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Week-end culturel

Bucarest, à la hauteur de toutes les démesures

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Publié le , mis à jour le
La saison France-Roumanie a-t-elle piqué votre curiosité ? Des Carpates à la mer Noire, le pays mérite mille week-ends. Alors, autant commencer par la capitale, au patrimoine extravagant mais cabossé.

« Nous avons exporté le désespoir avec Cioran et l’absurde avec Tzara, hélas il nous en reste. » Rien ne résume mieux l’humour désespéré roumain que cette boutade. Oui, Bucarest est une capitale étrange, décriée à tort, suspectée de moult travers que la droiture du regard balaie. Certes son patrimoine est un peu cabossé. Dans cette ville qui fut hier surnommée le Petit Paris, une très forte concentration de bâtiments modernes (1920–1940) accueille le visiteur.

Plus de 250 édifices de style Bauhaus ou approchant s’alignent comme à la parade dans les ruelles ombragées. Un sur quatre est à l’abandon, un sur trois décrépit, un sur deux… magnifique. Dans l’enchevêtrement de ses quartiers, les centres d’art, les galeries, les marchés se bousculent. La saison France-Roumanie qui accompagne le centenaire de la nation roumaine et la présidence roumaine du Conseil de l’Union européenne tombe à pic pour que nous y dirigions nos pas. Bucarest est à moins de trois heures de Paris et le temps d’un week-end peut suffire à s’imprégner de ses nombreux musées et monuments, certains superbes, d’autres symboles d’une époque de dictature kitsch et terrifiante.

Splendide édifice 1900 situé Calea Victoriei, l’une des plus belles avenues de Bucarest, le musée George Enescu occupe le palais Cantacuzino et honore la mémoire du compositeur et violoniste roumain.
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Splendide édifice 1900 situé Calea Victoriei, l’une des plus belles avenues de Bucarest, le musée George Enescu occupe le palais Cantacuzino et honore la mémoire du compositeur et violoniste roumain.

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© Andrei Stanescu / Alamy / Hemis

Jour 1 – 10 h. Iconique Musée national

Non content d’aligner quatorze Brancusi de jeunesse réalisées par le sculpteur avant son départ pour Paris, le musée national d’Art, installé dans l’ancien palais royal, expose des collections européennes qui valent le détour. Des Greco, Tintoret, Rembrandt, Rubens, Monet, Vlaminck, Brauner, voilà qui n’est déjà pas si mal, mais ce ne sont pas là les seuls trésors de cet édifice riche en escaliers d’apparat, lustres et pâtisseries. Les collections d’art roumain ancien sont exceptionnelles : icônes byzantines, travail de la perle, tapisseries…

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Muzeul Naţional de Artă al României (MNaR)

14 h. 350 000 m2 de pur style néo-classique stalinien

Comme si le palais du Parlement n’était pas assez grand, le Mnac s’est installé dans une extension !
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Comme si le palais du Parlement n’était pas assez grand, le Mnac s’est installé dans une extension !

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© Marco Taliani de Marchio / Alamy / Hemis

Il serait regrettable de passer à côté des vestiges de l’ère Ceaușescu. L’extravagance du Conducător a donné naissance, on le sait, au plus vaste palais d’Europe. Gigantesque construction néoclassique, l’ex-Maison du peuple est encore considérée comme le second bâtiment administratif au monde après le Pentagone… Aujourd’hui rebaptisée palais du Parlement, elle accueille la Chambre des députés et le Sénat ainsi que le musée national d’Art contemporain.

Ici, le XXXL est de rigueur et la quantité, assurément, écrase la qualité. Qu’importe ! La visite s’impose car ce n’est pas tous les jours que l’on peut mesurer avec ses pieds ce que l’alliance de l’architecture et de la dictature peut produire. Au jugé, 1 100 pièces, des kilomètres de planchers, de tapis, de marbre et de couloirs, et des terrasses d’où l’on peut admirer la construction en cours d’une gigantesque église orthodoxe sur ce qui fut avant guerre le quartier juif, occupé ensuite par les Roms et devenu un marché aux fleurs. On ajoutera avec bonheur la visite plus intime (quoique) des appartements privés des époux Ceaușescu, la villa Primăverii (« Printemps »), boulevard Primăverii (sector 1). Décoration excessive de ce qui dût être à l’époque l’apogée du confort moderne.

Un million de mètres cubes de marbre extraits de la région de Rușchi, en Transylvanie, auront été nécessaires pour bâtir la mégalomaniaque Maison du peuple, rebaptisée palais du Parlement après la chute de Ceaușescu, en 1989.
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Un million de mètres cubes de marbre extraits de la région de Rușchi, en Transylvanie, auront été nécessaires pour bâtir la mégalomaniaque Maison du peuple, rebaptisée palais du Parlement après la chute de Ceaușescu, en 1989.

