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Design story

Le tabouret Bishop d’India Mahdavi : chronique d’un succès fou

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Publié le , mis à jour le
Derrière chaque objet de notre quotidien se cache une histoire. Dans cette série, Beaux Arts raconte ces icônes du design qui ont révolutionné nos modes de vie et fasciné par leur surprenante esthétique. Cette semaine, zoom sur le tabouret Bishop, signature de la designer India Mahdavi, qui ponctue la rétrospective Prisunic actuellement au musée des Arts décoratifs dont elle est la scénographe. L’occasion de se pencher sur cet objet best-seller, fruit d’une histoire rocambolesque…
Le tabouret Bishop en version cuivre
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Le tabouret Bishop en version cuivre

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© India Mahdavi

Au milieu de ses pièces emblématiques aux couleurs pop, dans ses bureaux du 7e arrondissement de Paris où elle nous reçoit, India Mahdavi (née en 1962) nous tend soudainement l’écran de son smartphone. La célèbre architecte et designer tient à nous montrer une image du dernier film de Pedro Almodóvar, Madres paralelas : on y voit Penélope Cruz dans une magnifique salle de bain verte, où trônent près d’une grande baignoire deux tabourets Bishop rose et orange ! « C’est comme si je l’avais accompagné durant des années et que soudainement, il était devenu majeur et décidait de vivre sa vie », confie-t-elle avec fierté, de sa douce et chaleureuse voix. Aujourd’hui, son bébé a vingt-trois ans, incarne un savoir-faire à la française accessible pour moins de 1 000 euros (India Mahdavi y met un point d’honneur !), édité en huit modèles et deux tailles. Mais attention : il est si prisé que les nouvelles commandes sont sur liste d’attente… Un best-seller en puissance, qui a récemment rejoint les collections du musée des Arts décoratifs.

India Mahdavi au milieu de ses tabourets Bishop
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India Mahdavi au milieu de ses tabourets Bishop

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© Photo Alex Cretey-Systermans

« Pour le bar, j’ai pensé à un jeu d’échec, à un tabouret qui incarnerait cette figure du fou qui n’avance pas tout droit, mais seulement en diagonale. »

India Mahdavi

L’histoire débute à New York, en 1999. Alors que la jeune architecte vient tout juste de rénover un hôtel pour son client Jonathan Morr, ce dernier lui propose d’aménager le sous-sol de son appartement. Son idée ? Y installer une boîte de nuit secrète, décorée comme un appartement, avec une cuisine et un lit. Pour Noël, on y installerait un sapin et chaque dimanche, on y proposerait un brunch ! Après l’immédiate adhésion du propriétaire, la créatrice continue sur sa lancée. Elle invente un personnage fictif comme maître des lieux, un prénommé Bernard… « Il est professeur d’anthropologie à Columbia. Faute de pouvoir réaliser son rêve d’habiter l’Upper East Side, il s’est concocté une décoration bourgeoise… » affirme-t-elle, le plus sérieusement du monde. Dernière fantaisie : pour y accéder, il faut prononcer à l’interphone « Est-ce que Bernard est là ? ». Un concept de nightclub caché nommé APT (contraction du mot « appartement »), inédit dans les années 90 !

C’est donc dans ce contexte loufoque que le Bishop voit le jour. « Pour le bar, j’ai pensé à un jeu d’échec, à un tabouret qui incarnerait cette figure du fou qui n’avance pas tout droit, mais seulement en diagonale », nous explique-t-elle avec une pointe d’humour. Son Fou (que l’on nomme Bishop en anglais, soit « l’évêque ») prend alors l’apparence d’un pion à trois étages « pour que l’on puisse y poser ses pieds », une figure sculpturale d’un seul tenant. Fabriqué en bois tourné (une technique extrêmement complexe nécessitant un bois très sec), il est peint en noir puis disposé en quantité le long de deux bars : le chic par excellence. Satisfaite du pouvoir graphique et de l’élégance de son siège, la designer décide rapidement de l’éditer pour le grand public, en taille réduite.

