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Que vous arriviez ou non par le train, la gare Saint-Roch, située au sud du centre-ville, est une bonne introduction à ce nouveau Montpellier mixant patrimoine et modernité. Le classique édifice du XIXe siècle a été rénové en 2014 et coiffé d’une élégante verrière formant une nef gorgée de lumière. De là, prenez la rue de la République. À deux minutes à pieds se dresse l’hôtel Montcalm, élégante demeure du XVIIIe siècle remaniée en douceur par l’architecte Philippe Chiambaretta. Elle héberge depuis le 28 juin un tout nouveau lieu dédié à l’art contemporain : l’Hôtel des collections est le navire amiral du MOCO (contraction de « Montpellier Contemporain »), le nouvel écosystème artistique de la ville englobant désormais l’École Supérieure des Beaux-Arts et le centre d’art La Panacée. Sous les arbres centenaires, bercé par le chant des cigales, nous accueille un poétique Jardin des cinq continents conçu par Bertrand Lavier (qui fut autrefois étudiant en horticulture) et Gilles Clément. Pour s’imprégner de l’esprit des lieux, prenez le temps d’une pause à la terrasse du restaurant FAUNE qui met à la carte une bistronomie aux accents méditerranéens. Le bar mérite aussi un coup d’œil : il a été surmonté par Loris Gréaud d’une installation de néons qui, dès que nous avons le dos tourné, se met à vibrer et à déclamer du William S. Burroughs.
Le MOCO Hôtel des collections
© Salem Mostefaoui
Après ce préambule, rentrons dans le vif du sujet : entre les murs de l’hôtel métamorphosé en white cube, font escale de prestigieuses collections d’art contemporain – publiques ou privées, françaises ou venues du monde entier – rarement montrées, à travers des expositions aussi fines qu’exigeantes. Normal, le capitaine du MOCO n’est autre que Nicolas Bourriaud, critique d’art à l’origine du Palais de Tokyo ; sûrement un bon présage… Cet été, l’Hôtel des collections a été inauguré avec celle du jeune entrepreneur japonais Yasuharu Ishikawa, aux goûts pointus et conceptuels. Parmi ses trésors déployés sur trois niveaux, une vidéo glaçante de Pierre Huyghe capturant l’errance d’un singe affublé d’un masque de petite fille dans les ruines de Fukushima, la forêt de flèches chaotique de Ryan Gander ou l’installation composite de Danh Vo, qui raconte les désillusions du rêve américain.
Danh Vo, Massive Black Hole in the Dark Heart of our Milky way (détail), 2012
Technique mixte • Fondation Ishikawa, Okayama • Courtesy Galerie Marian Goodman, New York et © Danh Vo
Distance intime. Chefs-d'œuvre de la collection Ishikawa
Du 29 juin 2019 au 29 septembre 2019
MO.CO. Hôtel des collections • 13 rue de la République • 34000 Montpellier
www.moco.art
Pour un déjeuner simple et frais, tournez à droite en sortant : il suffit de faire quelques pas pour tomber sur les Halles Laissac, rouvertes en décembre 2018 après un sacré lifting. Alors que ce marché couvert était enseveli sous un massif parking en forme de silo – une verrue, disaient certains – l’architecte marseillais Christophe Gulizzi l’a dégagé et redessiné pour en faire une classique rotonde d’inspiration Baltard. Seul le plafond du lanterneau à l’intérieur apporte une touche vraiment contemporaine, puisque la jeune artiste Mona Young-eun Kim, étudiante à l’École supérieure des Beaux-Arts, l’a recouvert des couleurs du… melon. Si l’effet est discutable, l’endroit est plébiscité par les Montpelliérains et s’avère idéal pour partager un plateau de fruits de mer, des tacos ou une planche de charcuterie au soleil.
Les Halles Laissac, au cœur de Montpellier
© Montpellier3m / Photo Ch.Ruiz
Halles Laissac
Place Alexandre Laissac • 34000 • Montpellier
Autrefois affreusement embouteillée, les façades noircies par la pollution, cette grande artère qui conduit à la promenade du Peyrou a heureusement fait peau neuve en 2013. Entièrement piétonnisée (Montpellier peut se vanter d’être la 2e ville piétonne d’Europe, après Venise !), il fait désormais bon y flâner, entres boutiques de déco et petites enseignes de mode branchées. On s’attardera à l’excellente librairie Le Grain des mots, avant de faire une pause arty chez Hybride, un chaleureux café et concept-store. À quelques encablures, on explore le monde des images à la galerie Iconoscope avec des pointures de l’art contemporain comme Michel Blazy, Jean-Luc Verna ou Hippolyte Hentgen.