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© Marco Taliani de Marchio / Alamy / Hemis

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Muzeul National de Artă Contemporană (Mnac)

17 h. Design bipolaire

La librairie Cărturești Carusel, en pleine vieille ville (strada Lipscani 55), et son café au 4<sup>e</sup> étage.
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La librairie Cărturești Carusel, en pleine vieille ville (strada Lipscani 55), et son café au 4e étage.

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© Walter Bibikow / Getty

Deux nouveaux quartiers concentrent les boutiques les plus hype. Ici les fans de design, les startupers et les férus d’artisanat revu et corrigé trouveront leur bonheur. Dans le District 40, restaurants et boutiques voisinent entre la rue Mihai Eminescu et les boulevards General Gheorghe Magheru et Carol Ier (sector 1). Autre pôle de référence, tout le quartier s’épanchant autour de la galerie-café Institute. Celle-ci a mis en place un véritable écosystème spécialisé dans le design, la publicité, l’architecture… Ses membres aident de nombreux confrères à se faire connaître. Il s’y passe toujours quelque chose.

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The Institute

Jour 2 – 11 h. Du Petit Paris à Little New York

Bucarest, qui fut surnommé le Petit Paris entre les deux guerres, a vu nombre de ses édifices rasés, détruits, mutilés. L’érection de tours a conduit certains critiques à parler de « Little New York » avec un certain cynisme. Il est vrai que les destructions organisées par Nicolae Ceaușescu ont eu pour corollaire l’installation en ville, dans les immeubles nouvellement édifiés sans grâce, de populations déracinées. Conséquence : le sentiment d’appartenance à la ville est faible. On ne se sent pas bucarestois comme on peut se sentir parisien ou marseillais. Pour ceux que la défense du patrimoine intéresse, le meilleur est encore de contacter l’organisation indépendante Arcen.info (+40 729 219 349). Ses membres organisent des visites de la ville et savent tout des menaces, de la corruption et des combines qui pèsent sur ses édifices et comment les sauver. Le site est en roumain mais ses membres parlent généralement anglais ou français.

À deux pas de la brasserie historique Caru’cu bere, et entre l’église orthodoxe orientale du monastère Stavropoleos et le musée national d’Histoire, une des rues piétonnes du quartier de Lipscani, qui déborde de restaurants, boutiques et musées.
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À deux pas de la brasserie historique Caru’cu bere, et entre l’église orthodoxe orientale du monastère Stavropoleos et le musée national d’Histoire, une des rues piétonnes du quartier de Lipscani, qui déborde de restaurants, boutiques et musées.

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© Andrea Pistolesi / hemis.fr

17 h. Pour mieux comprendre le passé récent de la Roumanie

Le MARe, musée d’Art récent de Bucarest, vient d’ouvrir ses portes. Réalisé par l’excellent architecte libanais Youssef Tohmé, il s’est installé dans ce qui fut la résidence d’Ana Pauker, ministre des Affaires étrangères de 1947 à 1952. Institution privée, cet établissement de 1 200 m2 vise à ne présenter que des artistes nationaux. Pourtant, dès l’ouverture, des œuvres du Canadien Jeff Wall se mêlent aux collections. Dans sa structure élégante de briques sombres, le bâtiment est pour le moment presque plus intéressant que les collections qu’on peut y découvrir. Toutefois, la visite en est recommandée car on peut y saisir comment l’art roumain fut tenaillé par les exigences du parti communiste au pouvoir et comment une dissidence, religieuse en particulier, put s’y développer.

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Muzeul de Artă Recentă (MARe)

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Y aller

Vols directs depuis Paris par Air France et Tarom, depuis Nice par Blue Air et Tarom.

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Où dormir ?

Rembrandt Strada Smardan 11 • Sector 3

+ 40 21 313 93 15 • http://rembrandt.ro

Un boutique-hôtel impeccable de 16 chambres, dont une avec balcon et vue sur les toits du vieux Bucarest. À partir de 58 €.

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Où manger ?

Maize Strada Paris 61A • Sector 1 • 3e étage

+40 745 211 234 • https://maize.ro

Excellente table d’Alex Petricean (ex-Noma), élu chef de l’année par le Gault & Millau Roumanie.

Caru’ cu bere Strada Stavropoleos 5 • Sector 3

+40 726 282 373 • www.carucubere.ro

Une brasserie traditionnelle de plus de 130 ans dotée d’un extraordinaire décor néogothique.

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En savoir plus

Tout savoir sur la saison France-Roumanie : www.saisonfranceroumanie.com

Retrouvez toutes nos destinations dans le supplément le Guide des voyages culturels 2019 offert avec le numéro de mars 2019.

Retrouvez dans l’Encyclo : Bauhaus

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