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Peintre des carnavals, des fêtes de Carême, et de la célèbre Tour de Babel, Pieter Brueghel l’Ancien (1525–1569) est un maître de la Renaissance flamande. Fondateur d’une dynastie de peintres, sa vie demeure en grande partie un mystère. Inspiré par son prédécesseur Jérôme Bosch, Brueghel est le créateur d’un monde où cohabitent le bien et le mal, l’ordinaire et la folie, la santé et l’infirmité, au cœur de scènes populaires très appréciées de ses contemporains. Parfois appelé « le Brueghel des paysans », l’artiste livre une vision acerbe et parfois cynique de la société de son temps.
Théodore Galle, Portrait de Pieter Bruegel l’Ancien, 1572
Gravure • © Bridgeman Images
« Le rire de Brueghel est énorme, son invention débordante et démesurée, son exécution large, sa bouffonnerie colossale. C’est l’un des plus grands divertisseurs de tous les temps. » Arsène Alexandre
La plupart des faits ayant trait à sa naissance ne sont que des suppositions. Il serait né près de Breda, dans le village de Brueghel, dont il tire son nom. Brueghel aurait été l’élève d’un artiste de la Guilde spécialisé dans les sujets bibliques très animées, proches de la scène de genre.
En 1552, Brueghel entame un voyage en Italie, ce qu’attestent un certain nombre de dessins pris sur le vif. Mais, des maîtres italiens, l’artiste flamand ne choisit pas de retenir leur idéalisation et leur culture de l’antique. En réaliste, il apprécie davantage les sujets populaires et les scènes de genre. Les thèmes bibliques, bien que quelquefois traités dans une veine fantastique, restent minoritaires.
Brueghel aurait fait partie de la Guilde de Saint-Luc vers 1550. À cette époque, il vit à Anvers et travaille pour le commerce de l’estampe en réalisant de nombreux dessins. Les fréquentations du peintre semblent avoir été éclectiques, allant du riche collectionneur à l’érudit, et jusqu’au simple paysan. De bonne nature, il aime vivre et s’amuser : Brueghel fréquente les kermesses et les noces villageoises, autant de fêtes populaires qui l’inspirent.
En 1562, le peintre s’installe à Bruxelles, dans une maison typiquement flamande (visible encore aujourd’hui), rue Haute, dans le quartier des antiquaires. Il vient d’épouser la fille de son premier maître, Pieter Coecke van Aelst, avec laquelle il aura plusieurs fils qui deviendront peintres à leur tour : Pieter Brueghel le Jeune et Jan Brueghel l’Ancien (dit Brueghel de Velours). Il est donc à la tête d’une véritable dynastie d’artistes, l’une des plus importantes de l’école flamande.
Brueghel se serait amplement inspiré de Jérôme Bosch (1450–1516) et de son univers foisonnant et satirique. Si l’artiste aime lui aussi mettre en scène les foules, il se concentre à la fin de sa vie sur des figures isolées. D’une manière générale, s’il est considéré comme un réaliste, Brueghel ne renonce pas à verser dans un certain maniérisme en accentuant la laideur des personnages, leur côté grotesque, voire vulgaire. Peut-être Brueghel entend-il ainsi souligner la difficile condition de l’Homme… On prétend d’ailleurs qu’il porta secours aux pauvres au moment de la Réforme.
Il meurt en 1569 et est inhumé dans l’église Notre-Dame de la Chapelle, à Bruxelles. Les œuvres attestées de sa main sont rares : on compte moins de cinquante peintures !
Pieter Brueghel l’Ancien, La Tour de Babel, 1563
Huile sur bois • 114 × 155 cm • Coll. & © Kunsthistorisches museum, Vienne
La Tour de Babel, 1563
Ce tableau témoigne de l’érudition manifeste du peintre, mais aussi de la grande précision de son style. Pour concevoir cette architecture fantastique, Brueghel s’est sans doute inspiré du Colisée, vu à Rome. Mais l’édifice semble bancal, illustrant l’impossible communication entre les peuples de langues différentes. Sans doute pointe-t-il du doigt l’arrogance des humains, tout comme l’inaccessibilité du divin.
Pieter Bruegel l’Ancien, Chasseurs dansla neige, 1565
Huile sur toile • 117 × 162 cm • Coll. & © Kunsthistorisches museum, Vienne
Chasseurs dans la neige, 1565
Brueghel s’est intéressé au thème des saisons, comme à celui des mois, métaphores du cycle de la vie. Ici, nous sommes dans la campagne enneigée des Flandres. Des hommes s’en reviennent de la chasse avec leurs chiens. Au loin, le village et ses activités hivernales se découvrent, en particulier les jeux sur le lac gelé. Brueghel profite du sujet pour donner libre cours à toutes les nuances du blanc et confronte, dans une même toile, la dureté de la saison et les joies simples de la vie paysanne.
Pieter Bruegel l’Ancien, Les Mendiants, 1568
Huile sur bois • 18,5 × 21,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN – Grand Palais
Les Mendiants, 1568
Ce tout petit format est une scène étrange, représentant des mendiants culs-de-jatte engagés dans une sorte de danse, dans la cour d’un hôpital. Leurs visages sont difformes. Certains portent des queues de renard, dont la signification n’est pas pleinement élucidée, mais qui pourrait avoir une résonance politique (les gueux calvinistes appelèrent en effet à combattre la domination espagnole). Scène de genre ou tableau politique ? Il semble certain que l’artiste cherche à montrer la place des estropiés et des infirmes dans la société de son temps.
Pieter Bruegel l’Ancien, Le Portement de Croix, 1564
Huile sur bois • 124 × 170 cm • Coll. & © Kunsthistorisches museum, Vienne
Le Portement de croix, 1564
Cette œuvre représente la montée du Christ au Golgotha. Brueghel a choisi de montrer le calvaire à l’arrière-plan, le premier plan étant occupé par une vaste foule. Au sein de ce mouvement tourbillonnant se découvre le Christ, identifiable à son vêtement bleu. La vision de Brueghel est téléologique : elle annonce le dénouement à venir et anticipe notamment la déploration. Ce thème était habituel pour les contemporains, qui le retrouvaient souvent sur les tympans des églises.
Pieter Brueghel L’Ancien, Le Combat de carnaval et de Carême, 1559
Huile sur panneau de bois • Kunsthistorisches Museum, Vienne • Wikimedia Commons
Le Combat de carnaval et Carême, 1559
Dans cette scène foisonnante, Pieter Brueghel met en scène des villageois occupés à des festivités bruyantes et tapageuses. Il représente deux camps, deux traditions (l’une catholique, l’autre protestante) en train de s’affronter. Elle se fait néanmoins sans violence. L’artiste illustre aussi le passage entre deux époques de l’année : celle durant laquelle la viande peut être consommée, et celle réservée au poisson. Le sujet a donc partie liée avec le temps religieux, et ses croyances, qui rythme la vie des populations au XVIe siècle.
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