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DESIGN STORY

La Sitzmaschine, le fauteuil de Josef Hoffmann qui a fait sécession

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Publié le , mis à jour le
C’est l’un des fauteuils les plus emblématiques du XXe siècle, mais aussi l’un des plus rares, sa production n’ayant duré que quelques années. Chef-d’œuvre ultra graphique de la Sécession viennoise, Sitzmaschine de Josef Hoffmann, ou « machine à s’asseoir », s’expose jusqu’au 15 octobre à la galerie Romain Morandi. L’occasion de revenir sur son histoire…  
Joseph Hoffmann, Fauteuil modèle 670 dit Sitzmachine
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Joseph Hoffmann, Fauteuil modèle 670 dit Sitzmachine, 1905

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© Galerie Romain Morandi, Paris

Vienne, 1905. L’architecte Josef Hoffmann (1870–1956) est bien décidé à rompre avec l’art des salons officiels. Son objectif : développer le concept d’art total (Gesamtkunstwerk) pour faire dialoguer toutes les disciplines dans un seul et même projet. Il est déjà passé à l’action en cofondant, en 1897, la Sécession viennoise, un groupe d’artistes pluridisciplinaires présidé par le peintre Gustav Klimt, puis en 1903, les Ateliers viennois (Wiener Werkstätte, 1903–1932) avec le peintre Koloman Moser, en réaction à l’industrialisation galopante de l’Autriche.

Dans ses ateliers en pleine effervescence déployés sur trois étages d’un immeuble, des artistes expérimentent et appliquent des motifs simples, souvent géométriques à différents savoir-faire : la céramique, le textile, la joaillerie, la typographie, la décoration d’intérieur, le mobilier et la mode. Pour Hoffmann, il ne suffit pas de créer de beaux objets, encore faut-il qu’ils soient « moralement bons » et fonctionnels.

Une influence Arts & Crafts

Joseph Hoffmann
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Joseph Hoffmann

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Courtesy galerie Romain Morandi, Paris

Leur dernière commande en date ? Le sanatorium de Purkersdorf, un grand complexe en périphérie de Vienne qui permet à l’architecte d’appliquer ses préceptes : un style dépouillé avec peu de détails ornementaux, des façades lisses en stuc blanc et une construction à bases de volumes cubiques. Adieu les courbes organiques du mouvement Art nouveau. Hoffmann réalise ce jeu de compositions géométriques jusque dans le moindre objet, le moindre meuble…

Dont la Sitzmaschine : un fauteuil en hêtre, élégant et graphique, fait de carrés, sphères et lignes. Ses pieds sont reliés aux accoudoirs par une boucle en bois courbé – un principe simple et économe. Quant au dossier, il peut s’incliner sur cinq hauteurs différentes grâce à une barre à caler sur des crans sphériques pour un effet lounge assuré. L’idée provient d’une chaise à dossier réglable de William Morris, le fondateur du mouvement Arts and Crafts, qui prônait déjà un retour à l’artisanat dans l’Angleterre victorienne des années 1860–1870.

À gauche dossier de la Sitzmachine de Joseph Hoffmann. À droite, un fauteuil inclinable de William Morris et Philipp Web
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À gauche dossier de la Sitzmachine de Joseph Hoffmann. À droite, un fauteuil inclinable de William Morris et Philipp Web

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© Galerie Romain Morandi, Paris. © Christie’s

Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, compte tenu des idéaux d’Hoffmann, la Sitzmaschine n’a pas été entièrement réalisée à la main par les artistes des Wiener Werkstätte. Son créateur a finalement confié les dessins de son fauteuil à l’un des principaux fabricants de meubles d’Autriche-Hongrie – l’entreprise Jacob & Josef Kohn, spécialisée dans le bois courbé – avec une consigne : que l’objet porte « inconditionnellement l’empreinte de l’exécution. » Heureux hasard, le dirigeant des ateliers, Gustav Siegel, est un de ses anciens élèves de l’École des arts appliqués de Vienne. Les deux hommes ajustent le procédé de fabrication de l’assise : les découpes sont faites à la machine et les assemblages à la main. D’où le nom du fauteuil « machine à s’asseoir », qui célèbre la mécanisation sans y céder totalement.

Présentée pour la première fois à la foire de Milan en 1906, la Sitzmaschine ne sera fabriquée que jusqu’en 1916, mais fait désormais partie des collections des plus grands musées internationaux. Elle est exposée depuis le 7 septembre dans la galerie de Romain Morandi, où d’autres créations d’Hoffmann dialoguent avec des œuvres d’Ettore Sottsass qui, dans les années 1980, cherchait lui aussi avec Memphis à rompre avec les tendances esthétiques de son temps : le fonctionnalisme, un mouvement prônant l’utile avant le beau, dont Hoffmann avait donc posé les bases en début de siècle… Curieux face-à-face.

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SÉCESSIONS

Du 7 septembre 2023 au 15 octobre 2023

romainmorandi.com

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