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DESIGN STORY

Le fauteuil Chandigarh de Pierre Jeanneret : des bureaux indiens au salon des Kardashian

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Publié le , mis à jour le
Derrière chaque objet de notre quotidien se cache une histoire. Créé dans les années 50 par Pierre Jeanneret en Inde, le fauteuil Chandigarh séduit par son élégance, son bois foncé et son cannage exotique. Jusqu’au 16 avril, la galerie Laffanour rend hommage à quatre créateurs phares de l’après-guerre, dont l’architecte Pierre Jeanneret. L’occasion de retracer la genèse de ce siège sorti des bennes à ordures pour devenir un « must have » adoubé par les collectionneurs.
Pierre Jeanneret, Fauteuils Chandigarh
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Pierre Jeanneret, Fauteuils Chandigarh, 1960

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© Adagp, Paris 2022

Quel phénomène ! Les collectionneurs se l’arrachent tandis que les stars le convoitent, à commencer par la famille Kardashian : en 2017 un article du magazine Architectural Digest publie une photographie d’un bureau [ci-dessous] dans lequel trônent deux fauteuils Chandigarh – celui de la mannequin américaine Kourtney Kardashian. En réalité, elle en détiendrait plus d’une dizaine ! Chez sa sœur, la célébrissime Kim Kardashian, quelques exemplaires sont également visibles autour de la table de salle à manger. Un « must-have » que les collectionneurs et architectes ne sauraient désavouer. Le fauteuil se vend même en salle des ventes autour de 10 000 euros l’exemplaire ! Difficile d’imaginer que quarante ans auparavant, on le retrouvait empilé dans des entrepôts publics en Inde, jeté aux ordures…

Tout commence en 1951, par un renvoi. Après un changement drastique d’organisation, l’architecte Pierre Jeanneret (1896–1967) n’est plus le bienvenu dans l’atelier parisien de son cousin Charles-Édouard Jeanneret, plus connu sous le nom de Le Corbusier (1887–1965). Ce dernier lui propose alors de le rejoindre à Chandigarh, nouvelle capitale du Pendjab indien qu’il est chargé de construire entièrement. Et lui offre un poste de rêve : directeur du bureau d’études de 150 architectes du pays, pour assurer la construction des bâtiments civils et réaliser les quartiers d’habitations. Voyant son hésitation, sa collaboratrice et amie Charlotte Perriand (1903–1999) l’empresse d’accepter : « C’est un merveilleux programme, et travailler au côté de Corbu est inestimable, tout en restant libre, c’est inespéré… », lui souffle-t-elle.

Modernisme et artisanat local

PIerre Jeanneret à Chandigarh, en 1965
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PIerre Jeanneret à Chandigarh, en 1965

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© Denis BRIHAT/Gamma-Rapho via Getty Images

Arrivé à Chandigarh, il devient rapidement architecte en chef, son cousin abandonnant le projet en cours de route. Avec une équipe de jeunes architectes indiens, il se met à concevoir le mobilier pour les bureaux de l’administration, les bibliothèques et les résidences officielles. L’une de ses créations : un fauteuil de bureau en teck (un bois imputrescible courant en Inde), avec cannage sur l’assise et le dossier. Son piètement en forme de V inversé provient du système de construction « compas » mis au point avec Jean Prouvé et Charlotte Perriand pour soutenir des maisons produites en série au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Là aussi, pour répondre à la demande urgente de mobilier, les fauteuils sont fabriqués en masse – ils sont d’ailleurs si faciles à créer que les menuisiers et ébénistes les réalisent en un clin d’œil ! Une approche moderniste mêlée à l’artisanat local traditionnel : telle est la recette du Chandigarh.

Des pièces produites en quantité, qui s’empileront dans des entrepôts publics après le départ de Pierre Jeanneret en 1965…

Dans la même lignée, Jeanneret multiplie des déclinaisons : banquettes, tables ou encore bureaux. Parmi les plus marquantes, une version du fauteuil de bureau revêtu de cuir vert émeraude pour le complexe du Capitol ; ou le fauteuil Kangaroo, à l’assise basse et au piètement en forme de Z, pensé pour la salle d’accueil de l’hôpital général. Des pièces produites en quantité, qui s’empileront dans des entrepôts publics durant plusieurs années après le départ de Pierre Jeanneret en 1965… Jusqu’au début des années 2000, quand les galeristes Éric Touchaleaume de la Galerie 54, François Laffanour, Philippe Jousse et Patrick Seguin décident de faire un tour dans cette ville qui regroupe le plus de créations de Le Corbusier au monde – une mine de trésors potentiels… « Prenons le risque de les acheter, et nous verrons ce qui se passe », aurait proposé Laffanour devant le petit fauteuil de bureau.

Mais en 2011, prenant conscience de leur patrimoine culturel, les dirigeants indiens interdisent l’exportation de ce précieux mobilier. Il faudra donc attendre 2019 pour que la maison d’édition Cassina se mette à commercialiser la collection « Hommage à Pierre Jeanneret », proposant plusieurs finitions du célèbre fauteuil de bureau. Depuis, le succès du modèle ne fait que croître, et avec lui, celui de son créateur, longtemps éclipsé par la célébrité de son cousin… Enfin, Pierre Jeanneret est reconnu comme l’une des figures majeures de l’architecture moderne : homme au grand cœur très apprécié de ses confrères, il a concrétisé la majorité des projets de Le Corbusier en plus de marquer le design de ses idées modernistes, respectueuses de l’artisanat et de l’environnement. Il était temps !

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L’aventure du B.C.C. (1939-1952). Perriand, Jeanneret, Prouvé et Blanchon.

Du 11 mars 2022 au 16 avril 2022

galeriedowntown.com

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