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Roger Fenton, Le Zouave blessé et la vivandière, 1855
15,5 x 15,9 cm • Coll. Musée Condé, Chantilly • © RMN Grand Palais / Domaine De Chantilly Benoît Touchard
Roger Fenton, Autoportrait, 1852
7 mars 1855, dans le port de Balaklava, Roger Fenton s’agite. Il lui faut trouver de l’aide pour débarquer ce qui ressemble à première vue à une grosse roulotte. À l’intérieur : cinq chambres photographiques, 700 plaques de verre, des produits chimiques… Bref, tout un arsenal aussi précieux qu’indispensable pour ce photographe en mission. Quelques mois plus tôt, des éditeurs de Manchester lui ont commandé un reportage photographique sur les terres hostiles de Crimée, alors théâtre d’un conflit sanglant et impopulaire, qui oppose la Russie et l’Empire ottoman – soutenu par la France et l’Angleterre. Son objectif ? Rapporter des portraits des principaux acteurs de la guerre en vue de la réalisation d’un grand tableau, semblable à un panorama, peint à son retour par Thomas Jones Barker.
Né en 1819 à Crimble Hall dans le Lancashire, Roger Fenton a d’abord fait son droit à Londres avant de partir, au début des années 1840, pour Paris où il se forme à la peinture dans l’atelier de Paul Delaroche. Le jeune homme y côtoie Gustave Legray, Henri Le Secq, Charles Nègre… Comme eux, Fenton abandonne bien vite la peinture et se tourne vers la photographie. De retour à Londres, il expose ses tableaux sans succès avant d’être nommé, dès 1952, premier secrétaire de la Royal Photographic Society, puis photographe officiel du British Museum. Remarqué par la reine Victoria, il réalisera des portraits de la famille royale peu de temps avant le grand départ…
Roger Fenton, La Redoute française à Inkerman, 1855
16,4 × 25,2 cm • Coll. Musée Condé, Chantilly • © RMN Grand Palais / Domaine De Chantilly Benoît Touchard
À peine arrivé à Balaklava, le photographe est frappé par le « spectacle effrayant pour de nouveaux venus, de larges éclairs de lumière rouge qui sillonnaient coup sur coup les airs au-dessus des montagnes de Sébastopol, et par le bruit terrible de l’artillerie ». Il débute alors sa mission en photographiant des vues du port et des bâtiments en ruines aux alentours, avant de s’avancer près des lignes de front à Sébastopol ou dans la vallée d’Inkerman. Malgré le contexte de guerre, Fenton se réjouit des conditions de travail : « Jusqu’au début du printemps, la lumière et la température étaient tout ce qu’un photographe peut désirer de mieux », écrit-il. Mais bien vite, l’homme déchante.
Roger Fenton, Le Conseil de Guerre tenu le matin de la prise du Mamelon Vert : Lord Raglan, Omer Pacha, Général Pelissier, 8 juin 1855, 1855
18,5 × 15,3 cm • Coll. Musée Condé, Chantilly • © RMN Grand Palais / Domaine De Chantilly Benoît Touchard
L’arrivée de la belle saison rend son travail en extérieur quasi impossible. Soleil de plomb, chaleur étouffante : difficile, dans ses conditions, de faire des prises de vues après 8 ou 9 heures du matin. Le collodion sèche trop vite sur la plaque de verre, des tâches apparaissent sur les négatifs et les mouches, omniprésentes sur le camp, envahissent son laboratoire ambulant… Pour ne rien arranger, le photographe sera même pris pour cible par l’armée russe, qui confond son « photographic van » avec du matériel d’artillerie ! Ne pouvant plus photographier en extérieur, Fenton se consacre alors à sa mission première : tirer le portrait de responsables militaires anglais, français et ottomans. Après quelques semaines de reportage, et malgré la méfiance des troupes, il se lie à un certain nombre d’officiers qu’il fait poser au petit matin, à 4 ou 5 heures, dans des attitudes martiales.
Roger Fenton, Les Lignes de Balaklava, le sirocco soufflant, 1855
27 x 35,1 cm • Coll. Musée Condé, Chantilly • © RMN Grand Palais / Domaine De Chantilly Benoît Touchard
Il immortalise une guerre « propre », à mille lieues du quotidien très rude des soldats.
Soumis aux contraintes techniques et aux conditions météorologiques défavorables, le reportage du photographe de Fenton montre une vision tronquée de la réalité. Il immortalise une guerre « propre », à mille lieues du quotidien très rude des soldats. Les conditions de vie sont en effet très sommaires, pour ne pas dire désastreuses, et les épidémies, notamment de choléra, déciment les troupes. Sur aucun cliché de Fenton ne transparaît l’angoisse qui gangrène les camps. De plus, son matériel d’une extrême fragilité et très encombrant (qui nécessite la présence de deux assistants) l’empêche de se rendre au plus près des combats. Les images du photographe sont parfois trompeuses, à l’image d’une vue des lignes de Balaklava, où l’on distingue une épaisse fumée blanche laissant penser qu’une attaque vient de se produire. Pourtant, aucune action militaire ne s’est jouée ici ! Il s’agit seulement du sirocco soufflant sur la plaine…
Roger Fenton, Ismaïl Pacha et sa suite, 1855
19,5 × 15,4 cm • Coll. Musée Condé, Chantilly • © RMN Grand Palais / Domaine De Chantilly Benoît Touchard
Fenton, en homme de son temps aux penchants orientalistes, est fasciné par les troupes égyptiennes d’Ismaïl Pacha qu’il fait aussi poser. Il imagine enfin des mises en scène, des compositions artificielles où une cantinière vient porter secours à un zouave prétendument blessé [ill. en une], mais dont le pansement est d’une blancheur immaculée ! Fatigué, fiévreux, Fenton rentre en Angleterre avec 360 clichés, près de trois mois après le début de sa mission. Publiés, exposés, vendus, ils rencontreront un grand succès, y compris auprès de la reine. Et le reportage de guerre est né.
Aux origines du reportage de guerre : le photographe anglais Roger Fenton et la guerre de Crimée (1855)
Du 13 novembre 2020 au 27 février 2021
Château de Chantilly • 60500 Chantilly
chateaudechantilly.fr
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