Peintre américain dont la carrière s’est déroulée en Europe, John Singer Sargent est un illustre portraitiste mondain de la Belle Époque. Grand technicien au talent vif et sensible, il sut moderniser la peinture académique de son temps. Empruntant aux grands maîtres du passé, mais aussi aux réalistes et aux impressionnistes, Sargent se forge une solide réputation. Considéré comme l’un des grands peintres américains du XIXe siècle, il vit toutefois à Londres à partir de 1884, comblé d’honneurs en Europe.
John Singer Sargent en 1903
« Le parangon des vertus civiques, publiques et familiales. » Henry James
Un Américain né en Europe
John Singer Sargent, de nationalité américaine, est né à Florence, en Italie, le 12 janvier 1856 dans un milieu aisé et cultivé. Son père est médecin et sa mère est issue d’une famille de riches commerçants. Le couple s’est installé en Europe et voyage entre ses résidences parisiennes, londoniennes et florentines. Voyageur dès l’enfance, John Singer Sargent est polyglotte. Il s’illustre aussi comme musicien et s’avère un dessinateur prometteur. Il débute très jeune la pratique de la peinture en copiant les grands maîtres.
Formation à Paris
En 1874, Sargent s’établit à Paris pour plusieurs années. Il est reçu au concours d’entrée à l’École des beaux-arts et intègre la classe de Carolus-Duran, maître réputé dans l’art du portrait mondain qui le soutient avec ferveur. Très talentueux, le jeune élève commence à exposer au Salon en 1877. Sargent se lie à cette époque avec Edgar Degas et Paul-César Helleu mais admire aussi Édouard Manet et les impressionnistes. Il cultive une amitié avec le jeune Claude Monet et contribue à faire entrer l’Olympia de Manet au musée du Luxembourg.
Succès et scandales
S’il aime peindre des paysages, Sargent devient un artiste très demandé grâce à ses talents de portraitiste. Sa maîtrise technique, ses qualités de réalisme, sa connaissance des grands peintres du passé (Vélasquez, Van Dyck) lui permettent de flatter ses modèles tout en donnant d’eux une image contemporaine. Le succès vient par le Salon parisien, grande exposition annuelle des peintres vivants où, en 1879, il se fait remarquer en exposant un portrait de son mentor Carolus-Duran. Mais, en 1884, son Portrait de Madame X crée la polémique : dans la version exposée, Virginie Gautreau, une femme de banquier très en vue, est partiellement dénudée. Jugé trop audacieux, indécent, Sargent est vertement critiqué.
Sargent réfugié à Londres
Blessé par ces attaques, Sargent se réfugie à Londres en 1884 pour y demeurer tout le reste de sa carrière. Parvenant à séduire une clientèle très mondaine, soutenu par l’écrivain Henry James, Sargent devient le portraitiste attitré de toutes les femmes du grand monde. Célèbre, il est sollicité par des étrangers fortunés, en particulier des Américains. Sargent s’illustre aussi dans des portraits d’enfants. Ayant abandonné une manière jugée trop française, Sargent inscrit alors ses sujets dans la lignée préraphaélite. Le peintre est nommé associé de la Royal Academy en 1894, puis membre permanent en 1897.
Une fin de vie plus libre
Bien que fréquentant la belle société, Sargent est un travailleur acharné, très appliqué et attaché à ses habitudes. Un peu lassé par la pratique du portrait mondain, il se met à voyager régulièrement au début du XXe siècle. Il peint alors des paysages, des scènes urbaines, et pratique l’aquarelle. Très proche de sa sœur Emily, le peintre ne s’est jamais marié. Aussi, certains historiens de l’art suggèrent qu’il était homosexuel. Sargent est décédé à Londres en 1925.
John Singer Sargent, Portrait du docteur Samuel Jean Pozzi, 1881
Huile sur toile • 201,6 × 102,2 cm • Coll. Hammer Museum, Los Angeles
Portrait du docteur Samuel Jean Pozzi, 1881
Ce grand portrait représente un célèbre chirurgien, pionnier de la gynécologie français. Cet ami de Robert de Montesquiou, de Marcel Proust et d’Edmond de Polignac était aussi collectionneur d’art. Vêtu d’une robe d’intérieur rouge, le docteur Pozzi apparaît comme un homme raffiné. Le vêtement luxuriant évoque, de manière profane, celui des papes. Sargent fait ici référence aux grands maîtres anciens qu’il admire. L’artiste insiste sur ses mains, fines et élégantes, qui suggèrent la dextérité du chirurgien.
John Singer Sargent, Portrait de Madame X, 1884
Huile sur toile • 208,6 × 109,9 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York
Portrait de Madame X, 1884
Sublime et sensuelle dans sa longue robe noire, aux bretelles incrustées de pierres précieuses, Virginie Gautreau est une femme de la haute société, une beauté de la République fréquentant les salons de l’Élysée. Dans un intérieur sobre et sombre, Sargent fait ressortir la pâleur de sa carnation et sublime le profil et la silhouette élancée de son modèle. À l’origine, l’une des bretelles glissait sur la poitrine décolletée jusqu’à dévoiler un sein. De ce fait, ce portrait – dont Sargent était très fier – fit scandale au Salon de 1884. Le peintre réajusta la bretelle mais l’esclandre le toucha au point de motiver son exil à Londres.
John Singer Sargent, Carnation, Lily, Lily, Rose, 1886
Huile sur toile • 174 × 154 cm • Coll. Tate Britain, Londres
Carnation, Lily, Lily, Rose, 1886
Cette toile a été peinte dans la campagne anglaise durant l’été 1885. Dans un jardin idyllique, à la tombée de la nuit, deux enfants allument des lanternes japonaises. Sargent se passionne pour le rendu de la lumière, mauve, et manifeste ici sa proximité avec les impressionnistes tout en cultivant un symbolisme proche des préraphaélites anglais. Il livre ici une vision idéalisée de l’enfance. Cette œuvre contribua à restaurer sa réputation, durement écornée par le scandale du Portrait de Madame X au Salon de Paris en 1884.
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