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Jacques Dupin, Face à Giacometti, 2022
Jacques Dupin (1927–2012) a 26 ans lorsqu’il se rend pour la première chez Alberto Giacometti (1901–1966). C’est son rédacteur en chef, le fondateur de la revue Cahiers d’art Christian Zervos, qui l’envoie pour un projet d’article… Texte qui sera le premier d’une longue série. Car Jacques et Alberto s’apprécient immédiatement. Par la suite, le premier se rend dans l’atelier du second une à deux fois par semaine, fou amoureux de cette « cave aux trésors » bordélique, et ce jusqu’à la disparition du sculpteur. Pour un hors-série de Télérama, pour des catalogues d’exposition ou encore pour la monographie que lui commande Aimé Maeght, Jacques Dupin multiplie les écrits, singulièrement habités, sur son ami. Ils sont réunis dans ce recueil de poche d’un peu plus de 200 pages, une ode singulière et exigeante à l’art de Giacometti.
Sandrine Andrews, Big bang art, 2022
C’est une expérience commune à tous les amateurs d’art : grimacer, dans un musée, en entendant un visiteur un peu trop malin déclarer qu’un enfant pourrait faire la même chose que Picasso ou Pollock. Aïe ! Que répondre aux préjugés et certitudes trop rapides ? Sandrine Andrews s’y emploie brillamment dans cet ouvrage très coloré, que l’on prêtera volontiers aux ados et aux copains réfractaires. Pour s’attaquer à 20 idées reçues bien connues (« L’art, c’est forcément beau », « L’art abstrait, ça n’a pas de sens », « Le street art salit tout » ou encore « Tous les grands artistes sont fous, pauvres et maudits »), l’autrice multiplie les astuces visuelles, imaginant le CV d’Ingres, multipliant les micro-analyses d’œuvres et glissant par-ci par-là quelques blagues. L’ensemble est ludique mais intelligent, les idées reçues offrant l’occasion, comme des sujets du Bac, de fructueuses réflexions sur l’art et son histoire.
Daniel Schick, Le Grand Baobab bleu, 2022
Vous avez peut-être déjà entendu sa voix sur les ondes : journaliste chez RFI, France Info ou encore Europe 1, Daniel Schick est un homme de culture hyperactif, qui a fait venir des chefs-d’œuvre sur le plateau de Laurent Ruquier, a exposé à la Maison européenne de la photographie, a initié le festival « Paris en toutes lettres » ou encore réalisé des films autour de Courbet et Rodin. Rien d’étonnant donc à ce que l’art occupe une place de choix dans son premier roman (et quatrième livre), Le Grand Baobab bleu. L’histoire débute au nord du Mali, avec Demba, un jeune homme qui quitte son village à 20 ans pour fuir les violences de son oncle ; il se retrouve à Paris après des années de migration, dans le salon luxueux d’un ami de Mathieu, critique d’art de 52 ans dont la vie est d’une « constance monotone ». Ensemble, ils commencent par discuter de Picasso, et s’entendent dès les premiers mots. Le livre raconte l’amitié entre un néophyte et un homme en manque de lumière, et imagine leur visite du musée Picasso, de Montmartre, du musée Rodin… « Pour résister à la foule du monde, Demba s’épanouit dans l’univers artistique. Il s’est réfugié en Europe. Il se réfugie aussi dans l’art, comme Mathieu. »
Daniel Kay, Un peigne pour Rembrandt, 2022
Éditions Gallimard
Il y a deux ans exactement, nous vous conseillions de passer l’été avec l’ouvrage que Brigitte Benkemoun consacrait à Dora Maar, dont elle avait retrouvé tout à fait par hasard le répertoire. Cette fois-ci, et parce qu’une lectrice lui a soufflé à l’oreille « Vous verrez, son histoire n’est pas claire », l’autrice se penche sur Marie-Thérèse Walter, et reste encore un peu dans la galaxie Picasso. De Marie-Thérèse, on sait déjà qu’elle partage la vie du peintre de 1927 à 1935 – qui quitte pour elle Olga Khokhlova avant de la tromper avec Dora Maar – et qu’elle est la mère de Maya (figure à laquelle le musée Picasso consacre actuellement une très belle exposition). Le reste, l’autrice nous le raconte dans un style clair et vif, qui éclaire le destin de cette femme dont, pourtant, un historien de l’art avait osé dire : « Je crois, ma chère Brigitte, qu’il n’y a pas grand-chose à comprendre. »
Daniel Kay, Un peigne pour Rembrandt, 2022
C’est un tout petit ouvrage d’une centaine de pages, qui se glisse dans la poche, se lit avec le café du matin, se prête à un ami esthète. Daniel Kay, poète d’origine bretonne, est un ami des artistes depuis toujours : il a accompagné nombre d’entre eux dans l’édition de livres – souvent bretons et pas forcément très connus, comme Bertrand Menguy, Yves Picquet ou Véronique Sézap. Sa dernière parution témoigne de son œil attentif et de son amour de la peinture, à travers une collection de courts poèmes en prose, petites choses tissées d’attention à la couleur, la ligne et la lumière. Des pépites sensibles, qui rallument notre attention – à lire, peut-être, juste avant la rentrée, pour se réveiller doucement après un été de farniente !
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