L’œuvre de Banksy a été arrachée par plusieurs personnes du toit du magasin sur lequel elle était installée
© AP / SIPA / Photo Jordan Pettitt
Un loup hurlant à la lune, sa silhouette noire graffée à la bombe sur une antenne parabolique blanche : cette nouvelle œuvre du street artiste Banksy, juchée au-dessus d’un rideau de fer couvert de tags et d’un modeste magasin de charité pour les victimes du cancer à Peckham, au sud de Londres, avait été dévoilée par l’artiste ce jeudi 8 août sur son compte Instagram. Mais l’œuvre a été volée quelques heures plus tard, ajoutant à la médiatisation de cette étrange série animalière débutée lundi dans la capitale britannique…
Trois hommes ont été aperçus par des témoins : l’un est monté sur le toit grâce à une échelle, tandis que les deux autres restaient en bas pour surveiller. L’un d’eux, vêtu d’un bermuda en jean bleu clair dévoilant des mollet tatoués, a été photographié en train d’embarquer la parabole. Appelée peu avant 14h (15h heure de Paris) pour le « vol d’une antenne parabolique contenant une œuvre d’art », la police londonienne n’a procédé à aucune arrestation pour le moment.
Surnommée par certains « le zoo de Banksy », cette série est inhabituelle à plus d’un titre.
Avant ce vol, l’étrange série animalière à laquelle appartient ce loup faisait déjà beaucoup parler d’elle. Lundi, un bouquetin perché sur un mur près de Kew Bridge (dans le sud-ouest de Londres) avait fait son apparition. Mardi, deux éléphants postés à des fenêtres dans le quartier de Chelsea, suivis, mercredi, par trois singes suspendus à un pont ferroviaire à Brick Lane-Shoreditch (dans l’est de la capitale), et enfin, jeudi, par le loup hurlant, étaient venus s’y ajouter pour former une sorte de rébus géant dans la ville.
La nouvelle œuvre de Banksy représentant un loup hurlant peint sur une antenne satelitte est apparue dans le quartier de Peckham à Londres
© ZUMA Press Wire / Shutterstock / SIPA / Photo Vuk Valcic
Surnommée par certains « le zoo de Banksy », cette série est inhabituelle à plus d’un titre. D’abord, elle a pour personnages principaux des animaux et non des humains. Ensuite, leur style est plus simple qu’à l’ordinaire : pas de gris ou de blanc ni de superpositions de pochoirs, seulement des silhouettes noires sans détail ni effet de relief, comme de simples figures de théâtre d’ombres. Enfin, le rythme de dévoilement (une œuvre par jour) est également peu commun chez Banksy qui habituellement espace ses productions britanniques de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois.
Banksy restant comme à son habitude anonyme et muet quant au sens de ses œuvres, les hypothèses vont bon train pour tenter de percer à jour leur signification. Les singes envahissant la ville voudraient dire que « l’humanité ne va pas durer, que les animaux vont reprendre le dessus », suggère une internaute sur Instagram. « Une critique des comportements sauvages et chaotiques qui ont lieu actuellement au Royaume-Uni », avance un autre après le dévoilement du loup, en faisant référence aux émeutes d’extrême droite marquées par de nombreuses violences racistes qui se sont produites dans le pays ces derniers jours.
D’autres encore voient le bouquetin, perché au bord du vide sur un minuscule espace, comme une gazelle des montagnes, animal symbole de la Palestine – ce qui en ferait une nouvelle expression du soutien de Banksy aux Palestiniens acculés par les attaques israéliennes suite à l’attentat du Hamas. Un autre y voit « l’état fragile de la société britannique, qui vacille au bord du chaos ».
Les éléphants postés aux fenêtres, qui semblent solidaires, leurs deux trompes se touchant presque, mais ignorés par le passant situé juste en-dessous, pourraient, quant à eux, représenter l’évidence que la société ne voit pas (« the elephant in the room », selon l’expression anglaise). Une manière peut-être de dire que face à une situation périlleuse (le bouquetin), refuser d’y répondre par l’entraide et la solidarité (les éléphants) peut conduire au chaos (les singes). Le loup solitaire hurlant à la lune pouvant figurer l’artiste lui-même lançant un cri d’alerte…
Les œuvres de Bansky sont fréquemment volées pour être vendues à prix d’or. En décembre dernier à Londres, un panneau de signalisation orné de drones de combat avait lui aussi été dérobé en public et en plein jour. En 2019, un rat sur un panneau de signalisation près du Centre Pompidou, ainsi que la Jeune Fille triste, réalisée en 2018 en hommage aux attentats du 13 novembre 2015 sur la porte du Bataclan à Paris, avaient été embarqués. Son Slingshot Rat, un rat tenant une fronde qu’il avait peint dans les années 2000 au pied du mur de séparation entre Israël et la Palestine, avait même été découpé dans du béton. Malgré son poids de 400 kilos, celui-ci avait franchi en catimini plusieurs checkpoints militaires pour ressurgir dans une galerie 20 ans plus tard…
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