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Figure atypique du mouvement surréaliste, Victor Brauner (1903–1966) est un pur mystique. Dadaïste roumain dans le contexte d’une Europe éprouvée par la Grande Guerre puis la montée du nazisme, il crée des œuvres entre poésie et peinture. Son travail d’artiste se confond avec sa vie. Habité de pensées prémonitoires, Brauner fait de l’œil énucléé l’un de ses motifs de prédilection, avant de perdre lui-même un œil. Ami d’Yves Tanguy, adoubé par André Breton, il traverse difficilement la Seconde Guerre mondiale, en tant que juif exilé. Son œuvre est marquée par l’histoire tragique du XXe siècle.
Victor Brauner tenant le squelette d’un oiseau dans son studio parisien, 1938.
© Akg-images / Walter Limot.
« Ma peinture est autobiographique, elle raconte ma vie. Et ma vie est exemplaire car universelle. »
Dans une petite ville proche des Carpates, Brauner naît dans une famille où le spiritisme est religion. Très jeune, il assiste à des séances d’occultisme conduites par son père. Sa famille s’exile à Hambourg, puis à Vienne, pour fuir les conséquences de la guerre dans les Balkans. Imprégné par le mysticisme, il peint dans les cimetières et assiste au passage de la comète de Halley, en 1911, présenté par certains comme l’annonce de la fin du monde. Quelques temps après, survient la Grande Guerre.
À Bucarest, où il passe les années 1920, Brauner s’est lancé activement dans la peinture. Il est inscrit à l’École des beaux-arts, mais sa personnalité détonne et fait rapidement scandale. En effet, Brauner se voit en dadaïste, peint des personnages hybrides, des images issues de ses rêves et cauchemars.
À Paris, Brauner fait connaissance avec le milieu surréaliste en 1930. Très vite, il s’y fait des amis : Alberto Giacometti, Yves Tanguy et bien sûr, André Breton, le pape du surréalisme. Il adhère officiellement au groupe en 1932, puis participe aux expositions. Brauner se plie donc aux habitudes de ses membres, notamment celle de mêler art et création littéraire. Il écrit sous la conduite de l’automatisme, s’intéresse aux arts primitifs et à la magie. Il s’engage au Parti communiste.
L’œil, sous des formes diverses et souvent angoissantes, est l’un de ses motifs signatures. Était-ce prémonitoire ? En 1938, date de son installation définitive à Paris, Brauner perd en effet l’œil gauche à la suite d’une altercation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est assigné à résidence en raison de son judaïsme. Il vit dans le dénuement et se réfugie dans un monde imaginaire, rejoignant la zone libre (Marseille) de manière clandestine. C’est à cette époque qu’il utilise la cire pour composer des œuvres dessinées puis peintes.
En 1948, Brauner est exclu du groupe surréaliste. Dans la mémoire collective, il reste surtout le « dadaïste roumain ». Il décède en 1966, un an après avoir représenté la France à la Biennale de Venise.
Victor Brauner, Autoportrait, 1931
Huile sur toile • 22 x 16,2 m • Coll. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI / © Adagp, Paris 2020.
Autoportrait, 1931
S’agit-il d’une toile prophétique ? Sept ans après cet autoportrait à l’œil crevé, Victor Brauner perd effectivement l’usage de son œil gauche à l’issue d’une rixe qui a mal tourné dans le quartier de Montparnasse. Le thème de l’œil, et par extension celui de la vision, souvent empêchée, déformée, aveuglée, a toujours fasciné Brauner. C’est un motif souvent traité par les peintres surréalistes, comme Salvador Dalí ou René Magritte. Œuvre intime et angoissante, cette toile de petit format resta dans l’atelier du peintre toute sa vie durant.
Victor Brauner, Hitler, 1934
Huile sur carton • 22 × 16 cm • Coll. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI / © Adagp, Paris 2020.
Hitler, 1934
Provenant de la collection d’André Breton, cette œuvre est une représentation du futur dictateur qui révèle sa brutalité, tout en le soumettant à la caricature. L’artiste s’attaque à tous les organes relatifs aux sens : la bouche, les yeux, les oreilles, transperce sa tête, lui scie le cou. Il incarne pour l’artiste le Mal absolu. C’est à cette date en effet que le nazisme s’affirme en Allemagne, dont Brauner dénoncera les tortures et la politique concentrationnaire vis-à-vis de populations stigmatisées.
Victor Brauner, Prélude à une civilisation, 1954
Encaustique et encre sur isorel • 129,5 × 202,6 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York, Jacques and Natasha Gelman Collection, 1998 • © Art2010 / Alamy Stock Photo / © Adagp, Paris 2020.
Prélude à une civilisation, 1954
Brauner a toujours été attiré par les cultures anciennes, pétries de mysticisme et de croyances. Dans cette œuvre, les hommes incarnant une civilisation joyeuse et colorée « habitent » dans le corps d’un grand animal blanc et pacifiste. L’œuvre s’inspire des vêtements décorés et portés par les indiens du Mexique.
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