La cour intérieure de la Casa Azul, Mexico. Où est née et a vécu Frida Kahlo.
© Janet Mary Cook. All rights reserved 2022 / Bridgeman Images
Il faut impérativement réserver, plusieurs jours, voire semaines, à l’avance. Dans le quartier tranquille de Coyoacán, où les bâtisses cossues s’alignent derrière de hauts murs, on vient de partout dans le monde pour pénétrer l’antre de Frida Kahlo (1907–1954). Peinte d’un éclatant bleu Majorelle, la maison familiale a été construite ici, dans un ancien village tranquille – depuis intégré à la métropole – par le père de l’artiste, Guillermo, un Allemand devenu photographe officiel du gouvernement. Elle a vu Frida grandir, entre trois sœurs aimantes et une mère dépressive. Elle l’a vu rester des mois alitée après son accident de bus. Elle l’a vu tirer aussi par la manche le grand Diego Rivera (1886–1957) à qui elle voulait montrer ses œuvres – le même homme qui allait bouleverser sa vie, s’installer ici, agrandir la maison, y inviter les larmes et la sueur d’un amour tempétueux.
Gisèle Freund, Frida Kahlo dans son jardin à Coyoacán, 1951
© IMEC, Fonds MCC, Dist. RMN-Grand Palais / Gisèle Freund / RMN gestion droit d’auteur/Fonds MCC/IMEC
Les murs droits en pierre, l’étage aux larges fenêtres et le jardin de cactus sont restés tels que sur les photographies d’archives… Et si la maison a été muséifiée (juste après la disparition de l’artiste !) afin de pouvoir accueillir le public tout en protégeant ses objets et œuvres précieuses, on sent immédiatement que l’endroit a su conserver son âme. La maison apparaît (presque) vivante : Frida semble avoir quitté les lieux à l’instant. Comme Diego, d’ailleurs, qui a oublié en partant son chapeau.
Une fois la haute porte d’entrée passée (ceux qui souhaitent prendre des photographies devront alors payer 30 pesos supplémentaires), la visite débute par une enfilade de salles muséales. Avec, d’abord, des toiles de Frida Kahlo : des autoportraits, un portrait de son père et une nature morte aux pastèques, son œuvre ultime, qui clame un déchirant Viva la vida. Puis sa collection d’ex-voto, petites peintures d’art populaire réalisées en guise de prières et de remerciements. On ajoutera d’ailleurs volontiers à la visite de la Casa Azul celle du musée des Arts populaires de Mexico, dont les collections résonnent avec l’engouement de Frida pour les arts vernaculaires de son pays (avec ses ex-voto mais aussi ses tenues traditionnelles brodées de style Tehuana). De nombreuses photographies de l’artiste s’ensuivent, signées de son père, de son amant Nickolas Muray ou de son amie Lucienne Bloch. Quelques toiles de Diego Rivera, aussi…
Le musée fait ensuite place à la maison d’artiste. Au rez-de-chaussée, une salle à manger aux meubles jaunes donne le ton : couleurs vives, objets d’art populaire, toiles partout au mur… et de larges fenêtres ouvertes sur la cour luxuriante, qui donnent à l’édifice une sensation continue d’espace, d’air et de générosité.
Une vaste cuisine, aux murs de laquelle sont inscrits les noms de Frida et de Diego, unis pour toujours au-dessus des plats en terre cuite
© Anton Ivanov / Alamy / Hemis
Le cœur se serre devant son fauteuil roulant, installé devant un chevalet de bois.
On découvre la chambre de Diego, où sa large salopette et son chapeau sont accrochés à une patère ; quelques sculptures de sa collection voisinent son masque mortuaire. Dernière pièce du rez-de-chaussée, une vaste cuisine, aux murs de laquelle sont inscrits les noms de Frida et de Diego, unis pour toujours au-dessus des plats en terre cuite.
Puis, à l’étage, l’un des moments forts de la visite : l’ancien atelier de Frida Kahlo se déploie tout en longueur, encore chargé de palettes, de pinceaux, de pots de pigments. Le cœur se serre devant son fauteuil roulant, installé devant un chevalet de bois, et encore devant une affiche d’illustration scientifique accrochée au mur, détaillant l’évolution d’un fœtus : Frida a toute sa vie échoué à avoir un enfant, malgré de nombreux essais.
L’ancien atelier de Frida Kahlo se déploie tout en longueur, encore chargé de palettes, de pinceaux, de pots de pigments. Son fauteuil roulant est encore installé devant un chevalet de bois
© Andrew Hasson / Alamy Stock Photo
Deux chambres s’enchaînent, l’une de jour (le baldaquin de son lit porte encore le miroir qui permettait à Frida de se peindre depuis son lit de convalescente), l’autre de nuit (à la place du miroir, au-dessus de son oreiller, un cadre empli de papillons colorés). Une urne précolombienne contient ses cendres.
Le lit à Baldaquin de Frida Kahlo
Credit: Anton Ivanov / Alamy Stock Photo
Dehors, dans le jardin, on se prend à s’asseoir sur un banc, et à rêver à qui défilait ici du temps de Frida et Diego : Léon Trotski (1879–1940), par exemple, qui a été l’amant de l’artiste malgré la présence de sa femme, et a résidé ici durant un exil de deux ans, à partir de 1937. La maison où il a été assassiné se visite dans ce même quartier de Coyoacán. Il faut aussi imaginer le jardin bruisser des différents animaux du couple d’artistes : des chiens, des singes, des colombes, mais aussi son petit cerf Granizo.
Le visiteur déambule dans le jardin, où l’on imagine les animaux du couple en liberté
© Irina Brester / Alamy Stock Photo
Au fond du jardin, enfin, une poignée de salles, toutes nouvelles, ont été pensées en collaboration avec l’édition mexicaine du magazine Vogue autour du style vestimentaire inimitable de Frida Kahlo, qui rappelleront aux visiteurs du musée Galliera l’exposition de l’hiver dernier. Bénéficiant d’une scénographie impeccable, celles-ci témoignent de la vivacité du souvenir de l’artiste dans l’esprit contemporain. Frida Kahlo apparaît ainsi en icône absolue de mode et d’art, d’amour et de vie, du Mexique et des femmes. Un rôle bien lourd, mais que son caractère tempétueux et son art si profond semblent bien supporter…
Casa Azul, Museo Frida Kahlo
247 Londres, Del Carmen, Coyoacán, • 04100 Ciudad de México
www.museofridakahlo.org.mx
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