Découvertes en novembre 2023 dans le grenier de la bibliothèque municipale de Besançon, de torrides lettres érotiques de Gustave Courbet y sont désormais exposées jusqu’au 21 septembre. À cette occasion, l’office de tourisme local propose une visite menée par un guide-conférencier, afin de marcher sur les traces du peintre dans les rues de cette belle cité franc-comtoise, souvent oubliée par les fans de l’artiste au profit d’Ornans ou Flagey.
C’est en effet dans cette ville regorgeant de merveilles patrimoniales – vestiges romains, hôtels particuliers du XVIIIe siècle, citadelle de Vauban… –, située en bordure du massif du Jura, près de la frontière suisse, que Courbet a fait des études de philosophie, de rhétorique et d’art de 1837 à 1839. Le bâtiment où il a vécu, les établissements où il a fait ses classes, le musée qui conserve ses œuvres… Voici une promenade en sept lieux liés à cet artiste mythique.
Maison natale de Victor Hugo de Besançon
Photo Wikimédia Commons
Non seulement l’édifice où Gustave Courbet a vécu à Besançon est toujours debout, mais il s’agit ni plus ni moins de la maison natale de l’écrivain Victor Hugo, située au 140 Grande Rue – dite place Victor-Hugo ! À l’automne 1837, l’adolescent de 18 ans, qui vient de quitter Ornans (sa commune natale, située à environ 27 kilomètres de là), y pose ses valises et y reste pendant une partie de ses études, avant son départ pour Paris fin 1839. Le jeune homme y est logé en tant que pensionnaire chez un pharmacien, Monsieur Jacques. Entièrement reconstituée en 2012–2013 avec son mobilier d’origine (boiseries, pots…), la belle officine qui a occupé le rez-de-chaussée du bâtiment de 1754 à 1909 se visite aujourd’hui avec la maison natale du célèbre écrivain – laquelle abrite un parcours muséal dédié à l’engagement humaniste de ce dernier.
Anonyme, Trompe l’oeil sur la place Victor Hugo à Besançon
© Jean-Charles Sexe
Juste en face, sur les façades situées aux numéros 11 et 13 de la place, une œuvre de street art anonyme rend hommage en trompe-l’œil, sous forme de fausses fenêtres ouvrant sur des personnages, à plusieurs personnalités : Victor Hugo, les frères Lumière (eux aussi nés sur cette place, au n°1), Louis Pasteur (qui a également étudié à Besançon) et Gustave Courbet. Reconnaissable à sa barbe sombre taillée en pointe, ce dernier y apparaît à son chevalet, palette à la main, en train de peindre un paysage identifié par certains comme le Rocher du Singe de Goumois, à la frontière suisse. La fresque reproduit un détail situé au centre d’un tableau monumental de Courbet exposé à Orsay : L’Atelier du peintre (1855).
Trompes-l'œil street art
11 et 13 place Victor-Hugo, 25000 Besançon
Collège Victor Hugo à Besançon
© Denis Bringard / Hemis
C’est ici, au 8 rue du Lycée, que Courbet a étudié la philosophie et la rhétorique à partir de 1837, afin de se préparer à des études de droit. Actuellement baptisé collège Victor-Hugo, cet ancien couvent de jésuites se nommait à l’époque (à partir de la Restauration et jusqu’à la fin de la monarchie de Juillet) le Collège royal. Le jeune homme, qui s’y est inscrit pour plaire à son père, s’y ennuie à mourir et s’en plaint dans ses lettres. D’abord interne, il s’y sent si encaserné qu’il obtient vite de déménager chez le pharmacien Jacques. Seuls les cours de dessin, donnés par Charles-Antoine Flajoulot (ancien élève de Jacques-Louis David) l’intéressent, si bien qu’il quittera l’établissement dès 1838 pour s’inscrire à l’École des beaux-arts de Besançon, dont Flajoulot est justement le directeur. Typiquement bisontin avec sa façade en pierre de Chailluz, le bâtiment jouxte une fontaine du XVIIIe siècle ornée depuis 1899 d’un buste représentant l’un de ses anciens élèves et professeurs : le scientifique Louis Pasteur, célèbre pour son vaccin contre la rage inventé en 1885.
Collège Victor Hugo
8 rue du Lycée, 25000 Besançon
Plus d’informations sur le site du collège Victor-Hugo
Ousmane Sow, Statue de Victor Hugo sur l’esplanade des Droits de l’Homme à Besançon, 2003
Bronze • © Denis Bringard / Hemis
Située depuis 2003 sur l’esplanade des Droits de l’Homme, cette statue en bronze patiné de Victor Hugo consultant sa montre à gousset (en hommage à l’une des spécialités de Besançon, l’horlogerie – que célèbre aussi le musée du Temps, installé dans un ancien palais Renaissance) est l’œuvre du sculpteur sénégalais Ousmane Sow. Courbet admirait beaucoup ce grand écrivain romantique dont il partageait les convictions républicaines, au point de faire référence à son poème « Sara la baigneuse » (1829) dans son tableau Le Hamac (1844). En 1864, il lui écrit pour lui proposer de peindre son portrait (qui ne verra finalement jamais le jour) et le remercier pour Les Châtiments (1853), recueil de poèmes satiriques visant à renverser le régime de Napoléon III. Dans ses notes publiées de manière posthume sous le titre Choses vues en 1887, Hugo se rappelle de Courbet venu assister en 1871 aux funérailles de son fils : « une face énergique et cordiale », qui lui « souriait avec une larme dans les yeux ».