La place Edouard Adam donnant sur le boulevard du Jeu de Paume à Montpellier
© guichaoua / Alamy / Hemis
Le Grain des mots
13 boulevard du Jeu de Paume • 34000 • Montpellier
Hybride
12 boulevard du jeu de paume • 34000 • Montpellier
Traversez pendant une dizaine de minutes le centre historique de l’Écusson et son labyrinthe de rues tortueuses pour vous rendre à La Panacée, l’un des trois sites de la structure MOCO. Ce centre d’art – déjà dirigé depuis 2017 par Nicolas Bourriaud – a pris possession du rez-de chaussée de l’ancienne école de pharmacie (à l’étage, des logements étudiants). Il s’organise autour d’un patio et a été pensé autant comme laboratoire de la création émergente que comme lieu de vie. Ses expositions d’art contemporain (jusqu’au 18 août sur le thème de la rue) sont en effet gratuites et les médiateurs affables. Autre atout, une aile entière est occupée par un café-restaurant qui s’étire sous une pergola en bois. Toute la journée, on y vient en famille, jouer à des jeux de société, travailler, déjeuner ou bruncher (la carte offre une délicieuse cuisine du marché, à petit prix). On y ressort forcément plein d’énergie.
Le patio de la Panacée, vue depuis les toits
Photo Yohann Gozard
La rue. Où le monde se crée
Du 8 juin 2019 au 18 août 2019
La Panacée - MOCO • 4, rue de l'École de Pharmacie • 34000 Montpellier
www.lapanacee.org
L’âme de Montpellier se trouve assurément dans sa multitude de petites places médiévales souvent très animées. Direction la plus charmante de toutes : la place de la Canourgue. Sa douce atmosphère, mi-bohème mi-branchée, invite à se prélasser sur les terrasses qui bordent un petit jardin carré en observant les hôtels particuliers alentours. L’un d’eux, l’hôtel Richer de Belleval construit au XVIIe siècle (devenu hôtel de ville jusqu’en 1875), a été racheté par des promoteurs immobiliers locaux pour être rénové et accueillir fin novembre le nouveau restaurant gastronomique des chefs étoilés Jacques et Laurent Pourcel, un hôtel et spa de luxe, ainsi qu’une Fondation d’art contemporain très sélect dont la direction a été confiée à Numa Hambursin (auparavant à la tête du Carré Saint-Anne). Celui-ci rêve de faire de ce superbe monument historique un lieu comparable aux palais vénitiens et romains en inscrivant la création actuelle au cœur du patrimoine. Jime Dine, Jan Fabre, Marlène Mocquet et Abdelkader Benchamma sont déjà à pied d’œuvre.
La façade de l’Hôtel Richer de Belleval et son grand escalier en cours de rénovation
© M.C. Lucat
Fondation Helenis GGL - Hôtel Richer de Belleval
Ouverture annoncée en mars 2021.
Place de la Canourgue • 34000 Montpellier
fondationhelenis-ggl.com
Une petite exploration du quartier s’impose ! Car juste à côté se tient la Faculté de médecine (la plus ancienne du monde occidental) qui a vu passer François Rabelais, François Gigot de Lapeyronie ou Émile Jeanbrau et qui abrite, entre autres, un monastère bénédictin et un conservatoire d’anatomie, le tout adossé à l’imposante cathédrale Saint-Pierre. Des visites guidées sont régulièrement organisées par l’Office de Tourisme. Rattaché à cette école, le Jardin des Plantes fondé par Henri IV mérite une brève promenade au crépuscule à la découverte de sa bambouseraie, de ses serres et de ses charmantes ruines.
La cathédrale Saint-Pierre de Montpellier vue depuis la cour intérieure de l’École de Médecine, autrefois cloître du monastère
© Hilke Maunder / Alamy / Hemis
Faculté de médecine
2 rue de l’École de Médecine • 34090 • Montpellier
https://www.montpellier-tourisme.fr/offre/fiche/faculte-de-medecine/PCULAR034V50LNOW
Pour poursuivre cette soirée romantique, dînez au Mas de Lafeuillade (que l’on doit également au promoteur Helenis), tout près du centre-ville. Ce bel hôtel qui mixe design des années 50 et style méditerranéen propose de goûter, sur sa terrasse verdoyante, à la cuisine de bistro de José de Castro (formules entre 30 et 35 euros). Dans le parc à l’italienne et dans la maison du XIXe siècle sont disséminées des œuvres de Vincent Bioulès, Alain Clément et Bernard Pagès.
