Artemisia Gentileschi, Susanne et les vieillards, après restauration (détail), vers 1638-1639
huile sur toile • 200,9 x 157,8 cm • © Royal Collection Trust / © His Majesty King Charles III 2023
C’est chez la famille royale britannique qu’une nouvelle œuvre d’Artemisia Gentileschi (1593–1656) vient d’être identifiée ! Le superbe tableau Susanna and the Elders (Suzanne et les Vieillards) avait été remisé durant plus d’un siècle au château de Hampton Court, bâtiment crénelé de style Tudor, érigé en 1514 et connu pour avoir été la résidence favorite du roi Henri VIII, au sud-ouest de Londres.
Pris jusqu’ici pour l’œuvre d’un artiste français, il vient d’être réattribué à la peintre baroque italienne Artemisia Gentileschi. Selon les commissaires de la Royal Collection (collection d’art de la famille royale britannique), il aurait été commandé par Henriette-Marie de France, épouse de Charles Ier d’Angleterre et d’Écosse.
Susann et les vieillards d’Artemisia Gentileschi, exposée au chateau de Windsor, 2023
© Royal Collection Trust / © His Majesty King Charles III 2023
Actuellement exposé au château de Windsor dans le Salon de la Reine, le tableau représente le personnage biblique de Suzanne, inquiète de se voir observée par deux vieillards alors qu’elle est en train de se baigner. La jeune femme rejette leurs avances, mais ceux-ci se vengent en l’accusant d’adultère, ce qui lui vaut un procès au terme duquel elle risque la peine de mort, avant que le prophète Daniel prouve finalement son innocence. On connaissait déjà un autre tableau d’Artemisia Gentileschi consacré à ce même sujet, peint vers 1610.
Artemisia Gentileschi, Susanne et les vieillards, après restauration, vers 1638–1639
huile sur toile • 200,9 × 157,8 cm • © Royal Collection Trust / © His Majesty King Charles III 2023
L’artiste, qui s’impose comme l’une des premières femmes peintres à avoir réussi, malgré le sexisme, à se construire une brillante et lucrative carrière, est connue pour son puissant Judith décapitant Holopherne (1612–1613). L’une de ses multiples représentations de femmes fortes, au regard intense et à la silhouette robuste, affrontant ou contrant la violence masculine – un thème récurrent que certains spécialistes lient à l’expérience personnelle de l’artiste, qui fut brutalement violée à l’âge de dix-huit ans puis endura un procès au cours duquel elle fut torturée pour s’assurer qu’elle disait la vérité.
Malgré le succès qu’elle avait connu de son vivant, Artemisia Gentileschi est, par la suite, longtemps restée dans l’ombre de ses homologues masculins. Ce n’est que depuis 2014 environ que son travail se trouve revalorisé par des expositions et des ventes importantes à plusieurs millions de dollars. L’année dernière, une autre œuvre, Hercule et Omphale, avait été réattribuée à l’artiste à l’occasion de sa restauration suite aux dégâts qu’elle avait subis au palais Sursock durant l’explosion du port de Beyrouth en 2020.
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