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Le Talisman (1888) de Paul Sérusier (1864–1927) est l’un des chefs-d’œuvre du musée d’Orsay qui le prête pour plusieurs mois au musée de Pont-Aven et co-organise une exposition autour de cette petite huile sur bois. Petite certes (27 centimètres de haut !) mais extrêmement importante, puisqu’elle constitue le témoignage brut de l’école de Pont-Aven. Paul Sérusier a réalisé ce paysage sur le motif, rapidement, en ayant à l’esprit les conseils de Gauguin qui séjournait cette année-là à Pont-Aven. Une analyse scientifique détaillée accompagne l’œuvre, éclairant certains détails : l’œil attentif détectera ainsi les traces de doigts du peintre sur la peinture en aplats. Un peu plus loin, de nombreux portraits de peintres nabi témoignent de la communion artistique et de l’amitié qui les liait. Cela jusque dans le choix des thèmes : une salle, la plus belle, est dédiée aux représentations de forêts mystiques. Le parcours se termine sur un audacieux parallèle entre l’abstraction de Kandinsky et l’appétit de Sérusier pour l’étude des couleurs : brillant.
Paul Sérusier, Le Talisman, L’Aven au Bois d’Amour, 1888
Huile sur toile • 27 × 21 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN – Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski / presse
Le Talisman de Paul Sérusier, une prophétie de la couleur
Du 30 juin 2018 au 6 janvier 2019
Musée de Pont-Aven • Place Julia • 29930 Pont-Aven
www.museepontaven.fr
Mais pourquoi les artistes sont-ils si nombreux à être tombés sous le charme de Pont-Aven ? Encore aujourd’hui, les ateliers et les galeries d’art pullulent dans les petites rues de la ville ! Une balade peut répondre à votre question : à une dizaine de minutes à pied du musée, le bois d’Amour, ainsi nommé parce qu’il accueillait autrefois les amoureux sans toit, côtoie le cours de l’Aven et entoure la ville. De nombreux panneaux illustrés y sont répartis, permettant de situer les lieux de création ou d’inspiration de toiles de Gauguin, Sérusier et leurs confrères. Les petites bourses y verront un lieu de pique-nique absolument parfait, à deux pas des plus belles maisons de la ville, avec pour fond sonore la musique légère de la rivière. Un paradis.
Le Bois d’Amour, Pont-Aven
© Franck Guiziou / hemis.fr
Continuons sur les traces des peintres de Pont-Aven en grimpant jusqu’à la chapelle Notre-Dame de Trémalo, à une quinzaine de minutes à pied de l’entrée du bois d’Amour. C’est ici que Gauguin dénicha le « Christ jaune » qui lui inspira plusieurs toiles, dont un célèbre autoportrait. On découvre avec émotion le crucifix portant le corps rigide du Christ mort, tête penchée, raide et modeste, dont on connaît par cœur la silhouette. La chapelle est elle-même jolie en tout point : construite au XVe siècle dans un style gothique, son toit descend presque jusqu’au sol et ses poutres sont sculptées de têtes monstrueuses. Cette chapelle appartient à un propriétaire privé et ce sont les voisins qui, chaque matin et chaque soir, ouvrent et ferment sa porte d’entrée.
La Chapelle de Tremalo (à gauche) et le Christ jaune, Pont-Aven
© Emmanuel Berthier / hemis.fr © Hervé Hugues / hemis.fr
Chapelle Notre-Dame de Trémalo
Trémalo • 29930 Pont-Aven
Un petit creux ? Retournons en ville, où les salons de thé et restaurants (certains avec terrasse sur l’Aven et vue sur le bois d’Amour !) ne manquent pas. Mais pourquoi pas ensuite s’échapper de cette ville-musée où affluent les touristes ? À une trentaine de minutes en voiture, Quimper offre bien des promesses… Passez-y votre fin de journée.
Quimper et la rivière de l’Odet
© Andrea Pistolesi / hemis.fr
Le centre-ville de Quimper est organisé autour de l’Odet, un joli fleuve ponctué de ponts très fleuris. Immédiatement, le flâneur se rend compte que la ville cultive avec un soin tout particulier ses jardins, ses promenades de fleurs et ses arbres. Certains sont même enveloppés de couvertures tricotées, qui ajoutent de la couleur et de la fantaisie à cette balade au bord de l’eau. On s’arrêtera notamment au jardin pédagogique situé dans le quartier des théâtres. S’y trouvent la salle historique Max Jacob, héros surréaliste de la ville (une salle émouvante lui est consacrée au musée des Beaux-Arts), le Très Tôt Théâtre (destiné aux enfants) et le Novomax (une vaste salle de concerts). Le programme de la soirée est ainsi écrit : promenade dans les reliefs à l’Anglaise du jardin pédagogique, dîner en terrasse à deux pas et spectacle. Classe.