Mas de Lafeuillade
281 bis rue Fra Angelico • 34000 • Montpellier
À quelques encablures de l’iconique place de la Comédie, rendez-vous dans l’un des plus beaux musées de France : le musée Fabre, qui tire son nom de son donateur d’origine, François-Xavier Fabre. Celui-ci a légué à la ville, au XVIIIe siècle, une importante collection d’œuvres néoclassiques qui s’est enrichie au fil du temps d’autres trésors. À ne pas rater, l’émouvante Frileuse de Jean-Antoine Houdon (1783), une extraordinaire Étude anatomique (1818–1819) de Théodore Géricault, le chef-d’œuvre Bonjour M. Courbet (1854) de Gustave Courbet – qui rend hommage à son mécène Alfred Bruyas, originaire de Montpellier –, la Vue de village (1868) de Frédéric Bazille, lui aussi de la région, et, bien entendu, la magistrale galerie dédiée exclusivement à Pierre Soulages, qui a offert au musée pas moins de vingt toiles majeures pour sceller son attachement à la Cité languedocienne. Cet été, le musée met à l’honneur dans une grande rétrospective l’enfant du pays Vincent Bioulès, dont les pérégrinations picturales depuis les années 50 ont conduit à des paysages héraultais solaires qui confinent à l’abstraction.
Une salle d’exposition du Musée Fabre
© nik wheeler / Alamy / Hemis
Vincent Bioulès – Rétrospective
Du 15 juin 2019 au 6 octobre 2019
Musée Fabre • 39 Boulevard Bonne Nouvelle • 34000 Montpellier
museefabre.montpellier3m.fr
On file de l’autre côté de l’esplanade Charles-de-Gaulle, au trop méconnu Pavillon Populaire, qui organise régulièrement des expositions de photographie aussi passionnantes qu’exigeantes (et gratuites !) sous la direction artistique de Gilles Mora. Y est exposé actuellement le travail de la Canadienne Lynne Cohen (disparue en 2012) qui capture avec un regard clinique des espaces désertés à en devenir étranges… Elle laissera la place, à l’automne, à l’activiste féministe Valie Export.
Le Pavillon Populaire, espace d’art photographique à Montpellier
© Florence Girard
Lynne Cohen – Double aveugle (1970-2012)
Du 27 juin 2019 au 22 septembre 2019
Pavillon Populaire • 34000 Montpellier
www.montpellier.fr
Pour le déjeuner, retour dans le Montpellier bouillonnant qui se dessine en ce moment. Prenez la ligne 3 du tramway, direction le Marché du Lez (arrêt Pablo Picasso). Attirant en foule les jeunes et les familles, cette friche hyper tendance, décorée par des street artistes, accueille des food trucks, un fleuriste, un tatoueur, une boutique de déco, une brocante et de nombreuses animations, le tout au bord de l’eau. À ce village nouvelle génération se sont ajoutées, depuis le 10 juillet, les très attendues Halles du Marché du Lez, soit 2 500 m2 de gastronomie locale et créative avec food court, restaurants, bars à cocktails et rooftop. Lorgnant du côté des Halles Bocuses à Lyon – le côté guinguette branchée en plus – le lieu devrait devenir un véritable hot spot.
Les Halles du Lez et le Marché du Lez
© DR / © Guilhem Canal
Halles du Lez
1348 Avenue de la Mer-Raymond Dugrand • 34000 Montpellier
Pour découvrir le visage le plus audacieux et contemporain de Montpellier, rien ne vaut une promenade digestive et architecturale le long du Lez, à travers le tout jeune quartier de Port Marianne. Au bout de quelques minutes, on repère le fier Hôtel de ville édifié par Jean Nouvel en 2011, un gigantesque cube d’aluminium bleu nuit, évidé de part en part et créant tout autour un espace où la nature semble à son aise. À quelques pas, l’architecte star a également signé le RBC Design Center (2012) strié d’horizontales où s’inscrit en capitales l’ambitieux programme (ranger, dîner, voir, rêver, habiter…) de ce showroom spécialisé dans le mobilier contemporain. Son voisin ne passe pas non plus inaperçu : complexe dédié au sport et au bien-être, le Nuage (2014) de Philippe Starck, exhibe son volume gonflé aux reflets argents. Non loin encore, la résidence Koh-I-Noor (2017) de l’agence Bernard Bühler fait vibrer le paysage avec sa façade irisée en dents de scie tandis que, de l’autre côté du parc Georges Charpak, la Britannique Farshid Moussavi empile les étages cernés de balcons aux lignes serpentines dans une tour nommée Folie Divine (2017). Dans ce laboratoire architectural du XXIe siècle, on croisera également les réalisations de Christian de Portzamparc, Gabriel Garcia-Diaz, François Fontès, Claude Vasconi… Et surtout la dernière curiosité architecturale en date du quartier : l’Arbre Blanc de Sou Foujimoto, soit un immense totem immaculé, hérissé en tous sens de terrasses vertigineusement suspendues dans les airs. Pour profiter pleinement de cet étonnant paysage, grimpez au 17e étage de la tour où se trouve un bar panoramique. Spectaculaire ! Si vous en avez le temps pendant votre séjour, il faut faire un détour dans le nord-ouest où a atterri en 2012 Pierrevives, un colossal vaisseau à l’allure futuriste, chef-d’œuvre de béton de Zaha Hadid. Il abrite notamment la médiathèque et les archives départementales, tout en organisant de nombreux événements.
