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65 000 tableaux au rythme de 12 toiles par seconde, 70 faussaires au travail, 125 animateurs recrutés dans toute l’Europe et sept années de travail. La Passion Van Gogh, très attendu, est un projet fou mené par Dorota Kobiela et Hugh Welchman, le premier long-métrage entièrement peint à la main, à la manière du maître. À sa source, ce courrier de l’artiste adressé à son frère Théo : « Nous ne pouvons parler qu’à travers nos peintures. » De La Nuit étoilée aux portraits du Dr Gachet et de la famille Roulin − incarnés par de véritables acteurs tels que Saoirse Ronan et Aidan Turner avant que leurs images ne soient retraitées en peinture −, 120 chefs-d’œuvre du génie tourmenté s’animent et se mêlent quasi naturellement aux flashbacks en noir et blanc et aux scènes d’Arles, Paris et Auvers. Le tout dans une enquête minutieuse et passionnée reconstituant l’énigme de sa mort. Bluffant.
La Passion Van Gogh (Loving Van Gogh), 2017
de Dorota Kobiela et Hugh Welchman
Film britannico-polonais, 1 h 34
En salles le 11 octobre.
Quand le grand Miyazaki lève son pinceau, c’est pour mieux revisiter l’ukiyo-e, l’art traditionnel et populaire de l’estampe à l’époque Edo. Ponts, arbres, chasse aux lucioles… On reconnaît autant de paysages d’Utamaro et de fantômes d’Hokusai dans Le Voyage de Chihiro que de scènes d’Hiroshige dans Mon Voisin Totoro, où la pluie japonaise tombe à verse. L’intention est la même des deux côtés : capturer la magie de la nature. Plus fidèle aux images de l’époque encore, son comparse Takahata, second pilier des studios Ghibli, s’essayera même à l’art délicat de l’estampe animée dans Le Conte de la princesse Kaguya (2013).
Le voyage de Chihiro emprunte ici de façon évidente la composition symétrique et le motif du pont vu en perspective employés par l’artiste Utagawa Kunikazu au XXe siècle.
© DR. Coll. Christophel © Studio Ghibli
Le Voyage de Chihiro, 2002
de Hayao Miyazaki
Film japonais, 2 h 02
Lorsqu’un couple américain pénètre dans la chapelle du château de Vallauris, les allégories de La Guerre et de La Paix de Picasso s’affrontent dans un ballet explosif animé par le couple John et Faith Hubley et rythmé par la BO de Michel Legrand. L’improbable séquence, tirée du film méconnu The Picasso Summer (1969) qui s’inspire d’une nouvelle de Ray Bradbury, met les angoisses du peintre à vif pour mieux rendre hommage à son combat pour la paix. La colombe, le papillon et la ronde de la jeunesse, dessins qu’il déclinera pour dénoncer les guerres du Viêtnam et de Corée, font (heureusement) triompher l’espoir dans cette fresque de 1952 où la couleur se fait violente, les larmes de sang et les feux d’artifice en plus. Épileptiques s’abstenir !
The Picasso Summer, 1969
de Robert Sallin
Film américain, 1 h 30
Le point commun entre le père de l’art naïf et les animaux stars de Dreamworks ? Tous rêvaient la vie sauvage depuis leur cocon bien tranquille. Pour Henri Rousseau, le Jardin des Plantes. Pour les autres, le zoo de Central Park. Si Tex Avery se devine derrière les grimaces des héros de Madagascar, ce sont bien les jungles luxuriantes du Douanier qu’ont voulu imiter les équipes du studio d’animation. « Les jungles qu’on voit dans les films sont souvent oppressantes, explique Kendahal Cronkite, directrice artistique. Il nous fallait une jungle exotique, accueillante et colorée. » Un univers qui a également inspiré Michel Ocelot pour le flamboyant Kirikou et la sorcière (1998).
On retrouve dans Madagascar la jungle luxuriante qui envahit les toiles du Douanier Rousseau, mais également la même façon de styliser la figure du lion.
En haut, Henri Rousseau, Le rêve, 1910, huile sur toile, 204 × 298 cm
Coll. Museum of Modern Art, New York / © akg-images. © Mary Evans / Aurimages.
Madagascar, 2005
de Eric Darnell et Tom McGrath
Film américain, 1 h 26
En 1946, Dalí trouve une âme sœur inattendue en Walt Disney, qu’il cite parmi les trois grands surréalistes d’Hollywood. De leur collaboration − deux mois de développement − naît Destino, court-métrage singulier contant l’amour impossible entre le dieu Chronos et une mortelle. Abandonnées suite à l’explosion du budget, déjà maigre au sortir de la guerre, les 15 secondes d’animation produites sont sauvées et complétées en 2003 par l’équipe du studio Disney de Montreuil. Le résultat ? Un film de six minutes mêlant 2D et animation par ordinateur, au final plus dalinien que disneyen. Et le subconscient du peintre devint poésie pure.
Destino, 2003
de Dominique Monféry, scénario de Salvador Dalí et John Hench
Court-métrage franco-américain, 6 min
Walt Disney n’a jamais caché sa fascination pour Gustave Doré et les enluminures des Très Riches Heures du duc de Berry, influences directes de Blanche-Neige et les sept nains et La Belle au bois dormant. Mais rien, dans sa filmographie, ne fut plus arty que l’OVNI Fantasia, précis de musique classique doublé de géniales réinterprétations d’œuvres familières. Derrière le démon de la séquence « Une Nuit sur le mont Chauve », ce sont les forêts torturées du peintre allemand Caspar David Friedrich qui s’animent. Derrière les satyres et les licornes de la Symphonie pastorale, l’exubérance de l’Art nouveau. Mais la palme revient à cette séquence atypique où s’enchaînent les formes abstraites d’Oskar Fischinger sur une musique de Bach.
Fantasia, 1940
de Walt Disney Productions
Film américain, 2 h 05
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À gauche: Utagawa Kunikazu, Le Pont Tamae-bashi, vers 1850–1860, estampe