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Enquête historique, essai féministe hors cadre, un autre regard sur le marché de l’art : il y en a pour tous les goûts dans cette sélection de lectures arty à dévorer sans modération !
La mort décortiquée par Vincent Wackenheim, la typographie féministe de L’Indéprimeuse, la place de l’artiste vue par Sophie Cras et Charlotte Guichard… L’arrivée imminente de l’été tombe à pic : en vacances ou en week-end, vous risquez d’adorer chacun de ces quatre ouvrages.
Il y a ces squelettes rieurs qui, vêtus à la mode de l’époque, interviennent dans un jeu amoureux ou une partie de cartes, s’installent à la table d’écoliers, enrôlent de jeunes hommes dans l’armée, s’immiscent dans la peau d’une nourrice, montent à bord d’une montgolfière, entraînent les mortels dans une ronde carnavalesque ; il y en a d’autres, plus silencieux et angoissants, dont l’ombre géante plane au-dessus d’un train ou dont la main osseuse, seule, dépasse du rideau du théâtre noir de la comédie humaine…
Walter Draesner, La Mort par noyade, 1922
© Walter Draesner
La mort a mille et un visages, mais son refrain est toujours le même. Elle vient sonner la fin de la partie. Inéluctable, terrifiante, sujet tabou en Occident, la mort, soulignait en 1865 le critique d’art et écrivain Jules Champfleury, est « antipathique à nos débiles tempéraments. Et ses images sont reléguées aux rayons secrets des bibliothèques. » L’éditeur, auteur et érudit Vincent Wackenheim, ancien directeur général des éditions du Rocher, en charge de La Documentation française, a bravé l’interdit et s’est penché sur ces danses macabres modernes qui, reprenant l’héritage de l’imaginaire du Moyen Âge, surgissent sans crier gare dans les dessins et gravures des artistes de la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, intégrant de nouvelles thématiques sociales et politiques, révélant au grand jour l’absurdité des grands conflits mondiaux qui déciment l’humanité.
La Mort dans tous ses états – Modernité et esthétique des danses macabres, 1785–1966
© éd. L’Atelier contemporain
De la Danse des morts grinçante signée Johann Schellenberg (1785) à celle, maniérée et rugueuse, du graveur HAP Grieshaber (1966), le lecteur se retrouve entraîné au fil des pages dans une étourdissante farandole où il croise les visions fascinantes aux fonctions cathartiques de virtuoses du genre tels Alfred Kubin, Frans Masereel, Joseph Sattler, Daniel Chodowiecki, Lucien Laforge, Hans Meyer… Où les mots et les images, indissociables, résonnent intensément pour donner à voir, avec humour, ironie, poésie, beauté et laideur, celle que l’on refuse trop souvent de regarder en face. Une lecture mortelle. D.B.
La Mort dans tous ses états – Modernité et esthétique des danses macabres, 1785-1966
Par Vincent Wackenheim
Colis fragile. Le Sauvetage des trésors de la Cité interdite
© éd. Nevicata
La Chine impériale a produit quantité de trésors, conservés pendant des siècles au sein de la Cité interdite de Pékin, devenus objets de convoitise au XIXe siècle puis pillés par les armées occidentales occupantes. Les rares vestiges ayant échappé à ces rafles ont connu un destin chaotique. Pourtant, à partir des années 1920 et jusqu’en 1949, date de la proclamation de la République populaire par Mao Zedong, les richesses des palais de la capitale allaient voyager dans tout le pays, suivant les soubresauts des conflits, contre le Japon d’abord, puis lors de la guerre civile. Adam Brookes nous entraîne dans cette folle aventure rendue possible par le dévouement de conservateurs de musée et historiens de l’art chinois, qui ont mis un point d’honneur à protéger ces symboles de la splendeur passée. P.M.
Colis fragile. Le Sauvetage des trésors de la Cité interdite
Par Adam Brookes
Faudrait peut-être recadrer – Petites pensées féministes dans un monde plutôt genré
© éd. de La Martinière
Au milieu de l’ouvrage, sur une fausse couverture de livre rappelant celles de Gallimard, le titre l’Histoire de l’art et les femmes est en partie effacé, comme gommé par une force invisible… Multipliant les aphorismes grinçants, les calembours poétiques ou les jeux de mots et s’amusant des possibilités des signes de ponctuation, L’Indéprimeuse, maison d’impression dirigée par les sœurs Davina et Felicia Sammarcelli, fait de la typographie un féminisme à l’humour ravageur et à l’imagination débridée dans cet ouvrage savoureux, forcément hors cadre. D.B.
Faudrait peut-être recadrer – Petites pensées féministes dans un monde plutôt genré
Par L’Indéprimeuse
Vendre son art. De la Renaissance à nos jours
© éd. Seuil
Le commerce de l’art est le plus souvent abordé du point de vue du marché (galeristes, collectionneurs, institutions) en occultant celui de l’artiste. Partant du principe que ce dernier se plaçait au-dessus de ces contingences matérielles, les études en oubliaient son rôle premier. Cet essai tord le bras aux idées reçues et fait de lui, bien plus qu’un simple spectateur malheureux, un acteur à part entière du marché. À l’image du peintre Théodore Chassériau écrivant à son frère en 1840 : « Je désire faire beaucoup de portraits pour me faire connaître d’abord, gagner de l’argent ensuite, afin d’acquérir l’indépendance nécessaire qui me permettra d’accomplir les devoirs d’un peintre d’histoire. » P.M.
Vendre son art. De la Renaissance à nos jours
Par Sophie Cras & Charlotte Guichard
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