L’Arbre Blanc de Sou Foujimoto, Nicolas Laisné et Manal Rachdi (à gauche) et Pierrevives de Zaha Hadid (à droite), deux joyaux architecturaux de Montpellier
© Cyrille Weiner. © DR
L'Arbre Blanc
10 Parvis Oscar Niemeyer • 34000 • Montpellier
Pierrevives
Application pour se repérer
« Montpellier contemporain » à télécharger gratuitement sur AppStore et GooglePlay, pour découvrir et comprendre le panorama architectural contemporain de Montpellier.
Traversez le Lez pour rejoindre la place de l’Europe. Là, il faut s’immerger dans le surprenant et intimidant quartier d’Antigone de style néoclassique grec (conçu selon le nombre d’or !) et récemment labellisé par la DRAC « Architecture Contemporaine Remarquable ». La balade en effet vaut le détour, et permet de comprendre comment Montpellier a entamé son renouveau. Cet axe grandiloquent qui s’arpente à pieds fut imaginé en 1978 par l’architecte catalan un brin mégalo Ricardo Bofill, sous l’impulsion de Georges Frêche. Car c’est ce maire charismatique et visionnaire (de 1977 à 2004) qui a propulsé Montpellier dans la course à l’urbanisme dans les années 1980. Si cette ère de développement fut marquée aussi par les controverses et les projets « tape-à-l’œil », voire de mauvais goût (à l’exemple d’Odysseum, sorte de Disneyland de la consommation à la visite dispensable), l’empreinte de l’élu est toujours visible un peu partout.
Le quartier Antigone à Montpellier et ses édifices emblématiques réalisés par l’architecte catalan Ricardo Bofill
© Malcolm McLeod / Alamy / Hemis
Retour au vert près de la Canourgue avec cette bonne adresse dotée d’un très beau et agréable restaurant. Aux murs, des dessins culinaires de Fabrice Hyber et, sur la table, une cuisine élégante et du savoir-faire pour une addition raisonnable (menu à partir de 39 euros).
Petit jardin
20 rue Jean-Jacques Rousseau • 34000 • Montpellier
Voici un programme dominical plus alternatif. Cap au sud-ouest, dans le quartier populaire de Figuerolles, qui accueille tous les matins le plus beau marché de la ville (et le moins cher). Prenez le temps d’un café au bar mythique de la Pleine Lune. C’est à quelques mètres qu’a ouvert en février un énième tout nouveau lieu, témoin de l’incroyable dynamisme de cette métropole que l’on dit « surdouée » : la Halle Tropisme. Cet ancien site militaire de 4 000 m2 a été réhabilité pour accueillir, depuis janvier, une gigantesque cité créative conjuguant culture et nouvelles technologies. Elle accueille 200 entrepreneurs dans des domaines aussi variés que le jeu vidéo, l’animation, la 3D, le patrimoine, le web, le design, l’édition, la photographie, le journalisme… Et propose au grand public une foule d’événements (salons, expos, festivals, ateliers, pôle bien-être), ainsi qu’un lieu de vie centré autour d’un restaurant proposant tous les dimanches (sauf en août) un grand brunch convivial. Réservation conseillée !
La Halle Tropisme
© Marielle Rossignol
Pleine Lune
28 rue Faubourg Figuerolles • 34000 • Montpellier
Autre quartier typique et très sympathique à la périphérie de l’Écusson, celui des Beaux-Arts. Juste en face de l’école, un petit musée passe souvent inaperçu, mais recèle pourtant de véritables pépites. Ouverte en 2016, cette grande maison est emplie de la collection de Fernand Michel (1913–1999), artiste zingueur passionné d’Art brut qui avait ici son atelier (que l’on visite en fin de parcours). Réparties entre les étages et le joli petit jardin, sont ici rassemblées plus de 750 œuvres signées par des pointures du genre comme Aloïse Corbet, Augustin Lesage ou Adolf Wölfli, ainsi que par des noms moins connus qu’on prend plaisir à découvrir à travers des cartels racontant leurs histoires, souvent étonnantes. Un lieu hors norme très attachant qui clôt en beauté ce week-end à l’image de Montpellier : hyperactif.
Le jardin du musée d’Art Brut de Montpellier
© Musée d’Art Brut, Montpellier
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