Le bar du Condesa DF, à Mexico
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Le bar du Condesa DF, à Mexico

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© Undine Prohl

À l’occasion des fêtes de Noël, le tabouret se pare d’un émail qui, en se craquelant au fil du temps, émet un son appelé « le chant des émaux »…

Seul problème : il faut simplifier son mode de fabrication. Et c’est en 2005, alors qu’India est chargée de décorer l’hôtel Condesa DF à Mexico, ville où la chaleur peut se révéler écrasante, qu’elle a un déclic : son Bishop se réinventera en céramique, un matériau « à la fois frais au toucher et rassurant de nature ». Grâce à une collaboration avec Denis Patacq, céramiste et ingénieur, spécialiste du carrelage de métro et d’articles funéraires, elle peut enfin commencer à vendre sa pièce à un prix accessible, entièrement en céramique, dans différents coloris. Le succès est immédiat.

Bientôt, la designer ne tarde pas à élargir la famille. Elle invente une version en rotin, puis un guéridon qu’elle intitule COD (comme Complément d’objet direct), ou encore un plateau en bois fait pour se poser sur deux tabourets côte à côte. En 2020, Mahdavi fait une heureuse rencontre : Martin Pietri, son voisin et président de la Manufacture des Émaux de Longwy, une célèbre faïencerie au savoir-faire unique depuis 1798. L’opportunité parfaite pour éditer son tabouret ! Encore une fois, c’est un défi technique que lance l’audacieuse designer aux artisans français, en choisissant de recouvrir son Bishop de motifs emblématiques de la manufacture, particulièrement difficiles à retranscrire sur ses formes courbes…  Limité à huit exemplaires, c’est une merveille pour ceux qui peuvent se l’offrir (son prix s’élève à 12 500€ !) Dernière version : à l’occasion des fêtes de Noël, le tabouret se pare d’un émail qui, en se craquelant au fil du temps, émet un son appelé « le chant des émaux »… Quelle poésie !

Les déclinaisons de couleurs de la collection Bishop
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Les déclinaisons de couleurs de la collection Bishop

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© India Mahdavi

« J’ai pris cette habitude de signer chaque projet par un Bishop, que je place à un endroit caractéristique », nous révèle la créatrice, confiant s’être parfois lassée de son cher tabouret. Mais, retenue par une force intérieure lui interdisant de le négliger, elle lui a laissé le temps de mûrir et de se réinventer, jusqu’à l’imposer dans n’importe quelle pièce, du salon à la salle de bain. « Je l’aime pour sa flexibilité et surtout pour sa sympathie, révèle cette étonnante polyglotte née d’une mère égyptienne et d’un père iranien. C’est un sentiment que je tente d’insuffler à l’ensemble de mes créations. Je veux qu’elles soient simples, lumineuses et affectueuses. » Aujourd’hui, elle demeure particulièrement attachée à la valorisation d’un design français, dont elle modernise l’artisanat et les savoir-faire ancestraux grâce à son joyeux coup de crayon.

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Le design pour tous : de Prisunic à Monoprix, une aventure française

Du 2 décembre 2021 au 15 mai 2022
Populaires par nature, Prisunic et Monoprix ont produit un design accessible à tous : « le beau au prix du laid », pour l’un, un objet qui s’emporte sous le bras pour l’autre. Le MAD célèbre l’anniversaire conjoint des deux enseignes, fondées voilà quatre-vingt-dix ans, avec une exposition placée sous le commissariat de Marianne Brabant et scénographiée par India Mahdavi. Suite induite de « Mobi Boom – L’explosion du design en France (1945-1975) » en 2010, « Le design pour tous – De Prisunic à Monoprix : une aventure française » réunit plus de 500 pièces et oeuvres graphiques qui ravivent le souvenir d’une culture marchande érigée en style. Ou l’art de sacraliser l’utilitaire quotidien en comblant le fossé créatif qui sépara Prisunic de Monoprix pendant les Trente Glorieuses. L’ensemble étalé sur des centaines de mètres carrés procède par inséminations, dialogues et parallèles. Références iconiques, manifestes oubliés, images gravées dans les mémoires : c’est un inventaire de tous les jours que le MAD invite à explorer.

madparis.fr

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