Martin Parr, Autoportrait (détail), Benidorm, Espagne, 1997
Martin Parr Collection • © Martin Parr / MAGNUM PHOTOS
Un vieil homme voûté sur son déambulateur promène son appareil photo sur le bord de mer. « Clic, clac ! », ni vu, ni connu, le voilà qu’il appuie sur le déclencheur… Avant de poursuivre son chemin, impassible. Ce grand dadais souriant, que l’on pourrait aisément confondre avec un touriste tant il se fond admirablement dans ce décor balnéaire, n’est pourtant pas n’importe qui ; il s’agit de l’un des plus importants photographes des XXe et XXIe siècles, Martin Parr (né en 1952) !
Aussi étonnant que cela puisse paraître à en juger par l’immense renommée du photographe, membre de l’agence Magnum depuis 1994, jamais aucun documentaire ne lui avait été consacré. Réalisé par Lee Shulman, « I am Martin Parr, le photographe so British », qui sera diffusé le vendredi 14 février sur France 5, vient réparer cet impair.
Lee Shulman revient avec le photographe sur les lieux où, presque malgré lui, il a bâti sa légende, s’appuyant sur une panoplie de gimmicks visuels immédiatement identifiables.
« À l’âge de 13 ou 14 ans, je voulais devenir photographe. C’est ce qui comptait le plus pour moi », se souvient Martin Parr, âgé de 72 ans, qui malgré la maladie – un cancer lui a été diagnostiqué en 2021 –, n’a pas perdu de vue sa vocation. L’œil toujours braqué sur l’objectif, il ne cesse de porter sur ses contemporains son regard décalé, qui a défié le temps et les bouleversements du monde. Lee Shulman, également connu pour sa formidable collection de photographies anonymes réunies sous le nom de « The Anonymous Project », filme ainsi avec tendresse son compatriote, dont l’œuvre désormais culte n’a pas toujours fait l’unanimité – certaines critiques lui reprochant une forme de cynisme et de moquerie.
Martin Parr, GB. England. New Brighton, 1984
© Martin Parr / Magnum Photos
Depuis plus de 50 ans, cet infatigable chroniqueur de la société britannique porte sur ses compatriotes, qu’ils soient d’origine modeste ou plus aisée, un regard implacable, sinon mordant. Du fin fond du verdoyant Yorkshire, où il a réalisé ses premières séries en noir et blanc, à New Brighton, station balnéaire de la middle class de la région de Liverpool, Lee Shulman revient avec le photographe sur les lieux où, presque malgré lui, il a bâti sa légende, s’appuyant sur une panoplie de gimmicks visuels immédiatement identifiables : un art du cadrage (et surtout du gros plan) parfaitement maîtrisé, une appétence pour les couleurs vibrantes, sinon criardes, et un habile recours à la lumière flash, grâce à laquelle il s’est affranchi de tout académisme.
Martin Parr « a un très grand sens de l’humour et un œil aiguisé pour la culture matérielle de notre époque », résume le truculent Grayson Perry. Comme ce dernier, le photographe Harry Gruyaert, l’ex-directeur de Magnum François Hébel ou encore l’épouse du photographe Susie Parr, témoignent face à la caméra de Lee Shulman qui a aussi enrichi son film de nombreuses images d’archive. Bien qu’un poil classique dans sa forme, « I am Martin Parr » brosse le portrait d’un photographe éminemment drôle et attachant… En bref, profondément humain.
I am Martin Parr, le photographe so British
Par Lee Shulman
Diffusion le 14 février à 23h sur France 5
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi
Télévision
« Beau comme un tracteur » : sur Arte, un docu questionne la notion de beauté dans la campagne orléanaise
TÉLÉVISION
Disparu dans les incendies de Los Angeles, un chef-d’œuvre de Bacon star d’un passionnant documentaire
TÉLÉVISION
De chefs-d’œuvre en folles inventions, plongée dans l’esprit génial de Léonard de Vinci sur Arte