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Rachida Dati veut réformer en profondeur le pass Culture

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Des étudiants au musée
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Des étudiants au musée

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© SeventyFour Images / Alamy / Hemis

Finie la fête ? Le pass Culture, mesure phare de la politique culturelle d’Emmanuel Macron, pourrait bientôt être profondément modifié. Dans une tribune publiée ce vendredi 11 octobre dans le journal Le Monde, au lendemain de la présentation du premier budget du gouvernement Barnier, la ministre de la Culture Rachida Dati a déclaré vouloir réformer en profondeur ce dispositif original et apprécié des jeunes, mais coûteux, et dont plusieurs rapports gouvernementaux ont récemment pointé les limites.

L’idée avait tout de suite séduit : un crédit annuel mis à disposition de tous les jeunes de 15 à 18 ans (20 € à 15 ans, 30 € à 16 et 17 ans, 300 € à 18 ans), à dépenser (via une application dédiée) comme bon leur semble dans des activités culturelles comme des visites d’exposition, des concerts, des sorties au théâtre et au cinéma, ou encore l’achat de livres. Très populaire, ce dispositif étrenné en 2019–2020 coûte environ 210 millions d’euros par an et a bénéficié à plus de 3,4 millions de jeunes depuis sa généralisation en 2021, en touchant une grande majorité de chaque classe d’âge concernée.

Un dispositif aux nombreuses limites

Mais de nombreux acteurs culturels reprochent à ce pass, coûteux en ces temps de restrictions budgétaires, de verser autant d’argent aux jeunes issus des classes aisées qu’à ceux qui en ont vraiment besoin, et de ne pas pousser les bénéficiaires à découvrir des activités vers lesquelles ils ne se seraient pas tournés sans le pass. En effet, les jeunes se servent des trois quarts de ce portefeuille pour aller voir des blockbusters au cinéma ou acheter des mangas et des ouvrages de New Romance (fictions amoureuses et à suspense agrémentées d’une touche d’érotisme), alors qu’ils n’en dépensent qu’1 % pour aller voir des spectacles comme de la danse ou des pièces de théâtre.

Un lycéen avec un audioguide dans une exposition
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Un lycéen avec un audioguide dans une exposition

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© Elizaveta Galitckaia / Alamy / Hemis

Pour y remédier, de premières réformes avaient déjà été menées, avec la création par l’État d’une « part collective » dépensée via les enseignants, auxquels revient le choix des activités : 25 € par élève pour les classes de troisième et de quatrième, 30 € pour les élèves de seconde et CAP, et 20 € en première et terminale. L’achat de biens numériques (ebook, SVoD, jeux vidéo…) est quant à lui plafonné à 100 euros pour les bénéficiaires de 18 ans et limité à certains articles pour les plus jeunes. Une réforme insuffisante selon Rachida Dati, qui déplore que « la part individuelle reste encore, trop souvent, un instrument de consommation culturelle et de reproduction sociale ».

Vers la fin de la liberté d’utilisation du pass Culture

« Le pass Culture est notre chance pour contribuer à un nouvel âge d’or de la culture en France. »

Rachida Dati

La ministre propose donc de nouveaux aménagements. Première idée : la même somme ne serait pas allouée à tous. « Sans renoncer à l’universalité du dispositif, nous devons davantage assumer que le pass Culture a vocation à corriger des inégalités de destin », souligne-t-elle, en donnant « davantage aux jeunes de condition modeste, sans négliger les classes moyennes ». Dati souhaite également en finir avec le libre-service, qui permet aux jeunes de dépenser leur subvention comme ils le veulent : une partie devra être obligatoirement consacrée aux réservations de spectacles vivants, tandis que la part collective du pass (aux mains des professeurs) sera augmentée.

La comédie musicale « 42nd Street » au Théâtre du Châtelet, Paris
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La comédie musicale « 42nd Street » au Théâtre du Châtelet, Paris, 2022

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Photo Thomas Amouroux

Enfin, la ministre ne veut plus que le pass soit « limité » à une simple « cagnotte ». « Pourquoi ne pas rêver aussi d’un pass Culture qui permette de géolocaliser toute l’offre culturelle près de chez soi, d’organiser un covoiturage pour un concert, de partager des recommandations, à la manière d’un réseau social ? Dans les prochains mois, je lancerai une première expérimentation de ces nouveaux usages, à l’échelle d’une région », précise-t-elle. « La culture peut changer des vies et faire bouger les lignes dans notre société. […] Le pass Culture est notre chance pour contribuer à un nouvel âge d’or de la culture en France », a-t-elle ajouté en conclusion.

Si ces ajustements plairont aux détracteurs de la première version du pass, d’autres ont déjà commencé à critiquer ce projet, qu’ils voient comme la fin de l’essence même du pass Culture, dont l’originalité reposait sur le libre choix laissé aux jeunes, sans distinguer de « bonnes » ou de « mauvaises » pratiques culturelles – un concept qui permettait d’associer davantage la culture à la liberté et au plaisir qu’à des activités imposées pouvant avoir un effet rébarbatif. Le secteur du spectacle vivant devrait en revanche se réjouir, si cette réforme est appliquée, de voir ses salles se remplir davantage.

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