Rue Kéréon et la cathédrale Saint-Corentin à Quimper
© René Mattes / hemis.fr
Théâtre Max-Jacob
Ouvert du lundi au vendredi de 13 h 30 à 19 h 00 et les jours de spectacle de 13 h 30 à 20 h 30
Boulevard Dupleix • 29000 Quimper
www.theatre-cornouaille.fr
Novomax
Ouvert du lundi au samedi de 16 h à 23 h et le dimanche de 14 h à 20 h
2 Boulevard Dupleix • 29000 Quimper
www.lenovomax.bzh
Après un passage dans la cathédrale gothique de la ville (sublime avec ses flèches culminant à 75 mètres), il est grand temps de découvrir le très beau musée des Beaux-Arts, situé tout à côté. Celui-ci compte une distrayante collection de peintures réalisées à la fin du XIXe siècle par des Parisiens fascinés par les paysages, les légendes et les traditions bretonnes. Un exotisme de pacotille habite ces toiles immenses, où des Bretonnes en coiffes blanches côtoient des illustrations outrées de la légende du roi Gradlon. Un peu plus loin, une salle dédiée à un prêt exceptionnel fait écho à notre visite de Pont-Aven : Bonjour, monsieur Gauguin (1889) de Paul Gauguin est l’un des chefs-d’œuvre de la Galerie nationale de Prague. Il retrouve pour quelques mois son Finistère d’origine, entouré d’une bonne collection de peintures de l’école de Pont-Aven.
Musée des Beaux-Arts de Quimper
© René Mattes / hemis.fr
Au rez-de-chaussée du musée, place à l’exposition temporaire consacrée à Jean Le Moal (1909–2007). Un artiste oublié, à qui l’on n’avait pas offert de rétrospective depuis 50 ans, et qui pourtant travailla toute sa vie une peinture non-figurative ambitieuse. De ses années de formation à ses toutes dernières toiles en passant par ses vitraux et ses copies des maîtres du musée du Louvre, le parcours explore l’œuvre d’un artiste qui n’a appartenu à aucun mouvement, malgré une sensibilité politique certaine (en témoigne sa Paix malade de 1936, aux couleurs habitées de tristesse). L’exposition s’arrête également sur sa femme, Juana Muller, une sculptrice chilienne qui s’est suicidée à 41 ans, et dont quelques petits formats sont exposés aux côtés des grandes toiles de son mari : bouleversant, modeste, noble. Un masque aux yeux fermés, un tout petit totem en albâtre, un bois marqué de mille empreintes… C’est elle, finalement, qui nous hantera au sortir du musée.
Bonjour Monsieur Gauguin
Du 16 juin 2018 au 30 septembre 2018
Musée des Beaux-Arts de Quimper • 40 Place Saint-Corentin • 29000 Quimper
www.mbaq.fr
Jean Le Moal
Du 9 juin 2018 au 17 septembre 2018
Musée des Beaux-Arts de Quimper • 40 Place Saint-Corentin • 29000 Quimper
www.mbaq.fr
Le patrimoine historique de Quimper ? La faïence ! On file au musée qui lui est dédié, légèrement à l’écart du centre-ville, pour flâner dans sa jolie muséographie inondée de lumière. Assiettes figuratives, figures pittoresques, vases peints : l’ensemble est d’un charme fou et, encore une fois, porte haut les couleurs d’une identité bretonne affirmée. Ce n’est pas Jeanne Malivel (1895–1926), à qui est consacrée une courte exposition, qui dira le contraire : elle fut l’une des artistes modernes les plus convaincues qu’il était urgent de redéfinir l’art breton, dans un début de XXe siècle de plus en plus académique et global. Finies les « bignouseries » pour Parisiens en mal de Bretagne, affirmait-t-elle, entourée d’un groupe d’artistes tout aussi revendicateurs. Elle s’attaquait à tout : tissus, mobilier, vaisselle, jeux, arts graphiques… Quelle ambition !
Jeanne Malivel, Plat à décor géométrique provenant du « Service à facette » ou « Service octogonal » réalisé pour l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, 1925
Faïence et décor de grand feu peint sur émail cru • 3,3 × 22,2 × 35 cm • Coll. particulière • © Photo Bernard Galeron
Jeanne Malivel, pionnière de l’art moderne breton
Du 16 avril 2018 au 29 septembre 2018
Musée de la Faïence de Quimper • 14 Rue Jean Baptiste Bousquet • 29000 Quimper
www.musee-faience-quimper.com
Retour en centre-ville, avec une surprise : sur l’esplanade François Mitterrand, l’artiste chinois Liu Ruo Wang a installé 95 loups en bronze. Ceux-ci sont trapus, corps tendus, et montrent les crocs à un guerrier à l’épée dressée. L’idée ? Représenter la menace que représente selon lui le gouvernement chinois. L’artiste a commencé l’œuvre en 2007, date à laquelle une politique de démolitions d’habitations était engagée à travers toute la Chine. Le titre de l’œuvre ? Les loups arrivent… Dans cette petite ville bretonne qui se trouve, pour lui, au bout du monde, l’installation monumentale formule une invitation radicale à la liberté. Qui aurait cru que c’est à Quimper, la bourgeoise aux rues fleuries, qu’on prendrait une telle leçon ? Et pourtant !
Liu Ruo Wang, Les loups arrivent au bout du monde, 2018
Bronze • Quimper, Esplanade François Mitterrand. • © DR
Les loups arrivent au bout du monde
Liu Ruo Wang
Du 13 avril au 29 juillet 2018
Esplanade François-Mitterrand • 29000 Quimper
Comment s'y rendre ?
Pour aller à Pont-Aven : s’arrêter à Quimper (3 h 50 de trajet) et poursuivre en voiture (30 minutes de trajet) ou en bus, compagnie Viaoo29, bus 43/47 (1 heure de trajet)
Pour aller à Quimper : train direct de Paris-Montparnasse
Où se loger ?
Hôtel Gradlon
30 rue de Brest • 29000 Quimper
Chambre à partir de 85 euros
Jolie terrasse dans la verdure et chambres confortables pour cet hôtel de charme situé à deux minutes de la cathédrale.
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