Michel filmé par sa nièce et réalisatrice Clara Beaudoux au milieu des champs de tournesols, extrait du documentaire “Beau comme un tracteur”, 2024
© Squawk 2024
« Direction Moisy, un petit village de Beauce. C’est un autre monde à qui l’on ne demande jamais ce qu’il trouve beau. » Citadine pur jus, la journaliste Clara Beaudoux est partie en quête de beauté au cœur de la campagne orléanaise.
Dans une commune située à 150 km de Paris, la quadragénaire a retrouvé Michel, son oncle agriculteur. Lui, « un taiseux », a repris la ferme familiale. Elle, « la fille de la ville », arpente les allées des musées parisiens depuis toute petite. Mais où Michel trouve-t-il de la beauté dans son quotidien ? Voilà la question que s’est posée Clara dans Beau comme un tracteur ; un documentaire impeccable de justesse, loin des préjugés sur la ruralité.
Dans les champs de lavandes ou de tournesols, Clara filme Michel au beau milieu des paysages qu’il aime tant. « Pour lui, c’était d’abord ça le beau », nous confie la réalisatrice au téléphone. Lorsqu’elle commence à filmer en 2019, la jeune femme avance alors à tâtons. Le cap est fixé, mais comment tisser la toile de ce récit, entre portrait et road trip ? L’ancienne journaliste à Radio France trouve petit à petit le fil en reliant « le petit beau et le grand beau », décrit-elle. L’idée ? Créer un dialogue entre une beauté nichée dans les interstices du quotidien et les plus belles œuvres de l’histoire de l’art.
Clara Beaudoux interroge la vision du beau de Michel, son oncle agriculteur dans son documentaire « Beau comme un tracteur », 2024
© Squawk 2024
Dos à une gigantesque pile de meules de foin, Michel paraît minuscule. Aussi massif que doré, le tas d’herbes séchées ressemble à une pyramide de l’Égypte antique. Inévitablement, l’étendue de blé évoque aussi à Clara le tableau de Jean-François Millet, Des glaneuses (1857). « Au XIXe siècle, il a fait scandale dans les salons parisiens. Le travail paysan n’était pas un sujet jugé assez noble. On pouvait lire dans la presse de l’époque : ‘Jean-François Millet est brouillé à jamais avec la beauté’ », raconte-t-elle en voix off. Le mépris pour le monde agricole ne date pas d’hier…
Michel et ses voisins présentent chacun leur tourdes objets qu’ils trouvent beau, extrait du documentaire « Beau comme un camion » de Clara Beaudoux, 2024
© Squawk 2024
Pour filmer Michel en plan fixe, Clara a dû trouver une combine. Elle arrive à le saisir lorsque l’homme se retrouve enfin assis avec son journal derrière une table, positionnée par la réalisatrice en plein air. La conversation continue dans autant de décors que Moisy peut en offrir : près des éoliennes, d’un entrepôt en béton, dans les champs… Ainsi que, bien sûr, au « dépôt de pain », dernier service public existant dans ce village de 340 habitants, qui sert à la fois de poste, d’épicerie et de lieu de rencontre entre les habitants.
Les voisins de Michel se sont même prêtés au jeu du duo, qui leur a proposé de présenter un objet que chacun trouvait beau : une lampe à pétrole héritée par un ancien voisin, la mesure de grains de l’ancienne patronne du café, un fusil légué par un grand-père… L’exposition ressuscite des histoires d’un autre temps. « Finalement, ce qu’il y a de plus beau ce sont les gens », conclut la réalisatrice, qui pense avoir réellement découvert son oncle grâce à ce projet. Acmé de cette nouvelle complicité : la création d’une œuvre sonore dans un hangar, qui dévoile un Michel très à l’aise. Pari réussi pour celle qui voulait « trouver le beau les pieds dans la terre ».
Beau comme un tracteur
De Clara Beaudoux
2024 · 49 min
Diffusion le 19 février sur Arte à 22h25 et déjà disponible sur arte.tv
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