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MODE

Du Louvre-Lens à la Fashion Week : le vêtement de travail, nouvelle tendance de la mode

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Publié le , mis à jour le
Du Louvre-Lens qui met en scène ce printemps, dans un parcours de 200 œuvres, la tenue des artistes dans une grande expo aux podiums de la Fashion Week, le bleu de travail fait un retour en force telle une armure unisexe.
George Achille-Fould, Rosa Bonheur dans son atelier [détail]
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George Achille-Fould, Rosa Bonheur dans son atelier [détail], 1893

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© akg-images / Fine Art Images / Heritage Images

Sur les podiums printemps-été 2025, le vêtement de travail (workwear) a refait son apparition, comme un charme. De la robe inspiration tablier d’Hermès à la combinaison immaculée de Chanel, la garde-robe fonctionnaliste reprend du galon. Popularisé par Coluche, apparu sur scène en salopette Lafont en 1974, puis par agnès b. – première à revisiter le pantalon de peintre, la veste de serveur et la combinaison de mécano –, le workwear compte parmi les nouvelles mythologies d’une époque en quête de sens.

La veste de travailleur, dite « chore jacket » ou « coltin », triomphe aujourd’hui en version cachemire aux poches plaquées, chez AMI ou Officine Générale. Elle s’impose comme le nouvel uniforme des free-lances et des télétravailleurs qui l’utilisent en surchemise pour aller boire leur matcha latte sur leur bicyclette griffée. Le label Bleu de Chauffe remet à l’honneur la besace de postier, Kidur réinvente la veste cheminot dite « Train ». Le Minor (entreprise fondée en 1936 et rachetée en 2018) coiffe les urbains de bonnets de goémonier bigouden. Dans les années 1970, les Germanopratins arboraient la veste « Lénine » de Renoma (1968), portée par James Brown à l’Olympia, et, plus tard, la veste « Multipoches » (1979) chère à Andy Warhol et vendue à plus de 150 000 exemplaires.

Faire vrai

La salopette Lafont et la combinaison de charpentier se présentent aujourd’hui dans une version plus androgyne que mâle alpha.

À l’heure où l’intelligence artificielle multiplie ses outils, l’imagination reconquiert le territoire fantasmé de la réalité. Faire vrai. Retrouver ses racines, comme on achète couteaux d’office, éponges en fibre naturelle, presse-purée en inox, jouets de bois « du siècle dernier » et savons en poudre dans les temples des articles ménagers qui ont éclos en nombre dans la capitale, en province et en ligne en moins de dix ans (L’Amour fou, La Trésorerie, Landline…).

Est-ce un hasard si la plupart des vêtements de travail ont été créés par des fabricants français ? Dans un Hexagone en proie à la désindustrialisation, les icônes telles que la salopette Lafont (1844) et la combinaison de charpentier (1896) se présentent aujourd’hui dans une version plus androgyne que mâle alpha, tandis que Dior propose une « veste classique workwear en toile flammée », certes plus discrète que la parka de chantier réversible de Balenciaga (2021) au dos patché d’un gros « BLNCG ».

Le vêtement de l’artiste exploré au Louvre-Lens

Ancrée dans l’héritage maison, alliant esthétique et fonction, une combinaison signée Hermès, créée par Nadège Vanhée, prêt-à-porter printemps-été 2025
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Ancrée dans l’héritage maison, alliant esthétique et fonction, une combinaison signée Hermès, créée par Nadège Vanhée, prêt-à-porter printemps-été 2025

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© Photo Filippo Fior

Armure pour la vie quotidienne, le vêtement de travail est un gage de protection. Unisexe, il adresse en outre un message de bonne santé et signifie par sa robustesse l’adaptabilité, l’endurance, la durabilité à toute épreuve. Il fut un temps où à chaque profession correspondait une tenue ad hoc. À Paris, en 1905, Henry Honnet, employé de commerce, fondait même sa boutique « À l’Ouvrier », boulevard de la Villette, fournissant notamment aux manutentionnaires de l’hôtel Drouot la veste « Savoyard ». Aménagé depuis 2022 rue de Turenne, le « concept-store du vêtement de travail » prolonge la tradition sous l’enseigne « À l’O » : authentiques cabans de marin Le Glazik, vestes « À l’Ouvrier » en moleskine ancestrale.

Ce printemps, c’est au Louvre-Lens que l’exposition « S’habiller en artiste – L’artiste et le vêtement » met en scène et questionne à travers un parcours de 200 œuvres les atours des peintres, sculpteurs et plasticiens. Entre la blouse de Corot, le chapeau en feutre de Rembrandt, la veste de Foujita ou les tenues liées à l’atelier, salopettes, combinaisons et négligés y sont à l’honneur. En beige ou en noir et équipée de poches larges pour pinceaux et crayons, la fameuse « blouse de peintre » que l’on retrouve dans le portrait de Rosa Bonheur par George Achille-Fould fait partie des classiques de la Maison Empereur (1827), à Marseille, qui la propose en ligne, parmi les brosses pour grille de barbecue, les chapeaux chouans, les suroîts jaunes et les paniers vendéens. Sans peur et sans complexe, la société du divertissement permanent pousse le paradoxe jusqu’à faire du vêtement de travail un nouvel étendard du goût.

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S’habiller en artiste. L’artiste et le vêtement

Du 26 mars 2025 au 21 juillet 2025

www.louvrelens.fr

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