre de Chine et feutre sur papier • 23,7 × 17,6 cm • Coll. particulière • © Succession Wolinski
Mais pourquoi ce projet a-t-il mis tant de temps à voir le jour ? Souhaité dès 2007 par le dessinateur Georges Wolinski, et porté, après le mort de ce dernier dans l’attaque de Charlie Hebdo, par son épouse Maryse (elle-même décédée depuis), il aurait été retardé par la pandémie de Covid. À moins que le caractère sensible du sujet ait été la vraie raison de cette longue attente. Ce qu’a déploré Riss, directeur de Charlie Hebdo, ce lundi dans Le Figaro en prononçant ces mots édifiants : « Ce musée, qui devrait être une décision banale, nécessite un courage politique ».
Le maire du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq (LR), s’est donc réjoui « car si le sujet est sensible, il aurait été aisé de le mettre de côté et de ne pas donner suite », a-t-il commenté. « Chaque jour, nous constatons le besoin d’avoir une presse libre. Les différents conflits dans le monde tout comme la situation politique nationale nous le prouvent. C’est ainsi une grande satisfaction d’accueillir cette Maison du dessin de presse dans le centre névralgique de la culture à Paris. »
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