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Paul Gauguin, Te tamari no atua, 1896
Huile sur toile • 96 × 126 cm • Coll. Neue Pinakothek, Munich
Paul Gauguin, Te tamari no atua (détail), 1896
Le fruit d’une relation immorale
Lorsque Paul Gauguin, 48 ans, peint ce tableau en 1896, sa très (trop) jeune maîtresse Pau’ura, 14 ans, attend une petite fille. Né autour de Noël, le bébé ne vivra que quelques jours. Trois ans plus tard, Pau’ura accouchera d’un fils, Émile. La présence de l’adolescente plane dans les traits que Gauguin a donné à la parturiente allongée sur le lit, et véritable sujet du tableau. Quant à l’enfant, au second plan, il est repris d’une autre toile Bé Bé, Nativité tahitienne (musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg), peinte peu auparavant.
Huile sur toile • 96 × 126 cm • Coll. Neue Pinakothek, Munich
Paul Gauguin, Te tamari no atua (détail), 1896
Divine et profane
Dans l’ombre, à gauche de la toile, se détache une aile verte, ce qui place les deux femmes sous les bons auspices d’un ange. Gauguin, qui s’assimile presque au Christ à la fin de sa vie (Autoportrait au Christ jaune, 1891), mélange sacré et détails profanes. À l’instar de cette colonne, toujours à gauche du tableau, qui rappelle le décor de la maison du peintre dans le village de Puna’auia, avec des murs de bambou et un toit de feuilles de palmier tressées.
Huile sur toile • 96 × 126 cm • Coll. Neue Pinakothek, Munich
Paul Gauguin, Te tamari no atua (détail), 1896
Une composition iconoclaste
À Tahiti, l’artiste adopte un nouveau procédé pour structurer l’espace de son tableau en plaçant les figures les unes après les autres. À la manière d’un collage, les personnages de Gauguin sont dépeints dans des attitudes différentes, et leurs mouvements s’opèrent dans plusieurs directions : visage de profil, tourné vers le spectateur, de dos, couché… Des éléments de décor en bois (montant du lit, poutre…) achèvent de segmenter et d’organiser l’espace en donnant une impression de profondeur.
Huile sur toile • 96 × 126 cm • Coll. Neue Pinakothek, Munich
Paul Gauguin, Te tamari no atua (détail), 1896
Gauguin le mystique
Le peintre, fin connaisseur de la Bible, revient à des sujets du Nouveau et de l’Ancien Testament, thèmes déjà explorés à Pont-Aven. Mais plus qu’une représentation spirituelle, Gauguin mêle ici imageries religieuses et tahitiennes. Selon lui, en effet, toutes les religions et mythologies du monde sont les mêmes. Ce qu’il souligne en 1897 dans un essai intitulé L’Église catholique et les temps modernes, où il affirme que la divinité est un « mystère insondable » et « Dieu n’appartient pas au savant, ni au logicien ; il appartient aux poètes, au royaume des rêves ».
Huile sur toile • 96 × 126 cm • Coll. Neue Pinakothek, Munich
Paul Gauguin et Titien, Te tamari no atua (détail) et la Vénus d’Urbin (détail), 1896 et 1538
La passion de Noël
Au moment où Gauguin peint ce tableau, sa santé est mauvaise : il souffre de la syphilis et est rongé par l’eczéma. Période difficile qui le renvoie sans doute à la mutilation de son ami Van Gogh la veille de Noël, en 1888. Mais l’artiste avait d’autres raisons d’être hanté par les célébrations de fin d’année : peut-être aussi la nostalgie de sa fille Aline, née le 25 décembre 1877 et restée en France (elle mourra quelques semaines plus tard à l’âge de 19 ans). Après 1896, année où il exécute plusieurs Nativités, Paul Gauguin reprend le thème en 1902 (un an avant sa mort) dans une série de tableaux dont certains prennent des allures de bains turcs ou de harem. Ici, la charge sexuelle est incarnée par le chat discret sur le lit. L’animal, image de Lucifer jusqu’à la Renaissance, pourrait aussi faire allusion à la Vénus d’Urbin du Titien, mais se substituant au chien, symbole de fidélité.
Coll. Neue Pinakothek, Munich et Coll. musée des Offices, Florence
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Une Nativité exotique
Enveloppée d’un paréo bleu flanqué d’une étoile dorée, une jeune Tahitienne repose sur des draps jaune citron. À côté de son lit, une femme plus âgée, tête couverte, tient un nouveau-né. La tête de l’enfant est cerclée d’un halo vert, auquel répond la couronne de lumière qui entoure le profil de la femme allongée. À l’arrière-plan, on distingue des vaches, laissant entendre que la scène prend place dans une étable : bienvenue dans la crèche tahitienne de Gauguin ! Pas de Rois mages, ni de Joseph ici, mais le peintre a truffé son tableau d’indices discrets du genre pictural de la Nativité, une tradition iconographique dont les premières représentations remontent au milieu du IIe siècle (catacombe de Priscille). Ce que confirme le titre en bas à gauche de la toile : Te tamari no atua, traduisible par « La naissance de l’enfant de Dieu ».