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SÉRIE – MÉTIERS DES COULISSES

Studio manager, couteau suisse des artistes

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Publié le , mis à jour le
Après s’être invité chez un assureur d’œuvres d’art, chez une scénographe d’exposition ou encore chez une conservatrice-restauratrice, Beaux Arts poursuit son exploration des métiers de l’art et de la création. Aujourd’hui, Margaux Delapierre nous fait découvrir son quotidien de studio manager auprès de l’artiste Jane Puylagarde, dont elle assure à la fois la communication, la logistique, les relations commerciales… Quitte à (presque) remplacer la force de frappe d’une galerie.
Margaux Delapierre, studio manager de l’artiste Jane Puylagarde.
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Margaux Delapierre, studio manager de l’artiste Jane Puylagarde.

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© Timothée Chambovet

Une question nous taraude : comment traduire en français studio manager ? Pas vraiment cheffe d’atelier, Margaux Delapierre (née en 1992) ne collaborant pas à la production plastique des œuvres, elle se rapprocherait plutôt de l’assistante d’artiste multi-tâches. Lorsque nous la rencontrons dans l’antre parisien de Jane Puylagarde (peintre française née en 1958, qui possède un autre atelier à Formentera), Margaux nous explique d’emblée les nuances entre agent d’artiste et chef d’atelier. L’un est plutôt « rapporteur d’affaires », l’autre indispensable pour les artistes qui ont besoin d’une grande aide technique. Le studio manager est quant à lui avant tout un couteau suisse, sans compétence artistique : il se doit d’être proactif, de réévaluer chaque mois les attentes de son client et l’aider dans bien des aspects administratifs, afin de libérer l’esprit de celui-ci. Auto-entrepreneur, bien sûr, il fixe ses tarifs et imagine des forfaits en fonction des besoins (communication, aide administrative, logistique de l’atelier…).

Margaux Delapierre consacre aux réseaux sociaux une demi-journée, voire une journée entière, Instagram étant une clé essentielle de sa stratégie commerciale.
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Margaux Delapierre consacre aux réseaux sociaux une demi-journée, voire une journée entière, Instagram étant une clé essentielle de sa stratégie commerciale.

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© Timothée Chambovet

De fait, les plasticiens – surtout les plus jeunes d’entre eux, qui débarquent seuls et parfois démunis dans le monde de l’art – le confient volontiers : au moins 50 % de leur temps est consacré à rester derrière un ordinateur pour répondre à des demandes de bourses, rédiger des notes d’intention, envoyer des candidatures à des résidences d’artistes… Le temps passant, et si le succès vient toquer à la porte, les démarches changent mais la charge de travail ne diminue pas, bien au contraire. Répondre aux collectionneurs, aux art advisors (qui conseillent les collectionneurs et les entreprises dans leurs achats d’art) et aux journalistes, solliciter les institutions, rédiger des communiqués de presse, prendre en charge la création de posts quasi-quotidiens sur les réseaux sociaux… Tout cela prend un temps fou, et peut largement entraver la liberté d’esprit qu’il faut pour s’attaquer à une toile blanche.

Ne collaborant pas à la production plastique des œuvres, le studio manager se rapprocherait plutôt de l’assistante d’artiste multi-tâches.
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Ne collaborant pas à la production plastique des œuvres, le studio manager se rapprocherait plutôt de l’assistante d’artiste multi-tâches.

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© Timothée Chambovet

« C’est une micro-entreprise. Le studio manager fait quasiment un petit business plan avec l’artiste, main dans la main. »

Si certains s’en remettent alors au modèle classique des galeristes, d’autres s’en passent pour évoluer plutôt en solitaire. Ou plus exactement, accompagnés d’une aide sur mesure. Margaux travaille actuellement 40 heures par semaine pour sa cliente : soit dans l’atelier de l’artiste, soit depuis chez elle, sur son ordinateur. Son quotidien est difficile à résumer.

Elle consacre aux réseaux sociaux une demi-journée, voire une journée entière, Instagram étant une clé essentielle de sa stratégie commerciale : bien souvent, les collectionneurs et clients repèrent le travail de l’artiste par ce biais et la contactent par message. Et lorsque nous l’avions rencontrée au printemps dernier, Margaux s’occupait de recevoir les visiteurs d’une exposition de Jane dans un lieu privé à Montmartre, expliquant son travail comme une véritable médiatrice culturelle, et ajoutant à son panel de compétences ce que l’on appelle au sens large l’« événementiel ».

La studio manager gère les commandes d’œuvres, voit avec l’artiste ce qui est réalisable ou non.
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La studio manager gère les commandes d’œuvres, voit avec l’artiste ce qui est réalisable ou non.

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© Timothée Chambovet

L’autre aspect important de son travail, c’est le renouvellement de sa stratégie commerciale. Chaque mois, Margaux tient à proposer à Jane Puylagarde de nouvelles pistes d’approche, et multiplie les contacts avec le monde du luxe (architectes, décorateurs, hôtels, restaurants…), comme avec le monde de l’art, pour mettre en valeur son travail – autrement dit, le vendre. Elle gère les commandes d’œuvres, voit avec l’artiste ce qui est réalisable ou non, certains clients fantasques pouvant aller loin dans leurs demandes… « C’est une micro-entreprise. Le studio manager fait quasiment un petit business plan avec l’artiste, main dans la main. » Passée par l’école Sup de Pub, Margaux Delapierre a en effet un CV taillé pour le marché de l’art : à Chicago, New York et Paris, elle a connu différents emplois à mi-chemin entre l’art et le commerce, comme lorsqu’elle recrutait des illustrateurs pour l’entreprise Avondale Type Co., ou lorsqu’elle s’occupait de la stratégie de marque d’agences de webdesign et de photographie chez Bright Bright Great.

Margaux tient à le rappeler : un bon studio manager doit avant tout être guidé par le pur et simple amour de l’art.
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Margaux tient à le rappeler : un bon studio manager doit avant tout être guidé par le pur et simple amour de l’art., 2022

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© Timothée Chambovet

Et parce qu’elle est encore très jeune et semble avoir la bougeotte, on l’interroge : un studio manager peut-il rester longtemps au service d’un seul artiste ? Si celui-ci convainc, et si son travail évolue, oui. Lucide, Margaux tient avant tout à rester « professionnelle ». D’ailleurs, pour que la fine frontière entre l’amitié et la relation de travail qu’elle entretient quotidiennement avec Jane Puylagarde ne s’efface pas, « je la vouvoie. » Un studio manager doit ainsi garder la tête froide, les pieds sur terre. Il est le rappel en chair et en os qu’un artiste ne peut vivre qu’en passant ses journées à travailler son art, seul, attendant le succès, mais qu’il doit constamment se renouveler, s’adapter mine de rien aux fluctuations du marché, et surtout bien s’entourer. Cela dit, Margaux tient à le rappeler : un bon studio manager doit avant tout être guidé par le pur et simple amour de l’art, indispensable à la fois pour bien comprendre les enjeux de ce monde si particulier, et puis aussi pour avoir envie de se lever le matin… et défendre son artiste bec et ongles.

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En savoir plus sur le travail de Jane Puylagarde :

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