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Vue d’ambiance avec le guéridon E-1027 d’Eileen Gray commercialisé aujourd’hui par la marque ClassiCon
Manufacturer ClassiCon authorised by The World Licence Holder Aram Designs Ltd. / Photo Elias Hassos
Portrait d’Eileen Gray
© Signal Photos / Alamy / Hemis
Élégante, aérienne, transparente… La table E-1027 conjugue modernité des matériaux (l’acier et le verre) et charme absolu grâce à son allure symétrique et son plateau circulaire. Elle se règle en hauteur – variant entre soixante centimètres et un mètre – en étirant tout simplement la tige verticale puis en glissant la petite chaînette à l’écart souhaité. C’est l’accessoire rêvé des grasses matinées : on y pose son croissant et son jus de fruit le dimanche matin, encore couché. Une idée provenant de l’une des sœurs de la designer, férue de petits-déjeuners au lit. En 1927, l’esprit chill était déjà bien en vogue…
Vue extérieure de la villa E-1027 par Eileen Gray assistée de Jean Badovici
© Centre des Monuments Nationaux / Photo Benjamin Gavaudo
Surtout au bord de la mer, loin de la cohue parisienne. Pour sa villa de Roquebrune-Cap-Martin, dans les Alpes-Maritimes, Eileen Gray, créatrice irlandaise vivant en France depuis déjà vingt ans, a dessiné les plans durant plus de trois ans, conçu tous les espaces jusqu’au moindre meuble et luminaire en collaboration avec son compagnon l’architecte Jean Badovici. Résultat : c’est un formidable condensé des principes de Le Corbusier composé de pilotis, d’un toit-terrasse ou encore de fenêtres en bandeau. Un cocon ultra-moderne aux allures de navire, qui appelle au farniente grâce à ses inscriptions sur les murs : « Beau temps », « L’invitation au voyage », « Oreillers » ou « Pyjamas ». Ici, le stress n’est pas admis.
Eileen Gray, Table E-1027, vers 1925
Commercialisé aujourd’hui par ClassiCon • Manufacturer ClassiCon authorised by The World Licence Holder Aram Designs Ltd. / Photo Felix Holzer
C’est donc dans cette relaxante villa baptisée E-1027, qu’apparaît officiellement le fameux guéridon au même nom de code : E pour Eileen, 10 pour Jean (J étant la dixième lettre de l’alphabet), 2 pour B (Badovici) et 7 pour G (Gray). Mais en réalité, Eileen Gray avait imaginé cet objet bien avant la construction de sa demeure, puisqu’un premier prototype s’exposait déjà dans sa galerie parisienne Jean Désert deux ans auparavant, en 1925… soit la même année durant laquelle l’acier tubulaire a fait irruption dans le monde du design avec la chaise Wassily de Marcel Breuer, une merveille en métal plié. La preuve de son regard précurseur et téméraire.
Planche tirée du numéro spécial de la revue d’avant-garde architecturale « L’Architecture Vivante », intitulé « Maison en bord de mer, E-1027 », 1929, numéro 26
© Christie’s Images / Bridgeman Images / © Eileen Gray
Pour la designer, l’utilisation de l’acier tubulaire est un tournant majeur. Jusque-là réservé aux hôpitaux et à l’armée, ce matériau, si facile à courber, lui permet de concevoir le pied circulaire de son guéridon (idéal pour se glisser sous un sommier), et sa structure réglable en hauteur… Une innovation qui dénote avec ses « paravents en laque, meubles en laque, meubles en bois, tentures, lampes, divans, glaces, tapis » vendus dans sa galerie de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Depuis cinq ans, elle y redouble d’inventivité en concevant sa scénographie comme une véritable expérience sensorielle, et en proposant des services d’aménagement d’intérieur et de décoration… Mais son travail ne suscite aucun éloge. Il faudra attendre les années 1970 pour que des spécialistes redécouvrent ses œuvres, et que la compagnie londonienne Aram Design veuille bien les produire en série.
Vue d’ambiance de deux guéridons E-1027 par Eileen Gray commercialisé aujourd’hui par la marque ClassiCon
Manufacturer ClassiCon authorised by The World Licence Holder Aram Designs Ltd. / Photo Mark Seelen
Aujourd’hui, c’est la marque allemande ClassiCon qui en a repris les droits exclusifs et commercialise l’Adjustable Table E-1027, avec une structure chromée ou noire, et un plateau gris fumé ou verre de cristal. À défaut de ne pouvoir se la procurer (son prix s’élève à plus de 700 euros), il sera possible de l’admirer dans son décor d’origine, à la villa de Roquebrune gérée par le Centre des monuments nationaux (CMN). L’occasion de se ressourcer en bord de mer et de goûter au vent de liberté auquel aspirait cette designer bourrée d’audace, dont certaines œuvres atteignent désormais des prix faramineux : en 2009, son étonnant fauteuil aux dragons dessiné entre 1917 et 1919 est devenu le deuxième meuble le plus cher de l’histoire, cédé à 21,9 millions d’euros aux enchères ! Une belle revanche pour cette créatrice reconnue (trop) tardivement.
Où se la procurer :
Villa E-1027
Réouverture en avril 2023
Sentier Massolin • 06190 Roquebrune-Cap-Martin
capmoderne.monuments-nationaux.fr
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