Statue de Victor Hugo
Esplanade des Droits de l’Homme, 25000 Besançon
Sur la place de la Révolution, à deux pas du musée des Beaux-Arts de Besançon, la Buvette du conservatoire, beau et chaleureux bar à vins et à cocktails ouvert en 2020 dans un ancien grenier à blé du XVIIIe siècle, a connu plusieurs fonctions au gré de l’Histoire. Avant de devenir une école de musique (de 1860 à 1968) puis le conservatoire de musique de la ville (de 1968 à 2013), il a abrité à partir de 1837–1838 l’École des beaux-arts de Besançon – l’une des premières de France en dehors de Paris, et celle-là même où a étudié Gustave Courbet, qui fut l’un des tout premiers élèves à y faire ses classes. Inscrit en 1838, il y étudie jusqu’à fin 1839 puis part pour Paris, où il poursuivra sa formation artistique en autodidacte. En souvenir de sa présence en ces murs, l’un des fameux portraits grand format de lui peints en 2019 par l’artiste d’origine chinoise Yan Pei-Ming est accroché bien en vue, histoire de déguster ses tapas en bonne compagnie.
La Buvette du conservatoire
27 rue des Boucheries, 25000 Besançon
Plus d’informations sur le site de la Buvette du conservatoire
Gustave Courbet, L’Hallali du cerf, 1867
Gustave Courbet : réalisme monumental
Ici, pour la dernière fois, Gustave Courbet (1819–1877) utilise le grand format pour une scène de genre. Sur plus de cinq mètres de long, il dépeint une scène de chasse, peuplée de gens du village ordinaires et parfaitement identifiables. La rudesse réaliste : un cerf, attaqué par une meute de chiens de chasse, écroulé sur le sol enneigé, attendant sa mise à mort.
Huile sur toile • 355 × 505 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon • © Musée des beaux-arts et d’archéologie, Besançon – Photo Chipault & Soligny
Installé sur la même place dans une ancienne halle aux grains, le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon possède 23 tableaux de Courbet, dont plusieurs sont exposés ensemble. Parmi eux, un bel autoportrait peint vers 1850 ; Les Paysans de Flagey revenant de la foire (1850) ; l’intrigant portrait d’une voyante au regard intense, intitulé la Somnambule (vers 1855) ; plusieurs paysages, ainsi que sa copie d’un autoportrait de Rembrandt. Veillés par un buste en marbre de Courbet sculpté par Jules Dalou, tous gravitent autour d’une pièce maîtresse : l’Hallali du cerf (1867). Traitée comme une peinture d’histoire, cette scène de chasse hivernale de cinq mètres de long, où la neige est travaillée audacieusement au couteau à palette, est son tout dernier grand format, que certains voient comme une métaphore de l’artiste agonisant, terrassé par les attaques de la critique et du pouvoir politique.
Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon
1 Place de la Révolution • 25000 Besançon
www.mbaa.besancon.fr
Les lettres de Gustave Courbet à sa bien-aimée Mathilde, retrouvées dans le grenier par l’équipe de conservation de la bibliothèque de Besançon, 27 novembre 2024
© Arnaud Finistre / AFP
C’est dans le grenier de ce bâtiment ancien, qui abrite depuis 1818 la bibliothèque municipale de la ville, qu’a été découverte, en novembre 2023, une pile de 116 lettres érotiques et pornographiques enflammées, échangées de 1872 à 1873 entre Gustave Courbet et une arnaqueuse – qui, une fois démasquée, a passé un mois dans une prison bisontine. Restées cachées pendant près de 150 ans, ces missives y font actuellement l’objet d’une petite exposition croustillante jusqu’au 21 septembre, révélant sans pudeur un Courbet plus chaud lapin encore que ne le laissaient deviner ses tableaux le Sommeil et l’Origine du monde (1866). L’occasion de profiter encore un peu de cette bibliothèque historique, avant son déménagement en 2028 dans un édifice neuf – ces lettres brûlantes ayant justement été trouvées à l’occasion de l’inventaire réalisé en vue de ce futur transfert.
Courbet, les lettres cachées. L’histoire d’un trésor retrouvé
Du 21 mars 2025 au 21 septembre 2025
Bibliothèque municipale de Besançon • 1 Rue de la Bibliothèque • 25000 Besançon
memoirevive.besancon.fr
Visite guidée : « Courbet, entre lettres et passion »
Dernières dates : vendredi 12 septembre à 14h30 ; vendredi 19 septembre à 16h.
Plus d’informations sur le site Besançon tourisme
Et dans les environs :
– Le musée Gustave Courbet à Ornans, installé dans la maison natale de l’artiste
– La Ferme Courbet à Flagey : l’ancienne ferme familiale de Courbet aujourd’hui réhabilitée en centre culturel avec expositions, résidence d’artistes, café littéraire et jardin
– Les Sentiers Courbet : huit parcours de randonnée balisés situés à Ornans et dans les environs, permettant de marcher dans les paysages qu’a peints Courbet
Image de Une : Courbet au chien noir (autoportrait), Gustave Courbet, entre 1842 et 1844 © Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
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